Porc : Les bons coûts ne font pas tout

Véronique Kerlidou, ingénieur études

Les coûts de revient des producteurs de porcs français figurent parmi les plus compétitifs de l’Union européenne. Pourtant, cela ne suffit pas à assurer la résistance des élevages.

Les éleveurs français n’ont rien à envier à leurs voisins européens en matière de coûts de revient. C’est ce que révèle un récent rapport d’InterPIG analysant les résultats de 2010. De bonnes performances techniques, avec notamment un poids de carcasse élevé et un prix d’aliment parmi les plus bas, leur permettent de rester dans la course. La France, le Danemark, l’Espagne et les Pays-Bas sont très proches, même si les atouts de chacun peuvent différer. En Espagne, par exemple, des amortissements et un coût de main-d’œuvre plus faibles viennent compenser un coût alimentaire supérieur de 0,16 €/kg net au nôtre. Pour la même année, les autres pays affichent des coûts plus élevés, de 0,09 € pour la Belgique à 0,39 € pour l’Italie avec sa production de porcs lourds. Les écarts se mesurent notamment sur le prix de l’aliment et/ou sur les performances techniques. Cette analyse se confirme dans la durée. Sur une moyenne 2005-2009, InterPIG attribuent aux éleveurs français un avantage concurrentiel de 0,10 € par rapport à leurs homologues allemands.

Des atouts et des limites

D’un côté, ce classement est rassurant d’autant que les amortissements retenus correspondent pour tous à un renouvellement à neuf des bâtiments et équipements. D’un autre côté, l’étude ne reflète pas la situation réelle de chaque pays. Les élevages français sont dotés d’un parc de bâtiments vieillissant. Et surtout, le défi de la mise aux normes est plus que jamais d’actualité.
Conforter de bonnes performances techniques est un levier important pour maîtriser ses coûts. Avec les prix d’aliment que nous connaissons depuis 5 ans, c’est encore plus vrai. L’amélioration d’un point d’indice de consommation correspond à un gain de 0,03 €/kg de carcasse. Pour y parvenir, il convient de mettre en musique un ensemble de mesures : la maîtrise du sanitaire, le suivi quotidien des plans d’alimentation… L’effet bâtiment contribuant aussi fortement à l’amélioration des performances.
Dans ce domaine, la progression du Gain Moyen Quotidien affichée par les Danois a de quoi faire pâlir. En un peu plus de dix ans, ils sont passés de 740 g à plus de 860 g, quand la France peine à atteindre les 780 g ! Les investissements massifs (qui ont accompagné la profonde mutation de la production danoise et néerlandaise) ont contribué aux gains techniques. Pour autant, leur système atteint ses limites. Cette restructuration a été financée par des prêts de carrière à remboursement différé garantis par la valeur du foncier. Tant que cette dernière progressait, cela ne posait pas de problème. Depuis 2008, la donne a changé. Les élevages se retrouvent en situation financière plus délicate et même en position de surendettement.

Une filière fragile

Dans une compétition européenne et même mondiale, produire au moindre coût est forcément un atout. Cela ne constitue cependant pas le seul élément de rentabilité. La résistance des élevages français, leur pérennité passe aussi nécessairement par un prix de vente suffisant. Sur ce point, la même étude d’InterPIG classe cette fois la France en bas du tableau européen des prix perçus par les éleveurs en 2010. Les écarts mis en avant sont importants.

Cela traduit bien la fragilité de notre filière porcine. La France ne se place plus dans la dynamique européenne. Elle se positionne clairement aujourd’hui en résistance face à l’offensive du bassin nord européen. Notre balance commerciale est déficitaire depuis 2009, notamment sur les pièces découpées. Ce déficit ne cesse de s’accentuer vis-à-vis de nos partenaires européens pour lesquels nous représentons un débouché intéressant.
Rien n’est jamais définitif. L’enjeu aujourd’hui pour la filière est donc de réussir à remobiliser l’ensemble de ses acteurs afin de faire valoir ses atouts. Le marché du porc reste un marché en croissance au niveau mondial. Il y a des opportunités à capter pour tenter d’infléchir la tendance, et redonner ainsi plus de perspectives et de sérénité aux éleveurs.

Une nécessité de rééquilibrage

La double conjoncture porc/aliment mesurée par la marge sur coût alimentaire illustre la baisse de rentabilité sur les dernières années. Jusqu’en 2007, le cycle du porc se traduisait par une relative stabilité de la conjoncture moyenne lissée sur 5 ans. Depuis la première crise matières premières et le déphasage entre le prix du porc et celui de l’aliment, la marge sur coût alimentaire a plongé. Entre la moyenne 2002-2006 et la moyenne 2007-2011 qui se termine, nous avons perdu 0,11 €/kg net. Il devient donc urgent de rétablir l’équilibre afin de pérenniser l’élevage de porcs.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires