Porte ouverte à Parne-sur-Roc (Mayenne) : Le naissage collectif offre de nouvelles perspectives

Dominique Poilvet

Pour sept engraisseurs du groupement CAM 53, la création d'une maternité collective leur permet de s'approvisionner durablement en porcelets de qualité.

Aux dernières Journées de la Recherche Porcine à Paris le 4 février dernier, Christine Roguet de l'Ifip présentait les maternités collectives comme l'une des trois voies privilégiées pour le développement des élevages de porcs dans les 15 prochaines années. Les avantages de ce type d'outil ont été clairement exposés par les éleveurs actionnaires de la SCEA La Tremblaie à Parne-sur-Roc en Mayenne, lors d'une porte ouverte organisée par le groupement CAM 53 le 3 février dernier. « La première de nos motivations est d'approvisionner nos post-sevrages-engraissements en porcelets de qualité », justifie Pascal Réauté, l'éleveur qui assurera la gérance de l'élevage. En Mayenne comme partout ailleurs, le marché du porcelet a quasiment cessé d'exister. Les ateliers naisseurs de petite dimension cessent progressivement leur activité, victimes d'une rentabilité insuffisante. La solution du couplage avec des engraisseurs existe pour certains. Encore faut-il trouver des élevages dont le nombre de places coïncide avec la production du naisseur.

La maternité collective a été construite chez l'un des associés. Des anciennes installations, seul un bâtiment a été récupéré pour installer la machine à soupe et les locaux techniques. (D. Poilvet)

La maternité collective a été construite chez l'un des associés. Des anciennes installations, seul un bâtiment a été récupéré pour installer la machine à soupe et les locaux techniques. (D. Poilvet)

Statut de naisseur-engraisseur

Parmi les éleveurs actionnaires, trois sont d'anciens naisseurs-engraisseurs qui ont décidé d'arrêter l'activité naissage. Problèmes de main-d'oeuvre, aspiration à changer leurs habitudes de travail, souhait de confier la partie naissage très technique à des « spécialistes », mise aux normes « bien-être » trop compliquée à mettre en oeuvre ou trop lourde financièrement… Pour ces éleveurs, la maternité collective est un moyen de garder un statut de naisseur-engraisseur. « Pour les post-sevreurs engraisseurs, l'investissement dans la maternité répond aussi à un objectif de capitalisation dans un outil de production », continue Pascal Réauté. « C'est également une bonne formule pour assurer la transmission sans engager des sommes trop importantes. » Le successeur achète un outil de production (l'atelier post-sevrage engraissement), et les parts correspondant à ses besoins en porcelets dans la maternité collective.
Le challenge vaut donc la peine d'être tenté. Mais il n'est pas sans risque. Le prix de revient du porcelet produit est estimé entre 38 et 42 euros. Une partie du surcoût par rapport au prix de marché peut être compensé par l'amélioration des performances techniques en post sevrage-engraissement. La CAM 53 a calculé un gain d'indice de consommation de 0,16 et une réduction du taux de perte sevrage vente de 2,1 % chez ses adhérents actionnaires d'une maternité collective. Soit un gain financier moyen de 5,75 € par porc vendu.

 

La gestion technique de la maternité collective est également essentielle : une variation de 1 porcelet par truie, c'est 1,7 € d'écart du prix de revient ; 5 € par tonne d'aliment fait varier le coût de production du porcelet de 0,2 €. A la SCEA La Tremblaie, les objectifs techniques retenus pour la définition du projet sont raisonnables : 11 sevrés par portée, et 27,6 sevrés par truie productive et par an avec un sevrage à 28 jours. « Nos maternités collectives existantes nous prouvent qu'il est possible de faire plus », affirme Julien Segalen, responsable marché porcs à la Cam 53. Pour arriver à ces objectifs, la maternité emploiera quatre salariés (deux hommes et deux femmes). « Nous n'avons pas eu de mal à recruter », ajoute Pascal Réauté : De bonnes conditions de travail (bâtiment neuf, locaux techniques confortables…), un cadre de travail mieux défini qu'en exploitation traditionnelle et une rotation plus lente des gardes de week-end pourraient expliquer cet engouement pour les salariés à travailler dans ce type d'outil.

 

L'investissement est aussi à raisonner au plus juste : un point de taux d'intérêt équivaut à 0,7 euro par porcelet. À la SCEA La Tremblaie, les associés ont apporté 392 600 € en capital social, soit 17,5 euros par porcelet acheté annuellement. Ce montant correspond à une annuité de 0,80 € par place d'engraissement. Les prêts ont été réalisés sur sept ans pour le cheptel et une partie du matériel, 10 ans pour le gros matériel et entre 12 et 15 ans pour les bâtiments.
Par ailleurs, une variation de 5 % du coût du bâtiment fait varier de 0,45 € le prix de revient. « Les investissements doivent être raisonnés, mais les installations ne doivent pas être faites au rabais, pour garantir une bonne fonctionnalité », rappelle Pascal Réauté. Ici, la place de truie est revenue à 2255 euros, hors frais d'étude et rachat du site. Au total, l'investissement est de 2 381 000 euros. Avec les critères techniques évoqués ci-dessus, le prix d'équilibre du porcelet a été calculé à 40,5 euros sur les sept premières années. À partir de la 8e année, il diminuera de 4 euros.

 

Les cases maternité réparties dans 6 salles de 40 places chacune disposent d'un chauffage au sol pour les porcelets, l'eau chaude étant produite par une chaudière au gaz. (D. Poilvet)

Les cases maternité réparties dans 6 salles de 40 places chacune disposent d'un chauffage au sol pour les porcelets, l'eau chaude étant produite par une chaudière au gaz. (D. Poilvet)

 

Le bloc saillie dispose de 240 places bloquées et de 10 cases pour les verrats et cochettes. (D. Poilvet)

Le bloc saillie dispose de 240 places bloquées et de 10 cases pour les verrats et cochettes. (D. Poilvet)

 

Les cases maternité réparties dans 6 salles de 40 places chacune disposent d'un chauffage au sol pour les porcelets, l'eau chaude étant produite par une chaudière au gaz. (D. Poilvet)

Les cases maternité réparties dans 6 salles de 40 places chacune disposent d'un chauffage au sol pour les porcelets, l'eau chaude étant produite par une chaudière au gaz. (D. Poilvet)

 

 

Source Réussir Porcs Avril 2009

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