Production porcine bretonne : Une période estivale décisive

GEORGES DOUGUET

Production porcine bretonne : Une période estivale décisive
La hausse du prix de l’aliment positionne le besoin de fonds de roulement d’une exploitation porcine à près de 1100 €t/truie en moyenne bien au-delà des seuils d’ouverture de crédit classiques.

Après une année 2012 à l’équilibre, les producteurs traversent une période très difficile. Depuis près de 6 mois, les trésoreries sont malmenées par la forte hausse du prix de l’aliment. Le prix du porc est resté insuffisant malgré la baisse de production. Dans un tel contexte, la tension monte et la période estivale sera de nouveau déterminante pour retrouver l’équilibre.

Une année 2012 positive mais insuffisante

Depuis la première grande crise matières premières en 2007/2008, les pertes constatées n’ont pas été compensées. Malgré un résultat de l’atelier porc positif en 2012, les trésoreries ne se sont pas suffisamment redressées pour affronter de nouvelles difficultés. La dernière période équilibrée sur 5 ans (2002-2006) est déjà bien loin dans les mémoires. Aujourd’hui, le cycle du porc est en pleine rupture.
Il faudrait une à deux bonnes années pour retrouver un peu de réserves. La question qui se pose actuellement est bien de savoir si le porc est capable de retrouver de telles périodes de rentabilité dans un contexte conjoncturel très perturbé.

L’apport des céréales

Si l’on tient compte de l’apport des céréales, l’année 2012 est plutôt correcte. Sur les 5 dernières années, le résultat d’une exploitation moyenne de 200 truies et 50 ha vient à près de 45% des céréales+DPU, avec un atelier porc déficitaire !  La présence d’une surface importante en céréales permet de mieux résister aux fortes crises des matières premières, fabrication à la ferme ou non. Ce constat est valable pour les autres productions animales mais rappelons que le hors-sol s’est développé en Bretagne car la surface agricole est limitée…

Premier semestre 2013 : dégradation des trésoreries

Le prix de l’aliment est en forte hausse depuis l’été 2012. En moyenne, il atteint près de 286 €/T en 2012 (achat à 100%)  et près de 322€/T sur la période novembre 2012-mai 2013. Parallèlement, le cours du porc est sous-pression. Son niveau sur les 7 mois à 1.42 €/kg au Marché du Porc Breton n’est pas catastrophique mais s’avère nettement insuffisant. L’année 2013 démarre donc dans le « rouge » sur une perte de 6 ct d’€/kg. Elle peut atteindre près de 10 ct d’€/kg pour les éleveurs les plus fragiles dont les trésoreries étaient déjà insuffisantes.
On constate à nouveau que les fortes hausses de prix de l’aliment sont difficiles à répercuter sur le prix du porc. Les deux marchés évoluent de manière trop indépendante même si l’on constate une hausse du prix du porc en 2008 puis depuis plus de deux ans.
Durant cette période, la hausse du prix de l’aliment positionne le besoin de fonds de roulement d’une exploitation porcine à près de 1100 €t/truie en moyenne bien au-delà des seuils d’ouverture de crédit classiques (Cf graphique). Les écarts entre les producteurs sont importants ; début juin 2013 la situation est devenue critique pour les plus fragiles.

Un été décisif

Pour équilibrer en 2013 voir mieux, il faudrait une hausse des cours vers 1.65 à 1.70 € en moyenne sur la période estivale entre juin et septembre avec des pics plus élevés. Ce n’est pas impossible, mais cela nécessite une reprise de la demande. La météo sera forcément importante ainsi que le réveil d’une demande internationale dont dépendent les fortes exportations européennes. La hausse du prix doit aussi pouvoir se répercuter sur l’ensemble des maillons de la filière, c’est l’une des conditions pour qu’elle se maintienne.
Une détente semble aussi se dessiner sur le prix de l’aliment. Les signaux sont plutôt favorables au niveau des grandes zones de production mais il faut encore attendre dans un contexte climatique toujours incertain notamment pour les céréales.

De nombreux défis à relever

Au niveau des producteurs, la fin des travaux de mises aux normes est compliquée dans un tel cadre économique. La baisse de production dans notre région et la concurrence internationale bousculent la rentabilité de toute la filière porcine. D’autres défis sont à relever notamment celui de la protection de notre marché intérieur par une meilleure communication sur l’origine de nos produits. C’est un enjeu vital pour toute la production.

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