Prolifération des algues en Bretagne : Face à la marée verte, la profession réagit

Dominique Poilvet

Après le tapage médiatique de cet été autour des algues vertes sur les plages bretonnes, les responsables professionnels veulent reprendre la main.

« Cet été, il était vain de faire entendre sa voix, alors que tous les médias étaient à l'écoute des opposants à l'agriculture bretonne, accusée de n'avoir rien fait pour limiter la propagation des algues vertes », confiait Michel Bloc'h, président de l'UGPVB. C'est donc le 7 octobre dernier, dans un climat un peu moins passionné, que les responsables professionnels bretons ont invité la presse à prendre connaissance de leurs positions sur le sujet de l'environnement. « Nous avons très mal vécu les accusations portées à notre encontre, alors que nous avons fait beaucoup d'efforts depuis 20 ans », a souligné Jean-Pierre Le Bihan, président de la commission environnement de la Chambre d'agriculture de Bretagne. Parmi une avalanche de chiffres, on retiendra les plus marquants : plus d'un milliard d'euros investis pour la mise aux normes des 18 000 élevages de la région, financés à plus de 70 % par les agriculteurs. Un programme de résorption de 43 917 tonnes d'azote atteint à plus de 85 % fin 2008. 450 stations de traitement des effluents d'élevage permettant d'éliminer chaque année 9500 tonnes d'azote. Diminution de 20 % des engrais azotés utilisés entre 1998 et 2007. « La Bretagne est la région où l'on a enregistré les plus fortes baisses de taux de nitrates », fait-il constater.

En 2006, 99,6 % de la population bretonne recevait une eau conforme à la limite réglementaire en nitrates, contre 86,7 % en 1999(1). L'objectif de revenir aux normes d'eau potable (50 mg de nitrates par litre) est donc atteint. Mais cela n'a pas empêché les algues vertes de se développer sur les côtes bretonnes. « Aujourd'hui, la majorité des rivières sont autour de 30-32 mg/litre », soulignait Alain Ménesguen, de l'Ifremer, à l'occasion d'une conférence de presse donnée au mois de septembre par le conseil scientifique de l'environnement de Bretagne(2). « Or, il faudrait moins de 10 mg d'azote pour voir un réel fléchissement de la quantité d'algues. » Les scientifiques prônent un renforcement des mesures environnementales pour accentuer la baisse des rejets. « Attention, car dans ce raisonnement, ils oublient que les responsabilités sont partagées », souligne Yves-Marie Baudet président de la commission environnement de la FRSEA Bretagne. « L'assainissement individuel et collectif par exemple, parfois mal maîtrisé surtout en période estivale, sont aussi des sources d'apports de nitrates, de 20 à 40 % suivant les zones et les périodes de l'année. »

La profession agricole bretonne souligne que les algues vertes ne sont pas que du ressort des élevages, sans pour autant nier la nécessité de diminuer les flux d'azote dans les cours d'eau. (Ceva)

La profession agricole bretonne souligne que les algues vertes ne sont pas que du ressort des élevages, sans pour autant nier la nécessité de diminuer les flux d'azote dans les cours d'eau. (Ceva)

 

Ramassage des algues en mer

C'est pourquoi la profession agricole bretonne invite tous les acteurs concernés à se mettre autour de la table pour poursuivre la lutte contre les algues vertes. « L'heure est désormais au dépassement de tous les clivages pour privilégier l'action collective aux accusations stériles. »
Concernant le préventif, les agriculteurs bretons restent ouverts aux échanges sur un objectif de diminution des flux d'azote toutes origines confondues. « Cet objectif devra être partagé, réaliste et accompagné des soutiens financiers nécessaires à la pérennité économique des exploitations », ajoute Yves-Marie Baudet.
« Mais, compte tenu du délai de réponse du milieu, nous pensons qu'il faut également développer le ramassage des algues en mer, avant échouage, notamment pendant l'hiver, afin d'en réduire le développement pendant l'été suivant. »
Pour Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale d'agriculture de Bretagne le moment est venu de prendre du recul sur ce sujet. « Il s'agit d'un débat de société. La vie de nos territoires est en jeu. Veut-on maintenir un modèle agricole qui fait référence en Europe, basé sur des exploitations familiales de petites et moyennes dimensions, ou bien passer au tout environnemental, quitte à faire disparaître le tissu rural ? » La question reste posée.

Source Réussir Grandes Cultures Novembre 2009

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