Rapport Besson et étude UFC-Que Choisir : La grande distribution s'octroie des marges excessives

Claudine Gérard

Un rapport d'Éric Besson et une étude de l'UFC-Que Choisir pointent les marges abusives de la grande distribution sur plusieurs produits alimentaires, en particulier la viande de porc.

« Pour un rôti vendu 8,50 euros le kilo au consommateur, la marge nette des distributeurs atteint 2,25 euros, soit 26,5 % du prix de détail. Sur le jambon, 89 % de la marge réalisée par les différents intermédiaires, est captée par les distributeurs dont le taux de marge nette dépasse 21 % ». Le rapport d'Eric Besson(1), commandé par le ministre de l'Agriculture et remis en décembre 2008 est sans ambiguïté et conclut entre autres : « C'est la marge nette des distributeurs qui explique le niveau des prix du porc au stade de détail. » Eric Besson avance des explications. En premier lieu, il explique que, pour compenser les pertes sur les autres viandes (notamment après la chute de la consommation de boeuf), les distributeurs ont choisi d'augmenter leurs marges sur les viandes rentables, en particulier le porc, qui est ainsi devenu l'un des rares produits (voire le seul) rentable au rayon boucherie, notamment en raison de l'absence de découpe.

Le porc est devenu l'un des rares, voire le seul produit rentable au rayon boucherie de la grande distribution. (D. Poilvet)

Le porc est devenu l'un des rares, voire le seul produit rentable au rayon boucherie de la grande distribution. (D. Poilvet)

De 35 % à plus de 50 % de marge brute

Quant au jambon, produit incontournable du rayon charcuterie (…), les marges de la distribution y sont historiquement significatives (…). Le rapport précise en outre que la baisse des prix à la production du deuxième semestre 2007 n'a pas eu d'effet sur le prix de détail, le prix du rôti et du jambon continuant même à augmenter. Et les prix ont encore augmenté sur les cinq premiers mois de 2008, accompagnant (fortuitement) le rebond des prix à la production du porc enregistré en mars.
Le rapport ne pouvait être plus clair. Mais il est passé relativement inaperçu auprès du grand public. Ce qui n'a pas été le cas d'un autre rapport, publié cette fois par l'UFC-Que Choisir(2). La synthèse qui concerne le porc commence ainsi, graphique à l'appui (voir ci-contre) : « Sur les seize dernières années, les prix à la consommation ont progressé de 16 % pour le rôti et de 26 % pour l'échine, alors que dans le même temps, le prix agricole du porc baissait de 30 % ».

L'organisation de consommateur a identifié trois grandes périodes depuis 1992, périodes où la position de la distribution a changé. Entre 1992 et 2000, la distribution a amorti l'évolution des prix à la hausse et à la baisse, et a globalement fait progresser sa marge brute qui se situe alors entre 30 et 45 %.
Puis, entre 2001 et 2005, la distribution tire parti des crises (ESB) pour augmenter sa marge de manière spectaculaire. « Ainsi, sur cette période, il s'est formé un écart supplémentaire de près de 15 points entre les prix agricoles et les prix à la consommation. Exprimée par rapport au prix consommateur, la marge brute serait passée de 35 % à plus de 50 %. Pour le consommateur, cette hausse aura donc eu pour impact d'augmenter de plus de 20 % les prix de détail entre 1995 et 2002 ! ». Troisième et dernière période, qui court depuis 2005, pour l'UFC-Que Choisir, sur cette période, l'abandon de tout lien strict entre prix agricole et prix consommateurs permet une progression substantielle des marges distributeurs. « Notre analyse et celle du rapport Besson convergent donc pour affirmer qu'en l'absence d'autres coûts non identifiés, la tarification de la viande de porc au niveau de la distribution est actuellement trop élevée. ».

 

Des solutions proposées

Et c'est bien la seule distribution qui, dans ce rapport, est accusée d'augmenter ses marges. L'analyse de l'UFC-Que Choisir dans le secteur de l'abattage découpe montre que les marges y sont restées très stables à moyen et long terme, de l'ordre de 5 %. Celle des grossistes, est elle aussi restée stable. « Les grossistes n'ont pas contribué à l'inflation observée sur les prix du porc au moins sur les huit dernières années. » Les marges jugées excessives de la grande distribution sur le prix du porc ainsi admises, que faire ? Pour Eric Besson, il faut d'abord comprendre que cette situation est la conséquence d'une faible concentration de la filière qui « limite le pouvoir de négociation des abattoirs face à leurs clients et la compétitivité des industriels sur un marché européen par ailleurs très concentré ». Eric Besson souligne la nécessité de mieux suivre l'évolution des prix et des marges, notamment à travers l'observatoire mis en place en 2008. Il préconise le développement du hard-discount, à l'instar de l'Allemagne, tout en prévenant que ce développement soulève aussi des questions : le hard discount est centré sur des produits de base, n'est pas un facteur d'innovation et ne peut pas répondre au goût des français attachés aux produits régionaux ou Label.

Et le rapport conclut : « L'intensification de la concurrence est le seul remède à la fois fort et durable ». Des propos repris par Michel Barnier qui déclarait que la loi de modernisation agricole (LME) prévoyait en effet de renforcer la concurrence.
Les conclusions de l'UFC-Que Choisir ne sont guère éloignées. Si l'organisation demande que soit publié le montant des marges brutes et nettes, pour chaque étape d'élaboration du prix, selon les différents circuits de distribution, elle réclame en outre à l'Autorité de la Concurrence le pouvoir de contraindre les groupes en position dominante sur une zone de chalandise, à se séparer ou à échanger quelques activités. L'UFC-Que Choisir demande en outre un renforcement de la vigilance des autorités en charge de la concurrence, afin que les crises sanitaires ne soient pas des opportunités de prises de marges par certains opérateurs.

Evolution des prix de production et de vente depuis 1992. (Source : UFC-Que Choisir)

Evolution des prix de production et de vente depuis 1992. (Source : UFC-Que Choisir)

 

(1) Formation des prix alimentaires. Eric Besson, décembre 2008.
(2) Boeuf, porc et volaille : les prix à la consommation se déconnectent des prix agricoles.

Source Réussir Porcs Mars 2009

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