Rapport du Haut Conseil de la Coopération agricole : La coopération doit s'impliquer dans la transformation

Claudine Gérard

La filière porcine française, trop segmentée, doit améliorer sa compétitivité et ses performances commerciales.

Un rapport transmis par Philippe Vasseur, ancien ministre et président de la section
économique du HCCA fait un premier bilan : tandis que l'Allemagne et l'Espagne renforcent
leur part de marché en production porcine, la France perd de sa performance. La
production (2,085 millions de tonnes) se stabilise et les éleveurs passent difficilement les
crises. Le rapport entend donc répondre à deux questions : comment améliorer la
compétitivité individuelle de chacun des maillons, et quelles doivent être les relations entre
ces différents maillons. Concernant le maillon production, « une réelle concentration des
groupements doit continuer », afin d'améliorer la qualité et le prix dans les services rendus
aux adhérents, donc participer au renforcement de leur compétitivité. Le rapport rappelle
qu'il existe encore 73 organisations de producteurs (dont le nombre a été divisé par deux
depuis 1990) et que, en 2006, les 15 premiers groupements (plus de 500 000 porcs) ont
représenté 68 % de la production.
Au niveau de l'abattage découpe, la productivité des outils doit être améliorée :
modernisation, saturation, capacités industrielles, spécialisation… « La performance du
parc industriel français d'abattage et de découpe doit être doublée d'un mouvement de
concentration des opérateurs », domaine dans lequel la France accuse un retard
particulièrement significatif, par rapport notamment à l'Europe du Nord.




Ne pas laisser la charcuterie aux mains des Américains

Le rapport souligne que l'Alliance Prestor-Gad-Cecab est une première opération qu'il faut
saluer et recommande que de telles initiatives fassent se dégager « un leader français
structurant d'un minimum de sept millions de porcs ». Des abatteurs découpeurs devraient,
selon le rapport, intégrer des maillons spécifiques de la transformation afin d'utiliser des
pièces difficiles à commercialiser, développer des produits de niche ou encore valoriser des
pièces en frais sous forme d'UVCI. « La séparation abattage-découpe-transformation n'est
pas une règle universelle. »
Actuellement, le premier groupe français abat 3,7 millions de porcs, tandis que Danish
Crown (DK) en abat 22 millions, Vion (Allemagne) 19 millions et Tonnies (Allemagne) 10
millions… Mais c'est sans doute dans la transformation que la filière doit porter ses efforts.



Le secteur est marqué par un nombre important d'entreprises (354), le marché étant
dominé par des entreprises multinationales, tandis que des entreprises françaises ont été
vendues (Aoste) et que d'autres sont à vendre (Madrange). Si des leaders français se
développent dans les produits traiteurs et les plats cuisinés, les entreprises françaises de
charcuterie impliquées dans l'amont sont encore modestes, selon le rapport (Brocéliande,
Floc'h, Aubret). « Les deux leaders français de l'abattage ne semblent pas avoir de
stratégie de transformation au-delà de l'UVCI et de la saucisserie. » Le rapport pointe alors
le danger de voir une entrée massive de pièces de découpe américaines (Nord ou Sud),
avec un contrôle des grandes marques françaises par des leaders porcins mondiaux. Le
rapport suggère donc de ne pas manquer les rendez-vous que seront les cessions
d'entreprises du secteur d'aval. Car, si celles-ci ne peuvent pas être reprises par des
acteurs de l'agro-alimentaire français, ce seront des entreprises internationales,
éventuellement intégrées en amont dans l'abattage à l'étranger, qui mettront la main sur de
nouvelles marques de référence sur le marché français…
Enfin, le rapport suggère que la France se dote d'un « champion national de la charcuterie
et de la salaisonnerie qui soit un leader structurant, capable de rivaliser avec Smithfield
(Aoste) ou Nestlé (Herta), et cela, dans un contexte de rapport de force avec la grande
distribution.


 

Le HCCA, instance unique et indépendante

Le Haut conseil de la coopération agricole a été créé par la loi d'orientation agricole du 05-01-
2006. Instance unique et indépendante, elle est chargée
de contribuer à l'élaboration des orientations concernant les domaines juridique, économique et
stratégique pour les coopératives agricoles.

Source Réussir Porcs Juillet-Août 2008

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires