Regain d'intérêt pour le soja européen

Dominique Poilvet

Regain d'intérêt pour  le soja européen
L'intérêt économique du soja européen ne cesse d'augmenter avec la raréfaction du non-OGM américain. - © G. Omnès/archives

Le contexte économique actuel est favorable à une expansion de la culture de soja en France et en Europe. Les variétés cultivées non-OGM intéressent les filières animales.

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Infographie Réussir

Les régions françaises

productrices de soja

Entre 2013 et 2014, la production européenne de graines de soja a augmenté de 30 %. Cette année, 600 000 hectares ont été emblavés avec cette graine oléagineuse, dont 75 000 hectares en France. Une paille à côté des 34 millions d'hectares aux États-Unis, le premier producteur mondial devant le Brésil et l'Argentine. Mais, selon les spécialistes, cette culture devrait encore se développer en Europe dans les années à venir. « La nouvelle PAC européenne va dans le sens d'une diversification des cultures », explique Hubert Hebinger, ingénieur au Cetiom, le centre technique interprofessionnel des oléagineux et du chanvre. « Par ailleurs, beaucoup de maïsiculteurs sont dans l'obligation de sortir de la monoculture de maïs. Un ravageur du maïs apparu dans les années 2000, la chrysomèle, est présent dans de plus en plus de régions. La présence de cet insecte dans les champs nécessite la mise en place d'une rotation des cultures pour limiter sa propagation. »

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Le rapport de prix entre le soja et le maïs a fortement augmenté

Ensuite, le contexte économique actuel est plus favorable à la culture du soja. Le rapport de prix entre le soja et le maïs a fortement augmenté sur les six dernières années. Il était de 2,22 pour la période 2008-2014, contre 1,85 entre 2000 et 2007. « L'augmentation des cours des graines de soja et la baisse du prix du maïs devraient inciter certains agriculteurs à s'intéresser de plus près à cette production », estime Hubert Hebinger. De plus, la culture de soja ne demande pas beaucoup d'intrants (pas d'engrais azotés) et mobilise peu de trésorerie.
L'intérêt croissant du soja s'explique aussi par l'augmentation permanente des rendements depuis trente ans. « Grâce au travail des semenciers européens qui n'ont pas relâché leur travail de sélection, les rendements moyens atteignent trente quintaux de l'hectare, contre vingt quintaux au début des années 80. » Ces semenciers commercialisent désormais des variétés précoces qui permettent d'étendre la culture vers le nord. Toutes les variétés européennes sont non-OGM, ce qui intéresse les filières animales qui ont inscrit le non-OGM dans leur cahier des charges, et qui voient dans l'origine locale du soja un argument de vente supplémentaire.

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Le tourteau européen est plus riche en matière grasse

Les outils industriels existants ou en projet en Europe sont adaptés à une production de proximité, par leur taille (moins de 50 000 tonnes par an) et par leur process de fabrication. Ils extraient moins d'huile que les usines américaines ou brésiliennes. Le tourteau européen est donc plus riche en matière grasse que le tourteau de soja importé (6 à 7 %, contre moins de 2 %), ce qui améliore sa valeur énergétique. « Son prix d'intérêt lui permet d'entrer dans la composition de la plupart des formules destinées à l'alimentation des volailles. Si les volumes disponibles augmentent suffisamment, une partie pourrait être aussi consacrée aux porcs », explique Françoise Labalette, ingénieur à l'Onidol, l'Organisation nationale interprofessionnelle des graines et fruits oléagineux. Un intérêt économique qui devrait continuer de croître avec la raréfaction du non-OGM américain, dont l'écart de prix avec le tourteau de soja OGM atteint désormais 80 euros/tonne.
Pour le moment, les perspectives de développement européennes des cultures de soja sont encore mal cernées. Des initiatives locales voient le jour dans l'Est et le Sud-Ouest de la France, deux régions dont le potentiel de production est important. « Il s'agit d'accords entre des coopératives de producteurs et des fabricants d'aliment », explique Françoise Labalette. Selon elle, il faudrait produire 250 000 hectares de soja pour assouvir les besoins nationaux en tourteaux non-OGM. Dans l'est de l'Europe, une structure appelée Danube Soya, qui englobe une zone de production allant du sud de l'Allemagne à la Roumanie, a pour objectif de produire 2,5 millions d'hectares à long terme. « Le tourteau de soja est la principale source de protéines dans le monde. C'est une culture qui a de l'avenir en Europe », conclut Françoise Labalette.

Source Réussir Porc

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