Salons agricoles : Agromek, vitrine de la production porcine danoise

Dominique Poilvet

Poussés par un marché intérieur dynamique, les fabricants de matériel danois surprennent par leur nombre et la qualité de leurs produits.

Le salon Agromek qui s'est tenu à Herning du 15 au 19 janvier dernier a été l'occasion pour ses visiteurs de découvrir le dynamisme de la production agricole danoise qui est certainement l'une des plus performantes du monde. C'est certainement le cas également pour la production porcine, poussée par une organisation monolithique qui contrôle tout, de l'élaboration des bâtiments jusqu'à la commercialisation de la viande à l'export. Deux abatteurs danois (Danish Crown et Tican) abattent la totalité des cochons danois. Pour ces structures, l'exportation constitue une priorité vitale, puisqu'elle concerne 85 % des volumes ! D'où la nécessité d'une standardisation de la production, qui s'est traduite en 2007 par la création d'un agrément élevage portant à la fois sur l'alimentation, les médicaments, la traçabilité des animaux et les normes environnementales. Ce dernier point est particulièrement important pour les Danois, puisqu'il est utilisé pour se démarquer des autres pays européens.

Certaines normes de logement sont plus contraignantes que les normes européennes. Cela concerne notamment le type de sol, qui sera obligatoirement en caillebotis partiel en 2015 (gisoir plein pour la moitié de la surface des post-sevrages et pour un tiers en engraissement). Cette norme influence directement le type de matériel proposé par les fournisseurs : les gisoirs sont systématiquement couverts pour en faire la zone de confort, alors que la partie ajourée du sol constitue la zone de déjection, en matériaux peu confortables (béton, fonte). En maternité, les éleveurs danois se voient imposer un coin à porcelets spécifique dans chaque case, d'où la systématisation des nids qui, s'ils se justifient pour une gestion différenciée des températures entre la truie et sa portée, n'en constituent pas moins une contrainte supplémentaire.
Plus récemment, une nouvelle législation s'est mise en place concernant les rejets d'ammoniac et les odeurs. Depuis le 1er janvier 2007, les élevages doivent limiter les dégagements d'ammoniac de 15 % par rapport à une norme de référence (best housing system) élaborée en 2005. Cet abattement sera porté à 20 % en 2008, et 25 % au minimum en 2009.

Pour satisfaire ces contraintes, des procédés lourds et coûteux de traitement du lisier ont été mis en place dans certains élevages (traitement à l'acide sulfurique notamment). Mais les Danois, pragmatiques et soucieux de produire au moindre coût, estiment que les gains à réaliser dans ce domaine doivent se faire avant tout par l'amélioration des performances techniques (baisse de l'indice de consommation) et par la conception des bâtiments. Ils font remarquer qu'en 20 ans, ils ont réduit les rejets azotés de 110 grammes à 65 grammes par porc, alors que le poids des carcasses a augmenté de 4 kilos.
Par ailleurs, les émissions d'odeurs sont également réglementées, avec notamment la mise au point d'une méthode de mesure de ces émissions. Selon le type de bâtiment (naissage, post-sevrage, engraissement), sa taille, le type de matériaux employés dans les cases (gisoirs, sols drainant, caillebotis), et éventuellement les outils pour abattre les odeurs, le nombre d'« unités odeurs » (OU, Odor Units) par mètre cube extrait du bâtiment sera différent. Ce nombre déterminera la distance entre l'implantation d'un nouveau bâtiment et le voisinage.

Le salon Agromek, tourné vers les équipements d'élevage, attire des éleveurs du nord de l'Europe (Allemands, Scandinaves…) mais aussi ceux des pays de l'Est, Russie comprise. (D. Poilvet)

Le salon Agromek, tourné vers les équipements d'élevage, attire des éleveurs du nord de l'Europe (Allemands, Scandinaves…) mais aussi ceux des pays de l'Est, Russie comprise. (D. Poilvet)

 

Contraintes environnementales

Selon les dirigeants danois, ces contraintes environnementales ont un coût restreint : le montant avancé est de 0,5 euro par porc en moyenne. C'est le prix à payer pour pérenniser la production porcine, dans un pays qui connaît également des opposants au hors-sol. Mais, associées à la nécessiter d'avoir un minimum de terres en propre, elles incitent de plus en plus les éleveurs à se spécialiser dans le naissage, au détriment de l'engraissement. D'où une forte augmentation des exportations de porcelets, qui ont atteint 3,6 millions de têtes en 2006 contre environ 1 million par an à la fin des années 90. Par ailleurs, les producteurs exportent de plus en plus de porcs charcutiers en vif, notamment en Allemagne où le prix payé est régulièrement supérieur au prix d'acompte danois. Fin janvier, une centaine de producteurs danois, représentant 2 millions de porcs par an, ont menacé de dénoncer leur contrat avec Danish Crown. Comme en France, la crise fait réagir le maillon de la production. Mais la seule alternative consiste à exporter les porcs en vif, en Allemagne notamment. Le modèle danois semble encore avoir encore de beaux jours devant lui.

Le Danemark en chiffres
Superficie : 44 000 km2 (France : 550 000 km2)
Population : 5,4 millions (France : 63 millions)
Nombre de porcs produits par an : 25,8 millions (France : 25,7 millions)

En savoir plus

Voir article de Réussir Porcs de mars 2008, n°147, p. 38 à 44.

Source Réussir Porcs Mars 2008

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