Space : Réflexions et prospectives sur l'avenir de la filière porcine

Claudine Gérard

Il y a aujourd'hui trois catégories d'éleveurs de porcs en France : 25 % qui «vont bien», 50% qui ne vont «pas trop mal» et 25 % qui vont «mal à très mal», résumait Fortuné Le Calvé, président du CRP au Space, à Rennes.

«Précisant que dans la moitié des éleveurs qui ne vont pas trop mal, la moitié est en train de glisser vers une situation « très mal ». Au final, il pronostique que 300 à 350 naisseur-engraisseurs bretons ne se relèveront pas de cette crise. « Pour eux, il faudrait que le prix cadran soit à 1,35 €/kg pendant trois ans, sinon, c'est mort ! » Et pour ces éleveurs en grande détresse, Fortuné Le Calvé réclame un accompagnement pour sortir dignement du métier et « garder leur maison ! ».
Appuyé par Michel Bloc'h, président de l'UGPVB, il suggère deux solutions concrètes : une aide à la truie accompagnée d'un renoncement à produire, ou bien l'arrêt du naissage avec le maintien de l'activité d'engraissement.
Et pour les autres ? Avant tout une remontée du cadran permettra de maintenir l'activité. Michel Bloc'h rappelle qu'en moyenne les éleveurs ont perdu 23 centimes par kilo de carcasse ces deux dernières années. Et que le déficit de trésorerie s'établit à 1000 euros par truie.

Fortuné Le Calvé, président du CRP réclame des mesures d'accompagnement pour que les éleveurs les plus en difficulté sortent dignement du métier. (C. Gérard)

Fortuné Le Calvé, président du CRP réclame des mesures d'accompagnement pour que les éleveurs les plus en difficulté sortent dignement du métier. (C. Gérard)

À l'aube de cet automne, traditionnellement baissier au MPB, que faire ? Fortuné Le Calvé et Michel Bloc'h réclament trois mesures : la plus urgente est de retrouver nos places à l'export avec une assurance-crédit pour nos entreprises exportatrices. Le deuxième est de trouver le levier pour favoriser la consommation de porc français. « Cela ressort d'un patriotisme économique ! » Concrètement, la profession doit retravailler sur VPF et trouver une solution « légale » au regard de la réglementation européenne. Car l'Europe ne tolère pas une mention d'origine de ce type.
Enfin, la remontée des cours serait selon les responsables, suspendue à un plus grand nombre de porcs présentés au cadran. « Il faudrait qu'à la place des 60 000 porcs par semaine aujourd'hui présentés au MPB (sur 400 000 porcs abattus), ce soit 90 000 à 100 000 porcs semaine qui transitent par le marché. C'est la seule solution pour que les acheteurs, de moins en moins nombreux, ne viennent plus au marché pour seulement faire le prix, mais pour acheter ! », lance Michel Bloc'h qui espère que ces volumes seront atteints au printemps prochain.

Voilà pour le court terme, voire l'urgence. À plus grande échéance (années 2020), c'est l'Ifip qui a réfléchi à ce que seront les éleveurs de porcs. Une étude réalisée dans le grand Ouest, Bretagne et Pays de la Loire, a analysé le contexte actuel : une dynamique de croissance cassée depuis 10 ans. Et les contraintes à venir : attentes sociétales et souhaits des éleveurs quant à leurs conditions de vie et de travail.

L'Ifip a identifié trois types d'élevages français pour l'avenir. (C. Gérard)

L'Ifip a identifié trois types d'élevages français pour l'avenir. (C. Gérard)

 

Spécialisation des élevages

Christine Roguet, ingénieur à l'Ifip prévoit que, compte tenu de ces données, trois types d'élevages vont émerger, répondant à trois logiques. Le premier type d'élevage de l'avenir est celui qui pourra garder un fort lien au sol. Typiquement, un atelier de 250 à 300 truies naisseur-engraisseur disposant de 100 à 200 ha. Le deuxième est un élevage hors-sol de plus grande taille qu'aujourd'hui : 500 à 1000 truies naisseur-engraisseur, permettant de réaliser des économies d'échelle et de productivité du travail. Enfin, le troisième type sera basé sur du naissage collectif qui apportera entre autres une solution aux naisseur-engraisseurs ne souhaitant pas investir dans le logement des truies en groupe. On peut donc aujourd'hui parler d'une évolution des élevages français à venir, sans réelle révolution, les mouvements vers ces trois solutions étant déjà engagés. Rien à voir donc avec le projet danois : 1000 élevages de chacun 1000 truies pour fournir des engraisseurs danois… ou allemands.

Concentration des élevages donc, et concentrations des coopératives. Coop de France a ouvert le débat au cours du Space pour poser à plat la situation du secteur coopératif et les enjeux pour le futur. Principal constat, nos coopératives agricoles et agro-alimentaires sont très (trop ?) nombreuses, dégagent des marges faibles et devront batailler dans un univers de prix de plus en plus fluctuants, avec des prix à la consommation, au contraire, relativement faibles. D'où, pour ces entreprises, des marges amenées à varier fortement. Selon Xavier Beulin, président du Haut comité de la coopération agricole, le secteur coopératif devra donc aussi se concentrer et pour les 2 ou 3 leaders dans chaque domaine d'activité », acquérir une dimension internationale.

C'est en France que les tailles d'élevage ont le moins évolué ces dernières années

Entre 1991 et 2007, la taille moyenne de l'élevage français  a été multipliée par 2,7. Dans le même temps, elle a été multipliée par 7 au Danemark. (Source Ifip)

Entre 1991 et 2007, la taille moyenne de l'élevage français a été multipliée par 2,7. Dans le même temps, elle a été multipliée par 7 au Danemark. (Source Ifip)

 

Source Réussir Porcs Octobre 2009

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