Un cycle du porc perturbé

Dominique Poilvet

Un cycle du porc perturbé
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Analyse économique du Cerfrance Côtes-d'Armor. L'absence de bonnes années depuis 2006 met la trésorerie des élevages dans une situation précaire pour affronter une nouvelle crise.

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La production porcine n'en est pas à sa première crise. « Celle-ci n'est pas la pire en termes de niveaux de prix », estime Georges Douguet, économiste au Cerfrance Côtes-d'Armor. « Mais, à la différence des crises précédentes, les producteurs ne sont pas armés pour affronter une nouvelle période de fortes difficultés. » Selon les chiffres de Cerfrance, les dernières bonnes années remontent à 2005 et 2006, avec un coût de production inférieur de 19 c/kg au prix de vente. Les deux années de forte crise de 2007 et 2008 ont dégagé un solde de trésorerie de - 11 c/kg. Depuis 2009, le solde de trésorerie moyen des ateliers porcs est proche de zéro, avec de très faibles variations entre les années positives (+ 3,4 c/kg en 2012) et les années négatives (- 4,8 c/kg en 2011). En 2014, le Cerfrance Côtes-d'Armor a calculé un solde de trésorerie moyen négatif à - 3,8 c/kg.

Pour l'économiste, cette rupture du cycle du porc est gravement préjudiciable pour la production porcine, totalement soumise à la loi de l'offre et de la demande. « Il est impératif d'avoir une période de cours élevés après les périodes de crise pour reconstituer la trésorerie et dégager de nouvelles capacités d'investissement », rappelle-t-il.

L'absence de bonnes années depuis 2006 a entraîné une stagnation de la trésorerie nette des exploitations après l'impact des crises des matières premières. 

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En 2014, la moyenne Côtes d'Armor était à - 700 euros, soit au même niveau que 2009. « Un niveau trop bas pour affronter une nouvelle crise », fait remarquer Georges Douguet, qui constate que, depuis le début de l'année, la trésorerie des élevages se dégrade rapidement. Selon le CER, elle se situait fin août à - 800/- 850 €/truie en moyenne. « Pour un éleveur qui achète son aliment, le seuil d'alerte est à 900 euros. Au-delà, elle dépasse la valeur du stock aliment + animaux. On y arrive rapidement ! »

Un indice de consommation global moyen à 2,84 dans les Côtes-d'Armor

Tout n'est cependant pas négatif dans les résultats 2014 publiés par le Cerfrance Côtes-d'Armor. La mise aux normes bien-être et les restructurations des élevages ont permis une reprise des investissements qui ont atteint 346 euros par truie en 2014 (160 euros/truie en 2010). « La modernisation du parc bâtiment est une bonne chose. Mais attention, en additionnant ces investissements à la hausse des charges salariales, sociales, et du coût de l'énergie, les charges de structures ont augmenté de 5 centimes par kilo de carcasse vendu depuis quatre ans », tempère Georges Douguet.

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Les résultats techniques continuent de progresser, avec notamment une hausse de la productivité des truies (25,3 porcs par truie présente), du nombre de kilos produits par truie (2 185 kg de carcasse). Malgré tout, des écarts importants subsistent : 7 porcs et 600 kilos produits par truie entre les 10 % moins bons et les 10 % meilleurs. À noter également la forte baisse de l'indice de consommation global (2,84 en 2014), mais l'écart sur ce critère se réduit entre les moins bons et les meilleurs. « C'est la réponse des éleveurs au prix élevé des aliments, dont le coût moyen sur cinq ans atteint 265 €/t pour un éleveur qui achète 100 %. »

Georges Douguet estime cependant que tous les facteurs sont réunis pour provoquer une crise financière sans précédent. « Malgré les cours bas, la production européenne continue d'augmenter, en Allemagne et en Espagne notamment. Les éleveurs de ces pays semblent mieux armés pour faire face à la rupture du cycle du porc et à des cours durablement bas. En France, cette rupture nous envoie dans l'inconnu. La réponse à cette crise passera certainement par des décisions européennes et par la réponse apportée en France aux écarts de compétitivité. Mais dans ces conditions, il est compréhensible que certains éleveurs souhaitent expérimenter de nouveaux modes de fixation du prix du porc pour sécuriser leur revenu et leur permettre de dégager de nouvelles capacités d'investissement. »

Source Réussir Porc

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