Une prospective dirigée par l'Ifip : La filière porcine imagine les élevages de demain

Dominique Poilvet

Sur la base d'une enquête réalisée auprès des acteurs de la filière, Christine Roguet ressort trois grandes logiques qui vont orienter le développement des ateliers porcins durant les 15 prochaines années.

Sur la base d'une enquête réalisée auprès des acteurs de la filière porcine en France, présentée aux dernières JRP(1), Christine Roguet a dégagé trois grands types d'élevages qui devraient se développer dans les 15 prochaines années. Ces trois profils correspondent à trois logiques différentes : la complémentarité entre l'élevage de porcs et les cultures, la recherche d'économies d'échelle et l'optimisation des performances, et enfin l'externalisation de l'activité naissage avec des maternités collectives.

« Ces profils d'élevage ont en commun la nécessité de répondre aux exigences économiques et réglementaires », détaille l'économiste. L'optimisation des performances apparaît pour tous comme une « évidente nécessité », indépendante de l'augmentation de la taille des élevages, mais qui demande un environnement technique très fourni (formation, encadrement, génétique, bâtiment). Dans la même logique, l'augmentation de la productivité du travail est inéluctable. De 110-120 truies NE par UTH, certains prédisent déjà 200 à 250 truies par UTH pour un naisseur-engraisseur. Autre obligation de base, le respect de l'environnement naturel et humain. La maîtrise des rejets azotés et phosphorés n'est qu'un début. « Les exigences environnementales se multiplient », rappelle Christine Roguet : ammoniac, odeurs… Par ailleurs, les exigences sanitaires, les contraintes d'épandages, les normes bien-être sont des éléments majeurs qui peuvent dans certains cas influencer l'évolution des élevages : séparation du naissage et de l'engraissement, arrêt de l'activité naissage…

Pour maintenir sa compétitivité, la filière porcine devra s'appuyer sur des élevages performants et rationnels, aussi bien sur les aspects techniques qu'humains. (D. Polivet)

Pour maintenir sa compétitivité, la filière porcine devra s'appuyer sur des élevages performants et rationnels, aussi bien sur les aspects techniques qu'humains. (D. Polivet)

 

300 truies NE pour deux personnes

Les évolutions des élevages devront également tenir compte de la qualité du travail, un critère de plus en plus pris en compte par les éleveurs. Tous les intervenants s'accordent à dire que « l'élevage de demain comptera plusieurs UTH, des associés ou un chef et des salariés ». Les critères sociaux pourraient donc plus conditionner la taille de l'élevage que les critères économiques. Travailler à plusieurs nécessitera sans doute une taille minimale de 300 truies NE pour deux personnes. Par ailleurs, les éleveurs aspirent à une qualité de vie et un statut identique au reste de la société. L'accession à ce statut est nécessaire, notamment pour inciter les jeunes à reprendre la suite des exploitations. Une nécessité d'autant plus vitale qu'un quart au moins des exploitations porcines sont susceptibles de changer de mains dans les cinq ans. Enfin, le modèle naisseur-engraisseur semble rester la référence pour la maîtrise technique, sanitaire, économique et financière. « L'évolution vers ces modèles ne peut se faire que si l'administration facilite la restructuration des élevages, notamment en redonnant un cadre formel aux dossiers d'autorisation et en supprimant les seuils d'obligation de traitement », souligne Christine Roguet.

Un accompagnement financier pour la reprise et l'évolution des élevages semble également nécessaire. « Les investissements sont tels qu'ils deviennent difficilement mobilisables par les seuls éleveurs », ajoute-t-elle. À noter qu'aux côtés de ces trois profils-type, d'autres modèles subsisteront, assurant, du moins pour un temps, le maintien de la production porcine, ou bien répondant à des logiques de productions alternatives.

 

Complémentarité entre porcs et cultures

. 250 à 300 truies naisseur engraisseur sur un site : l'élevage garde sa dimension humaine. Sa bonne gestion technico-économique est son point fort. Le coût de l'investissement est modéré.
. 100 à 200 hectares de SAU : Le lien au sol est fort. L'alimentation des animaux est assurée, de même que l'épandage des déjections sans avoir à traiter.
. Un chef d'exploitation et un ou deux salariés : le partage du travail garantit une bonne qualité de vie.

Économies d'échelle et productivité du travail salarié

. 500 à 1000 truies naisseur-engraisseur sur un ou plusieurs sites. L'objectif est de réaliser des économies d'échelle et de maximiser la productivité du travail. Mais aller au-delà semble peu réaliste à cause de l'apparition de multiples problèmes liés à de grosses structures : insertion paysagère, environnement, sanitaire, acceptation sociétale, financement, management des hommes et transmission.

Externalisation du naissage : les maternités collectives

. Une réponse aux problèmes rencontrés par les éleveurs : manque de main-d'oeuvre sur son exploitation, aspiration à changer ses habitudes de travail, éviter de traiter le lisier en réduisant le cheptel, faciliter la transmission de son outil, s'approvisionner en porcelets de qualité. Accessoirement, l'externalisation du naissage permet d'accroître ses capacités d'engraissement en transformant ses places de truies sans procédure d'autorisation.
. De 800 à 1200 truies : la taille de la maternité collective est un compromis entre les besoins en porcelets des associés, la gestion du personnel, et les contraintes environnementales pour ne pas avoir à traiter le lisier.
. Un UTH pour 250 truies, trois salariés minimum : les charges de main-d'oeuvre doivent être optimisées pour d'une part limiter les coûts de production, et d'autre part assurer aux salariés de bonnes conditions de travail.

En savoir plus

. Faible lien au sol : le traitement du lisier s'impose pour ces élevages en régions à forte densité porcine, mais pas forcément ailleurs.
. Un chef d'exploitation et plusieurs salariés : l'entreprise doit être gérée par un homme-clé. Les charges de structure élevées doivent être compensées par d'excellentes performances.

(1) Les élevages porcins de demain vus par les acteurs de terrain. christine.roguet@ifip.asso.fr, JRP 2009, p 285-290.

Source Réussir Porcs Mai 2009

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