Vers un point de rupture

Georges DOUGUET

Vers un point de rupture

En porc, le point de rupture semble se rapprocher. De quel côté la production va-t-elle basculer ? Tout dépendra des cours durant les mois à venir.

Depuis plusieurs années, la production porcine manque de lisibilité. Les cycles derentabilité sont remis en cause. La mise aux normes bien-être des truies s’achève dans un contexte compliqué. La forte flambée des matières premièresrisque à nouveau de rompre les équilibres déjà fragiles. Approche-t-on du point de rupture ?

Une faible rentabilité

Sur les cinq dernières années, un atelier moyen de 200 truies affiche un solde cumulé négatif entre prix payé et coût de revient de -0,24 €/kg de carcasse, soit une perte considérable de 100 000 €/exploitation. Une partie de la perte a été plus ou moins compensée par les marges en céréales. Au final, la situation financière moyenne ne s’est pas trop dégradée, avec un taux d’endettement moyen de 73 % en 2011, mais avec des disparités (14% des exploitations à plus de 100 % d’endettement). La dette au kg de carcasse semble raisonnable,mais elle s’explique par un investissement très insuffisant. Le dernier cycle de 5 ans s’est terminé par une perte de confiance et une chute logique des investissements entre 2007 et 2010. Ils ont péniblement repris en 2011, malgré les besoins de mises aux normes.

Derrière les tendances moyennes, les disparités se sont creusées. Les éleveurs les plus fragiles n’arrivent pas à se redresser. Des exploitations, jusqu’ici rentables, sont parfois déséquilibrées. Seules, les exploitations les plus performantes ont traversé les 5 dernières années avec des résultats corrects au vu de la conjoncture.

Au final, la production porcine régionale amorce une baisse de production en 2011 qui se confirme en 2012. Malgré l’effet de la productivité, les arrêts de certains producteurs ne sont pas compensés. La filière régionale est déstabilisée. Les projets de restructuration sont difficiles à réaliser. La compétitivité régionale s’amoindrit.

Un bon niveau technique

Sur le plan technique, les performances continuent à s’améliorer. Le nombre de porcs produits par truie augmente chaque année de 0,3. Il s’approche de 25 porcs/truie en moyenne. 10 % des producteurs affichent plus de 27,6 porcs/truie/an, et 10 % moins de 20,9.

Avec la flambée du prix de l’aliment, l’indice de consommation (IC) devient un critère plus important. Son amélioration moyenne ralentit néanmoins en 2011. Il devient en effet plus difficile d’améliorer l’IC lorsqu’il descend à 2,8 ou moins. La baisse de l’IC moyen provient donc en partie de l’arrêt des producteurs qui présentaient des indices très dégradés (3,2 ou plus.) Ils nepeuvent pas résister avec un prix d’aliment à 270 €/T (voire nettement supérieur dans les prochains mois.) Un quart des producteurs est encore à plus de 3 d’IC, ce qui est pénalisant. Un gain de 0,1 d’IC représente 3,6 ct €/kg de carcasse. Les exploitations les plus performantes visent aujourd’hui un ICglobal de moins de 2,7.  Il est évident que l’amélioration technique dépend aussi de l’état du parc de bâtiments d’engraissement qui est vieillissant en Bretagne.

Un début 2012 juste à l’équilibre

Les résultats, clôturés au premier semestre 2011, étaient d’un bon niveau. Mais, au final, l’année 2011 s’est soldée par une perte de près de 5 ct€/kg au niveau de l’atelier porc.

Début 2012, les résultats comptables se redressent. L’atelier porc atteint à peu près l’équilibre sur un an. Il bénéficie notamment d’une période positive d’octobre 2011 à mars 2012. Au vu des écarts, près de la moitié des producteurs n’équilibre toujours pas. Derrière ce constat, la situation reste donc précaire,d’autant que le prix des matières premières flambe à nouveau.

En 2011, le coût alimentaire pesait près de 65 % du coût de revient ,avec un prix d’aliment à environ 261 €/T (271 €/T si 100% aliment acheté). La forte hausse du prix de l’aliment positionne déjà le prix de l’aliment à près de 290/300 €/T en spot. Le coût alimentaire va rapidement peser près de  70 % du coût de revient, car le prix d’aliment risque d’atteindre des sommets dans les prochains mois !

Remontée des cours ?

Dans un tel contexte, tout va forcément dépendre du prix du porc. Sera-t-il capable d’atteindre un niveau de 1,70 € à 1,80 €/kg au MPB pour compenser, ceci de manière durable ?

Des espoirs sont permis, et un point de rupture sur le marché du porc est possible. Jamais les conditions n’ont été aussi favorables pour observer cette montée logique des cours :

- l’impact conjugué de la mise aux normes et de la hausse du prix de l’aliment avec, au final, une production qui baisse et qui continuera à baisser,

- une demande internationale dynamique avec une valeur de l’euro compétitive,

- de nombreux bassins de production qui vont souffrir de la flambée des matières premières…

La région Bretagne n’est pas forcément la plus mal placée. Reste à traduire ce point de rupture dans les faits. Est-ce que le n ord de l’Union européenne va soutenir la tendance des cours ? Comment va se comporter la grande distribution ? Quel arbitrage du consommateur en cas de hausse des prix dans le contexte de crise ?

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Commentaires 1

katukav

ilmanque quelque espaces dans ce texte cequi le rend moins lisible !

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