[Video] Avis d'expert : les raisons de la crise porcine

Propos recueillis par Anne Sophie Lesage

[Video] Avis d'expert : les raisons de la crise porcine

Quels sont les enjeux pour la filière porcine française à long terme ? Les exploitations allemandes sont elles également dans une situation économique difficile ? Est-ce que des initiatives comme le contrat Syproporcs*, peuvent aider les éleveurs ? Eléments de réponse avec Baptiste Lelyon, Expert productions animales, Crédit Agricole SA (Interview du 10 juillet 2015)

 

Comment se porte la filière porcine française ?

Baptiste Lelyon : La filière porcine traverse depuis plusieurs mois une situation conjoncturelle difficile. En effet, dans de nombreux élevages, le prix de vente du porc ne couvre plus les coûts de production. Malgré l’engagement de plusieurs acteurs de la filière pour faire remonter le prix du porc, la cotation stagne depuis 15 jours pour s’établir à 1,348 €/kilo de carcasse (au 10 juillet 2015 - NDL).

Cette situation s’explique par un engorgement du marché européen. Même si la production française est stable depuis le début de l’année, les abattages de nos deux principaux concurrents ont fortement progressé, de 2 % pour l’Allemagne et de 9 % pour l’Espagne. Ainsi, malgré un temps chaud et sec, favorable pour la consommation de viande de porc, la remontée saisonnière des cours du porc se fait attendre. Bien entendu, la reconduction de l’embargo russe contribue à cette situation de déséquilibre offre/demande sur le marché européen même si les exportations de viande de porc vers la zone asiatique compensent partiellement la fermeture de ce marché.

Face à ce prix déprimé, les éleveurs doivent également faire face à un niveau élevé de coût de production. Le prix de l’aliment type calculé par l’IFIP s’établit actuellement à 238 € la tonne. La nervosité actuelle sur les marchés due à un début de période sèche pourrait entrainer un renchérissement du prix des matières premières végétales qui se traduirait par une augmentation du prix de l’aliment.

Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, la plupart des experts s’accordent sur le fait qu’une amélioration de la conjoncture n’interviendra pas avant le début de l’année prochaine.

Quels sont les principaux enjeux à long terme pour la filière ?

BL : En plus de difficultés conjoncturelles, l’ensemble des acteurs de la filière porcine doivent relever de nombreux enjeux. Concernant les élevages, si la mise aux normes des bâtiments truie a été faite, des investissements conséquents doivent être réalisés en engraissement ou une part importante des bâtiments ont plus de 18 ans. Cela permettrait une amélioration de performances techniques telles que l’indice de consommation ou le taux de perte.

Les industriels de la filière font également face à des difficultés structurelles. Une modernisation des outils d’abattage et de découpe est nécessaire afin de ne pas perdre en compétitivité face à nos principaux concurrents. Cependant, la faible rentabilité du secteur ne permet pas aux acteurs d’investir. En outre, avec une production française en baisse tendancielle, moins 1,6 millions de têtes abattues sur les 5 dernière années, de nombreux outils ne tourne pas à plein régime pénalisant ainsi fortement leur efficacité économique.

Les exploitations allemandes sont-elles également dans une situation économique difficile ?

BL : Les élevages porcins allemands sont également confrontés à cette conjoncture dégradée. Cependant, ils compensent partiellement la baisse du prix par une production qui augmente continuellement avec 5 millions de porcs supplémentaires abattus depuis 2008. En outre, de nombreux éleveurs allemands se spécialisent sur la partie engraissement des porcs, laissant l’activité naissage au Danemark notamment. Cette spécialisation leur permet d’être très efficace techniquement sur leur élevage. En outre, et contrairement à la France, les acteurs industriels bénéficient d’une dynamique positive, portée par une modernisation importante des outils d’abattage et, encore pour l’instant, un coût de main d’œuvre inférieur.

Des initiatives telles que le contrat Syproporc* peuvent-elles  aider les éleveurs ?

BL : Ce type de contrat permet en effet aux éleveurs de pouvoir bénéficier d’un prix fixé à l’avance et ainsi de limiter les effets de la volatilité. Cela leur permet d’anticiper une marge et d’ajuster ainsi la gestion de leur élevage. Cependant, un tel contrat reste connecté à l’état du marché et ne permet pas de répondre à la problématique globale du trop faible niveau de prix. Néanmoins, il s’agit d’un outil intéressant qui entre en phase de test et dont le principe pourrait, selon les résultats, être repris par d’autres acteurs de la filière.

* Lire aussi :   Viande porcine : Herta teste un contrat à prix fixe

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