Villefranche-de-Rouergue dans l'Aveyron : L'Ifip crée un pôle de compétences axé sur l'environnement

Bernard Griffoul

La chambre d'agriculture de l'Aveyron et l'Ifip se sont associés pour créer une plate-forme de recherche, formation et démonstration où l'environnement occupe la part belle.

Un hypermarché va s'installer prochainement juste à côté. C'est un vrai tour de force qu'ont
réussi la chambre d'agriculture de l'Aveyron et l'Ifip-Institut du porc. Ils viennent de créer un
élevage de 140 truies naisseur-engraisseur aux portes de la petite ville de Villefranche-de-
Rouergue (Aveyron), en bordure de la zone industrielle. Les deux organismes étaient
voisins : d'un côté du chemin, le centre de formation de Bernussou et son exploitation au
sein de laquelle un élevage porcin obsolète ; de l'autre, la station expérimentale de l'Ifip qui
possédait des installations pour le post-sevrage et l'engraissement de 1800 porcs par an et
s'approvisionnait en porcelets auprès d'une maternité collective. Ils ont associé leurs
moyens au sein du GIE Villefranche Grand Sud, pour créer ce nouvel élevage qui a une
triple vocation : expérimenter, former et montrer. Une plate-forme où l'environnement a la
part belle.

Des équipements très innovants

Tous les acteurs des filières porcines du Sud-Ouest et du sud du Massif central se sont
rassemblés pour faire éclore ce pôle de compétences interrégional dans une zone à faible
densité porcine mais qui veut croire en son avenir en jouant la carte de la « différenciation »,
selon Jean Laurens, président de la chambre d'agriculture de l'Aveyron. Il devra répondre à
leurs préoccupations spécifiques. A commencer par la valorisation des matières premières
régionales – le Sud-Ouest ne manque pas de ressources – avec notamment l'idée de
conquérir l'autonomie protéique et de baisser le coût alimentaire pour maintenir une
production compétitive. Autre préoccupation de la filière régionale : « comment renforcer
l'image des produits transformés secs en les reliant au territoire », par le biais des signes
officiels de qualité. La station travaillera sur l'adaptation aux différents cahiers des charges.
Au-delà des objectifs strictement économiques, et c'est peut-être là l'aspect le plus
remarquable, la filière régionale s'est donné avec ce nouvel outil une ambition tout aussi
indispensable à son avenir : répondre aux attentes cito-yennes pour lever les freins à
l'acceptabilité sociale de la production.






Cette réalisation voit la mise en place d'une plate-forme environnementale de recherche et
démonstration dotée d'équipements très innovants, uniques même pour certains. Premier
objectif : réduire les nuisances olfactives à la source. Plusieurs techniques seront testées à
cet effet : extraction centralisée et lavage de l'air, réduction de la surface de caillebotis afin
de diminuer le dégagement d'ammoniac au contact de l'air, évacuation rapide des déjections
par différentes techniques (bacs à lisiers, raclage, flushage) de sorte qu'elles ne soient pas
stockées dans les bâtiments. Deuxième axe fort de ce challenge environnemental : le lisier
ne sera pas épandu mais fera l'objet d'un traitement biologique. Les boues seront séchées
par la technique des lits plantés de roseaux puis compostées avec des déchets verts issus
des collectivités. Une plate-forme de compostage va être construite dans le cadre d'un Pôle
d'excellence rurale. Troisième enjeu d'actualité : la préservation des ressources, l'eau et
l'énergie. Les eaux résiduaires issues des lits de séchage seront réutilisées comme moyen
mécanique d'évacuation des déjections (flushage). Les eaux de pluies seront collectées
pour le nettoyage des salles et le lavage de l'air. Et enfin, un échangeur thermique permettra
de récupérer les calories de l'air extrait pour réchauffer l'air entrant.

Le nouveau bâtiment du GIE Grand Sud complète les installations existantes de l'Ifip pour en faire un pôle interrégional de recherche, formation et démonstration. (B. Griffoul)

Le nouveau bâtiment du GIE Grand Sud complète les installations existantes de l'Ifip pour en faire un pôle interrégional de recherche, formation et démonstration. (B. Griffoul)

 

Transparence et concertation

A l'évidence, c'est ce positionnement environnemental de l'élevage qui a permis de « vendre
» le projet à la population locale. Une démonstration in situ que production porcine et
urbanisme ne sont pas incompatibles. « Vous avez relevé un défi énorme », s'est plu à
souligner Jacques Lemaître, président de l'Ifip, lors de l'inauguration. Pour y parvenir, les
initiateurs du projet ont joué la transparence et la concertation avec les élus et la population.
Chacun espère que cette vitrine aidera à faire bouger les lignes de l'acceptation sociale de
la production.
Mais n'oublions pas les préoccupations des deux organismes porteurs du projet, à savoir
expérimenter et former. Cet outil va leur donner un nouvel élan. « L'ensemble de la filière de
traitement du lisier, mise en place en grandeur réelle, est vraiment quelque chose d'innovant
comme le sont les systèmes d'évacuation des déjections », se réjouit par exemple Robert
Granier, directeur de la station expérimentale. De quoi doper la motivation des équipes. «
Cette station s'intègre bien dans notre réseau de recherche national », a affirmé Jacques
Lemaître.




Accès à de nouvelles ressources

Des installations qui devraient donner aussi une nouvelle « crédibilité » aux formations
(technicien conseil, conduite d'élevage) dispensées par le centre de formation de
Bernussou, auprès des futurs producteurs et salariés, veut croire Gérard Grès, directeur :
« Nous aurons accès à de nouvelles ressources de façon privilégiée avec l'Ifip. Des agents
des deux organismes pourront intervenir en croisé… » Et certainement, dans l'avenir, une
offre de formation étoffée en rapport avec les axes de travail de la plate-forme. De leur côté,
les financeurs (État, collectivités territoriales) ont largement assumé leurs responsabilités.
Reste maintenant à faire vivre ce formidable outil à hauteur des espérances que chacun y a
investies. Les premiers cochons sont rentrés début juillet.

Source Réussir Porcs Septembre 2008

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