Xavier Beulin, président de Sofiprotéol* : Replacer l'agriculteur au coeur de sa coop

Propos recueillis par Claudine Gérard

Le président du Haut conseil de la coopération agricole, Xavier Beulin, prône une structuration des coopératives avec, pour certaines, une dimension internationale et des sociétaires qui seraient actionnaires des outils d'aval.

En quoi peut consister concrètement l'évolution du fonctionnement des coopératives que vous prônez ?

L'évolution de notre secteur coopératif, dans le domaine animal comme dans le domaine végétal, doit aller dans le sens d'une meilleure structuration et de l'émergence d'entreprises de taille suffisante, capables de s'affirmer sur les marchés. Mais cette évolution doit aussi se faire en repensant la place des producteurs afin de les impliquer bien davantage dans leur gouvernance : il ne saurait y avoir de coopératives puissantes et performantes sans producteurs engagés et responsables.

Structurer signifie regrouper les coopératives ?

Les coopératives agricoles et agro-alimentaires françaises sont très diversifiées et hétérogènes, avec un nombre d'acteurs très important. Sans aller vers un schéma de type danois, nous devons consolider les coopératives afin qu'émergent un, deux ou trois « champions », de taille européenne, voire mondiale, qui permettront à des plus petites structures de tirer aussi leur épingle du jeu. Nous sommes dans un marché ouvert, mondial et concurrentiel. La notion de taille critique est importante tant pour conquérir des débouchés que pour préserver ceux que l'on a déjà. Car serait-on heureux si Smithfield ou Danish Crown venait mettre la main sur nos outils de production ? Cessons ces bagarres improductives entre nos entreprises. Il y des sujets d'intérêt général stratégique qui exigent d'être unis. Et je suis convaincu que le schéma coopératif n'est pas un schéma poussiéreux. Tout est une question de gouvernance et de compétences des dirigeants.

Xavier Beulin (H. Garnier)

Xavier Beulin (H. Garnier)

 

Et la place de l'éleveur adhérent dans ce schéma ?

La structuration du secteur coopératif doit être l'occasion de repositionner le rôle et la place du producteur. Sinon, si la coopérative n'est qu'un intermédiaire entre l'amont et l'aval. Il est temps que le producteur s'approprie une part de la valeur ajoutée qui se fait de plus en plus sur le produit fini. Si le producteur ne se réapproprie pas ou ne réinvestit pas ses outils économiques, il verra alors cette valeur ajoutée lui échapper car il ne sera considéré que comme un simple fournisseur de matières premières, une hypothèse que je réfute. Pour moi, le producteur attend de son outil aval qu'il soit le prolongement de son exploitation. C'est pourquoi j'estime indispensable de réfléchir à la possibilité, pour le sociétaire, de devenir actionnaire de sa coopérative.

C'est-à-dire qu'il entre au capital de la coopérative et de ses filiales ?

Entrer au capital de sa coopérative lui permettrait de jouer pleinement, d'être reconnu comme acteur et partenaire du développement. Cela permettrait aussi qu'une partie de son revenu provienne de la valorisation de ses matières premières et l'autre, de la rentabilité du capital investi. Avec une fiscalité intelligente, on pourrait inciter les producteurs à investir dans leurs outils de transformation.

Cela sera-t-il suffisant pour mieux répartir les bénéfices au sein des filières ?

Il est temps de mettre en place des contrats liant l'amont à la grande distribution qui est devenu progressivement le principal donneur d'ordre de la filière. Dans ce cadre, il revient aux interprofessions d'imaginer et de travailler à de grandes stratégies de filières et d'organisation économique.
Il faut promouvoir l'organisation collective qui permet à des acteurs partageant des objectifs communs de s'unir pour s'affirmer avec force comme des partenaires incontournables face à un secteur de la distribution extrêmement concentré. Dans ce cadre, la prochaine loi de modernisation doit être à la fois l'occasion de consolider les missions des interprofessions, socle indispensable pour établir les nécessaires relations contractuelles entre les acteurs.

* Xavier Beulin est président de Sofiprotéol et vice-président de la FNSEA. Il est aussi président du Haut conseil de la coopération agricole (HCCA) dont la mission est de contrôler le respect du statut des coopératives, mais aussi d'apporter une réflexion stratégique sur les grandes filières agricoles. (http://hcca.coop)

Source Réussir Porcs Octobre 2009

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