Yves Tregaro, FranceAgrimer : Il faut se préparer à la mondialisation du commerce de la viande de porc »

Claudine Gérard

En Europe, les groupes Vion et Danish Crown ont mis en oeuvre des stratégies face à la mondialisation des échanges à venir. Les Français sont un peu en retard, et doivent, selon Yves Tregaro, viser des dimensions internationales.

« Une inévitable marche en avant ». C'est ainsi que Yves Tregaro, économiste à FranceAgrimer (Office de l'élevage) résume les changements actés ou en cours du paysage porcin européen et mondial. Invité à l'assemblée générale de Coopagri Bretagne(1) ainsi qu'aux dernières JRP(2), il dresse le constat que, comparativement à d'autres produits comme les céréales, la viande de porc s'échange encore relativement peu à travers le monde : environ 3 % des volumes produits sont exportés contre 12 % par exemple pour les céréales ou 9 % pour la viande de volaille. En revanche, les échanges au sein de l'UE sont une réalité : plus d'un quart des viandes abattues dans l'UE circulent, constituant des flux très importants de minerais pour les industriels ».

Les opérateurs doivent aujourd'hui pouvoir répondre à des appels d'offres couvrant plusieurs pays. (C. Gérard)

Les opérateurs doivent aujourd'hui pouvoir répondre à des appels d'offres couvrant plusieurs pays. (C. Gérard)

Danish Crown et Vion armés pour la compétiton mondiale

Et cette situation est en train de changer et l'on peut légitimement s'attendre à une modification importante des échanges internationaux de viande de porc.
La suppression des restitutions est annoncée au plus tard pour 2013, la réduction des tarifs douaniers est à l'étude, avec des baisses qui pourraient atteindre 56 % sur le porc. Pour le jambon congelé, un des produits les plus protégés à l'heure actuelle par l'UE, ces droits de douane pourraient chuter de près de 64 %, rendant par exemple les jambons américains attractifs pour les industriels européens. Ce contexte futur est déjà largement intégré par les acteurs du secteur dans le cadre de stratégies industrielles et commerciales des grands leaders européens et internationaux.
Des stratégies face à la « mondialisation », deux grands opérateurs d'Europe du Nord les ont déjà engagées, à savoir le danois Danish Crown et le néerlandais (et allemand) Vion depuis plusieurs années, avec des stratégies différentes, expliquées par Yves Tregaro.
Pour Danish Crown, la stratégie a consisté à constituer un groupe industriel ancré autour du porc, établissant des liens avec l'aval. Danish Crown a pris le contrôle de l'anglais Flagship (bacon), du polonais Sokolow en 2004, puis construit des partenariats avec des entreprises de découpe en Allemagne.

Vion a choisi une stratégie différente, avec une extension géographique et une extension de son périmètre d'activité. Le groupe a « jeté son dévolu » sur d'importants outils allemands : Nordfleish en 2003, Sudfleisch en 2005. Et en 2008, il s'est offert le leader anglais de produits transformés, Grampian Country Food. « Vion possède désormais des intérêts dans les secteurs porcin, bovin, et avicole aux Pays-Bas, en Allemagne et au Royaume Uni » résume Yves Tregaro.
Les Américains, de leur côté, ont déjà « investi » l'Europe. C'est le groupe SmithField Foods, essentiellement, numéro 1 mondial de la viande porcine, qui a commencé sa politique de « conquête de l'Europe » en investissant massivement dans des unités de transformation dans toute l'Europe, s'offrant des marques prestigieuses (SBS, Jean Gaby, Aoste…). L'an passé, le groupe a annoncé sa fusion avec le leader espagnol Campofrio, ce qui lui ouvre les marchés vers d'autres destinations comme la Russie, la Roumanie, le Portugal. « Certes, ces rachats s'inscrivent dans une stratégie d'acquisition des marques européennes les plus prestigieuses et les plus rentables du secteur de la transformation de la viande de porc. Mais il est également possible d'y voir une stratégie de plus long terme (…) proche de celle actuellement suivie par les opérateurs brésiliens dans le secteur dela viande de volaille ou de boeuf ». A savoir l'écoulement de la production américaine sur des marchés de consommation « solvables et pérennes ».

Les Français commencent à bouger

Dans ce contexte, comment se situe la filière porcine française ? Un peu en retard, mais en mouvement toutefois. L'arrivée de Cooperl Arcatlantique et de Socopa-Bigard place les deux groupes français à la 6e et 7e place des groupes européens d'abattage. Mais Yves Tregaro juge que « les processus restent relativement lents, et ont démarré plus tard que dans d'autres pays européens. Les deux nouveaux leaders français qui abattront chacun environ 4 millions de porcs par an, n'ont pas atteint une taille leur permettant d'engager de véritables stratégies européennes en vue de créer un grand groupe de stature internationale ». Car c'est bien d'un marché international qu'il s'agit, selon l'économiste qui souligne que les opérateurs doivent aujourd'hui pouvoir répondre à des appels d'offres pour des volumes importants, pouvant couvrir plusieurs pays. « Les enseignes de la grande distribution, notamment françaises et allemandes, ont tissé des réseaux transfrontaliers (…). La possession d'outils industriels implantés dans différents pays pourrait constituer, à l'avenir, un atout majeur pour les grands groupes internationaux» affirme l'expert, précisant auprès des éleveurs de Coopagri Bretagne que « dans ce contexte, il incombe à chacun de tracer son chemin en étant pragmatique ! ».

Source : Y. Tregaro

Source : Y. Tregaro

 

Avec en particulier les acquisitions des leaders danois et hollandais dans le secteur du porc, Yves Tregaro identifie 5 bassins de production et de filières en Europe : un bassin rassemblant la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne d'une part, représentant 27 % de la production européenne, suivi du Danemark, de la Bretagne, de l'Est de l'Espagne et du Nord de l'Italie. Ces 5 bassins abritent plus de la moitié des porcs européens.

 

(1) 30 janvier, St Brieuc (2) JRP 2009, 305-310

Source Réussir Porcs Mars 2009

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