Avenir des exploitations en Bretagne : Le manque de surface peut freiner toute la filière chair

Pascal Le Douarin

Dans les prochaines années, le déficit structurel d'exploitations avicoles bretonnes risque d'en faire le maillon le plus faible de la filière dinde-poulet, déjà en perte de vitesse depuis 1998.

Depuis déjà plusieurs années en Bretagne, le signal d'un recul des surfaces destinées à la production de volailles de chair était nettement perceptible. Les entreprises d'aval ne semblaient pas s'en inquiéter, dans la mesure où leurs marchés se rétractaient eux aussi. Ce sentiment de trop-plein était partagé. Par deux fois les pouvoirs publics ont accompagné des plans de retrait définitif de surfaces d'élevages. En allant plus loin qu'escompté, la vague d'arrêts et de non-reprises s'est transformée en un « tsunami ». Quand va-t-elle s'arrêter et à quel niveau ? C'est dans ce contexte qu'à la demande de la profession bretonne les chambres d'agriculture ont fait réaliser, par leurs économistes et par ceux de CER France Bretagne, une étude sur l'avenir des exploitations avicoles à l'horizon 2015.

Devenir du parc avicole breton en fonction de l'âge du chef d'exploitation

Devenir du parc avicole breton en fonction de l'âge du chef d'exploitation

Scénario « exploitations » alarmant

La prévision de l'évolution du potentiel de production a été basée sur l'évolution démographique des aviculteurs, les chances de reprise des ateliers des cédants et sur l'évolution des contextes réglementaire et économique. En 2005, les plus de 50 ans pesaient 33 % des effectifs et 32 % des surfaces. Dans l'hypothèse d'un taux de non-succession de 72 %, suivi de 80 % de non-reprise, ce sont environ 0,95 million de mètres carrés qui disparaîtraient jusqu'à 2015 par manque de transmission. S'ajoutent les arrêts précoces frappant les moins de 50 ans. Sur 280 aviculteurs arrêtant en moyenne par an (entre 2004 et 2006), 40 % ne sont pas cinquantenaires. Selon l'étude, en moyenne 28 % des moins de 50 ans devraient arrêter et leurs ateliers être repris dans 20 % des cas, d'où encore un demi-million de mètres carrés perdus. Une des explications à ces faibles taux de reprise tient dans la difficulté à rendre une exploitation avicole viable : d'après CER France Bretagne, avec un endettement à 100 %, un revenu et une rentabilité négatifs, 11 % des exploitations sont non-viables, sachant qu'elles sont composées à 70 % d'aviculteurs spécialisés.

Si la conjoncture économique se dégradait, 45 % des exploitations pourraient basculer dans cette catégorie. Parmi les autres causes de non-reprises, sont citées les incertitudes liées aux réglementations environnementales (74 % des exploitations en ZES, application de la « norme » phosphore) et à l'impact de la directive européenne sur le bien-être du poulet. Au final, le scénario « exploitations » chiffre la disparition des surfaces à 1,4 million de mètres carrés, c'est-à-dire à une baisse de 28 % de la capacité de production. C'est nettement plus que ne le laisse présager l'évolution des débouchés des volailles bretonnes (voir ci-contre), du moins jusqu'en 2015. C'est l'année supposée de l'arrêt des restitutions européennes pour l'exportation de poulet vers les marchés du Moyen-Orient, et donc l'année de la « libération » des surfaces dédiées. Auquel cas, un excédent de surface est prévu.

Gwenola Floch Penn, chambres d'agriculture de Bretagne - coordinatrice de l'étude. (P. Le Douarin)

Gwenola Floch Penn, chambres d'agriculture de Bretagne - coordinatrice de l'étude. (P. Le Douarin)

 

Des pistes pour contrecarrer le « tsunami »

Au-delà du constat de l'inadéquation entre la demande des marchés et l'offre de surfaces, les économistes esquissent des pistes de réduction du différentiel. La plus radicale serait que les accords de l'OMC soient appliqués le plus tôt possible. Dans ce cas, hormis la problématique de reconversion des outils industriels export, les surfaces rendues disponibles combleraient un vide. Cette hypothèse est peu crédible. Les négociations n'avancent plus depuis de longs mois et continueront sans doute à s'enliser jusqu'aux élections américaines de novembre 2008.
Le levier d'action majeur reste celui de la meilleure attractivité du métier d'aviculteur, donc d'une revalorisation significative des résultats nets des éleveurs. L'objectif serait une marge brute minimale de 30 € par m2 pour couvrir des prélèvements privés de 19 000 € nets par UTH (2000 à 2500 m2/UTH). S'ajoutent des efforts significatifs à faire pour augmenter les taux de reprise, allant plus loin que les répertoires Adasea départementaux. Les cédants et les repreneurs auraient besoin d'un accompagnement plus poussé par les entreprises ou des organismes indépendants.

Les autres leviers concernent le maintien de la compétitivité des outils par la rénovation, sachant que le parc vieillit (20 et 21,4 ans d'âge moyen en poulet et dinde en 2005-2006), et que les constructions sont difficilement amortissables par les éleveurs. Si l'ensemble de ces actions permet de remonter de 5 points les taux de reprise et de diminuer de 10 points les arrêts précoces, le « gain » pourrait concerner 400 000 m2, ce qui permettrait un rééquilibrage offre-demande jusqu'à l'arrêt éventuel des activités poulet export.
Quelles solutions choisiront les intégrateurs ? Faire la chasse aux surfaces restantes à coup de primes, attendre la libération des surfaces export en faisant le gros dos (quitte à perdre définitivement de débouchés), lâcher du lest pour éviter aussi un manque de surface en été pour le poulet, accorder des prêts attractifs pour faire rénover les outils, se lancer dans des investissements amont ? La balle est dans leur camp.

Au-delà de ces prévisions, de grandes inconnues demeurent, que n'a pas pris en compte l'étude, notamment le risque sanitaire, la pression énergétique (coûts du fret, coûts logistiques, coûts de production), l'évolution des coûts des matières premières, la hausse de la demande mondiale en protéines.

 

Source Réussir Aviculture Janvier / Février 2008

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