Concentration de l'industrie des viandes : Les firmes brésiliennes veulent nourrir le monde

Pascal le Douarin

Les fusions des entreprises agroalimentaires brésiliennes et leurs acquisitions à l'étranger s'accélèrent. Ces firmes sont en position favorable pour dominer l'industrie carnée mondiale.

Depuis une dizaine d'années, en devenant un opérateur incontournable sur les marchés internationaux, le Brésil avait clairement affiché qu'il serait un acteur majeur pour nourrir le monde. Aujourd'hui, ses entreprises se sentent pousser des ailes. Leur pays est devenu trop petit pour satisfaire leurs ambitions. Enrichies sur les marchés de l'exportation, elles grossissent en diversifiant leurs activités par une stratégie multiprotéine, et poussent leurs pions vers les pays développés consommateurs de leurs produits bruts ou élaborés.
En 2008, le groupe de viande bovine JBS Fibroi achète Tasman en Australie et Smithfield Beef aux USA (après Swift foods en 2007). Toujours en 2008, Marfrig spécialisé en ovin-bovin, met un pied dans la volaille en achetant les abattoirs brésiliens Da Granja et Pena Branca, ainsi que les outils de l'Américain Osi au Brésil et en Europe (Moy Park). Son concurrent Bertin, non impliqué dans la volaille, s'est intéressé au secteur laitier en 2007 en achetant Vigor.

Perdigao devenu Brasil Foods va sans doute réagir pour introduire ses marques aux États-Unis. (DR)

Perdigao devenu Brasil Foods va sans doute réagir pour introduire ses marques aux États-Unis. (DR)

Sadia épouse perdigao

Par ailleurs, les mésaventures financières du groupe volailler Sadia, révélées par la crise financière de 2008 (environ
1 milliard d'euros évaporés) l'ont conduit à se marier avec son concurrent Perdigao le 19 mai de cette année et à donner naissance à Brasil Foods (BRF). La validation par les autorités de la concurrence est attendue pour début 2010. BRF contrôlerait aujourd'hui 45 % de la production des volailles brésiliennes.
Dans la même période, d'autres entreprises importantes ont reculé : faillite de Pilgrim's Pride aux USA, fortes pertes et restructurations pour Margen, Independencia et Quatro Marcos au Brésil.

Les grands exportateurs de viande bovine comme JBS Friboi jouent la carte multiprotéine et lorgnent sur les entreprises des secteurs avicoles et porcins dans le monde entier. (F. d'Alteroche)

Les grands exportateurs de viande bovine comme JBS Friboi jouent la carte multiprotéine et lorgnent sur les entreprises des secteurs avicoles et porcins dans le monde entier. (F. d'Alteroche)

 

Septembre mouvementé

Nouveau cap. Après avoir repris la filière dinde de Doux-Frangosul fin juin, Marfrig annonce le 15 septembre qu'elle acquiert Seara pour 900 millions. C'est le troisième opérateur brésilien avec 1,2 million de poulets par jour (et 5800 porcs/jour). La firme rachetée par l'Américain Cargill en 2005 ne serait pas assez rentable. Marfrig devient l'outsider de Brasil Foods. Il entend développer une marque ombrelle pour l'ensemble de ses productions, de plus en plus élaborées (50 % des ventes de Seara), tout en accentuant son accès aux marchés d'exportation, jusqu'alors son point faible.
L'autre surprise est venue de JBS Fibroi le 16 septembre. Il a annoncé simultanément son projet de fusion avec Bertin, ce qui lui octroierait le contrôle de 20 % des abattages de bovins brésiliens (60 à 65 millions de têtes/an), et la prise de contrôle de l'Américain Pilgrim's Pride (à 64 %) pour 800 millions de dollars US. Pilgrim est le numéro un de la volaille avec 23 % du marché américain (4,1 millions de tonnes, soit plus de deux fois la production française). JBS est déjà le premier producteur de bovins et de porcs aux USA. Cette acquisition lui octroie une entrée directe sur ce marché fermé aux importations.
Le 22, Marfrig contre-attaquait en annonçant la location d'usines d'abattage bovin de la firme Margen, ce qui lui permet d'atteindre 22 350 têtes par jour de capacité d'abattage au Brésil (11 % du marché), ainsi que la prise de contrôle de l'Urugayen Zenda, spécialisé dans le cuir.

Guy Odri, directeur général de Doux : « Nous sommes et resterons des spécialistes du poulet classique, un métier très spécifique que nous maîtrisons. » (P. Le Douarin)

Guy Odri, directeur général de Doux : « Nous sommes et resterons des spécialistes du poulet classique, un métier très spécifique que nous maîtrisons. » (P. Le Douarin)

 

Brasil Foods doublement menacé

Le géant Brasil foods est menacé par Marfrig sur son marché intérieur et à l'extérieur par JBS qui a mis le pied aux USA. Contrairement à Marfrig et à JBS, surtout placés sur les marchés du minerai (« commodities » en anglais), BRF veut construire des marques mondiales aussi connues que Nestlé et Coca-Cola. Il devra sans doute s'implanter en Amérique du Nord, à moins que les accords sanitaires pour l'exportation ne se débloquent entre le Brésil et les USA. Concentré sur les produits élaborés à base de porc et de volaille, le groupe n'envisage pas de se renforcer dans la viande bovine.
Interrogé au Space sur ces mouvements et sur le fait que Doux-Frangosul allait peut-être devenir un petit Poucet au Brésil, le directeur général Guy Odri semble dubitatif sur la stratégie multiprotéine que développe ces groupes. « Nous sommes et resterons des spécialistes du poulet classique, un métier très spécifique que nous maîtrisons. » L'avenir dira quelle stratégie — monoprotéine ou multiprotéine — est la plus payante et si être le plus gros permet d'être le meilleur et le plus performant.

Source Réussir Aviculture Octobre 2009

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