Conjoncture / Crise : Les filières avicoles n'échappent pas à la baisse de la consommation et de l'activité économique

Pascal Le Douarin

S'il est encore trop tôt pour prédire l'impact de la crise financière, il est sûr que la hausse des matières premières et la baisse du pouvoir d'achat affectent les entreprises.

Et de trois ! Après la crise sanitaire de l'influenza aviaire de 2005-2006, après celle de 2007-
2008 liée à la hausse des matières premières, une nouvelle épreuve attend les entreprises
de la filière avicole : les conséquences bien réelles de la nette baisse de la consommation
française et celles plus hypothétiques des effets dominos de la crise financière américaine.
Sur ce point, rien n'est sûr, mais tout peut arriver. Il a fallu plus d'un an pour que la bulle des
subprimes finisse par exploser aux États-Unis. Quel sera l'effet ricochet en France ?
Mystère…
Par contre, il est incontestable que les consommateurs français ont changé. Ils achètent
moins et, moins cher. Pour la première fois depuis 1997, selon l'Insee, les produits
manufacturés ont reculé de 0,1 % entre août 2007 et août 2008. Globalement, les produits
de grande consommation ont eux reculé de 0,7 % au premier semestre comparativement à
2007.
C'est aussi une première soulignée par TNS Worldpanel, une société spécialisée dans les
études de la consommation. Le pouvoir d'achat est devenu la première préoccupation des
Français, notamment en matière alimentaire (14 % des dépenses), plus que sur d'autres
postes (comme les carburants). Il est vrai qu'il semble plus facile de consommer moins que
de changer radicalement son mode de déplacement.






Net recul des achats alimentaires en hypermarché. Les consommateurs achètent moins, moins cher et davantage en hard-discount. (www.leitenberger.fr)

Net recul des achats alimentaires en hypermarché. Les consommateurs achètent moins, moins cher et davantage en hard-discount. (www.leitenberger.fr)

Baisse du pouvoir d'achat

Toujours selon TNS, les produits basiques (pâtes, lait, oeufs, farine) continuent à être
achetés, même si leur prix augmente (+ 1 % pour les oeufs malgré une hausse de prix
enregistrée de 18 %), mais d'autres produits jugés moins indispensables sont autant
achetés. Les produits sous marque de distributeur sont plus achetés (27 % du budget
alimentaire contre 25 % il y a un an). Une enquête du Crédoc, de juin dernier, estime que «
les consommateurs font moins confiance aux marques et aux labels ».
La marque est le premier critère d'achat pour 53 % des sondés contre 65 % en 2007
(baisse de 75 % à 58 % pour le label). Les prix jugés trop élevés pour des différences
qualitatives jugées faibles ne passent plus. D'autre part, les hypermarchés ont moins la
cote (- 1,4 % en GMS selon l'institut Nielsen au premier semestre). La part de marché des
magasins hard-discount est repartie à la hausse (13,9 % en juin 2008 contre 13,5 % en juin
2007). Les industriels de la volaille doivent donc intégrer ces évolutions pour continuer à
vendre leurs produits : modifier les gammes, rééquilibrer leurs circuits (hard-discount
notamment), maîtriser les coûts…



Baisse d'activités et ajustements

Les effets sont mesurables sur l'industrie avicole, avec des baisses d'activité et des
décisions d'ajustement. Elles s'ajoutent aux impacts à long terme de la crise Influenza, et à
court terme de la hausse des matières premières.
Ainsi, LDC a révisé ses prévisions à la baisse. Le groupe est revenu sur les objectifs de
l'exercice 2008-2009 annoncés en juin.
Compte tenu de la dégradation du marché, « l'objectif du maintien du résultat opérationnel
courant à son bon niveau de 2007-2008 apparaît désormais compromis ». Même constat
pour l'international (Pologne et Espagne). Ainsi, la société bourguignonne Duc est dans le
rouge. Au premier semestre, elle a réalisé un chiffre d'affaires en progression de 20,6 %
(103 M €). Pourtant son résultat opérationnel et son résultat net se sont dégradés, avec
respectivement 2,84 millions d'euros et - 3 millions d'euros. Elle évoque le surcoût des
matières premières (+ 7,5 millions d'euros) et des dotations aux amortissements
supérieures. La dinde a été très touchée avec des mises en place réduites de 15 % depuis
le mois d'avril.




Ainsi, le groupe Doux a vendu sa filiale espagnole Doux Iberica au groupe espagnol porcin
Vall Companys. La vente devait être effective au 30 septembre. Doux Iberica, c'est 109
millions de chiffre d'affaires en 2007, 60 000 tonnes commercialisées, environ 400 salariés
et 300 éleveurs contractualisés. La filiale était déficitaire depuis plusieurs années et avait
tentée une relance l'an dernier avec une nouvelle marque (Alsabia). Le motif avancé par la
cellule de communication est la volonté de se recentrer sur le marché du frais en France.
Aujourd'hui, seuls les débouchés grand export restent porteurs (+ 14 % et 145 000 tonnes
sur 6 mois).
Les pays au fort pouvoir d'achat ou ayant besoin de protéines, sont encore demandeurs
avec des prix rémunérateurs. Qui l'aurait prévu fin 2005 ?



 

Source Réussir Aviculture Octobre 2008

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