"Coup de massue" pour les éleveurs de canards frappés par l'abattage massif

  "Coup de massue" pour les éleveurs de canards frappés par l'abattage massif
Une manifestation était organisée le 5 janvier à Auch. © Lionel Candelon

"Un coup de massue", une "catastrophe": les éleveurs de canards et de poulets frappés par un nouveau virus fulgurant de grippe aviaire étaient sous le choc jeudi au lancement d'une nouvelle campagne d'abattage massif dans 150 communes du sud-ouest.

A Auch, devant la préfecture du Gers, le département le plus durement touché par l'épizootie, quelques dizaines d'éleveurs et de chasseurs, réunis sous une bannière dénonçant la "mort de la filière", ont manifesté leur désarroi face à l'incertitude, tout à la fois engourdis par le froid et abasourdis par l'annonce la veille du ministère de l'Agriculture.

"C'est un coup de massue", a fustigé Jean-Michel Duffau, gérant d'une coopérative à Riguepeu (Gers), qui va devoir recourir au chômage partiel pour ses 60 salariés. "Le gros problème c'est qu'à ce jour, on ne sait pas du tout quand on va pouvoir reprendre". "L'abattage a commencé ce (jeudi) matin", a-t-il dit à l'AFP, soulignant que des éleveurs qui voulaient manifester avaient "reçu un coup de fil" la veille.

Les cas de grippe aviaire ne cessent de grimper depuis un mois. Jeudi après-midi, le nombre de foyers confirmés était passé à 95, principalement dans des élevages du sud-ouest, et cinq cas dans la faune sauvage. Le virus H5N8 qui se propage de façon fulgurante depuis fin novembre en France est classé "hautement pathogène". Il est "nettement plus meurtrier" que la souche H5N1 de fin 2015, selon Jean-Luc Guérin, professeur à l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse et chercheur à l'INRA. 

Plus de 300.000 canards ont déjà été abattus dans les zones infectées. Mais face à l'ampleur de la crise, le ministère de l'Agriculture a décrété l'abattage d'un million de palmipèdes élevés en plein air et prêts à gaver dans l'espoir d'endiguer l'épidémie. C'est la première fois qu'un abattage massif préventif est décidé. Lors de la précédente crise, un vide sanitaire consistant en un dépeuplement progressif des élevages avait été mené de janvier à mai 2016.

« Dans le flou »

Jusqu'au 20 janvier, "les abattages préventifs de palmipèdes peuvent être ordonnés" dans 150 communes au total, selon l'arrêté paru jeudi au Journal Officiel: sont concernées 88 communes du Gers, qui concentre plus de la moitié des foyers, mais aussi 53 communes des Landes, 6 des Hautes-Pyrénées et 3 des Pyrénées-Atlantiques.

"Un abattage qui va durer dix jours, plus un vide sanitaire qui va durer un mois, peut-être plus, le temps de remettre des canetons en place pour avoir des canards en gavage, ce sera pas fini avant fin juin", a déclaré Philippe Baron, président national des producteurs de foie gras. "On est dans le flou le plus total, vous savez, il y a des gens qui ont envie de quitter le métier", a ajouté ce Gersois, au sortir d'un comité de suivi à la préfecture d'Auch qui a provoqué des conversations très animées parmi les manifestants.

"La filière est plus qu'en danger", s'est exclamé Christian Candelon, éleveur de canards prêts à gaver à Castillon-Debats. "On ne peut pas continuer à travailler avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, c'est-à-dire six mois de l'année sans revenu". "Aujourd'hui, c'est la seule solution" car "on a laissé pourrir la situation", a-t-il fustigé. "Si on avait réagi un mois plus tôt, au lieu d'abattre un million de canards, on en aurait abattu 100.000".

"Le gouvernement a pris des décisions terribles pour nos éleveurs mais probablement les seules qu'il faille prendre si on veut faire redémarrer cette filière", a déclaré Philippe Martin, président PS du conseil départemental et député du Gers, dans la manifestation. Plus de 300.000 canards ont déjà été abattus dans les zones infectées. Mais la nouvelle zone d'abattage préventif comprend un million de palmipèdes élevés en plein air et prêts à gaver.

"Ce soir, quand je rentrerai dans mon village, il n'y aura plus un seul canard. Ils les auront tous abattus", a déploré Isabelle Daugreilh, gaveuse depuis 35 ans à Montgaillard (Landes). "C'est catastrophique pour nous, je n'ai plus de revenus jusqu'à la reprise". "On ne sait pas où on va parce qu'on ne sait pas jusqu'à quand ça va durer, donc financièrement on est très mal", a renchéri Sylvie Caussade, éleveuse-gaveuse à Ossun (Hautes-Pyrénées), qui avait déjà dû abattre 880 canards le 10 décembre. "Ca a été une catastrophe".

Le Cifog, qui représente les éleveurs et industriels de la filière foie gras, "craint des pertes considérables" de l'ordre de 75 à 80 millions d'euros en comptant le coût de l'abattage et du vide sanitaire qui suivra.

Pour en savoir plus : dossier complet sur la grippe aviaire

Source AFP

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Commentaires 1

Claude fr

Mais oui bien sûr le principe de précaution
On l'avait oublié celui-là
Peut-être devrions nous exterminer les palmipèdes comme ça on aura plus de problème
Mon dieu dans quel monde vivons nous

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