Daniel Sauvaget, PDG de Tilly Sabco : L'effet volume du grand export est profitable à tous »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

La filière poulet spécialisée dans la fourniture aux marchés des pays tiers conforte la compétitivité globale du Grand Ouest. Il faudra continuer à la soutenir, plaide Daniel Sauvaget.

Quel est le maillon faible du modèle économique « poulet entier grand export » ?

Les restitutions européennes, évidemment. D'une manière ou d'une autre, tous les pays producteurs ont leurs propres « restitutions », notamment avec des aides aux entreprises, comme en Russie ou au Brésil, avec des monnaies sous-évaluées ou dévaluées. L'arrêt des restitutions en 2013 n'est pas gravé dans le marbre. Les motifs d'abandon ne tiennent plus, après l'échec des accords de l'OMC. Compte tenu de la crise financière, l'enlisement est là pour longtemps. S'ajoute la non-réciprocité des démantèlements d'aides. Le Farm Bill est renforcé pour huit ans. En zone australe, les entreprises d'exportation existent encore.

Pas moins de 21 pays ont pris l'an passé des mesures de distorsion plus fortes que les restitutions. Il faut revendiquer haut et fort le maintien de cet outil régulateur des marchés et de prévention des crises. C'est un outil indispensable pour la viande de poulet, qui profite aussi aux autres filières volailles du Grand Ouest.

Daniel Sauvaget. « La soi-disant date butoir de 2013 pour la fin des restitutions n'est plus d'actualité. » (P. Le Douarin)

Daniel Sauvaget. « La soi-disant date butoir de 2013 pour la fin des restitutions n'est plus d'actualité. » (P. Le Douarin)

En quoi votre activité est-elle profitable aux autres filières ?

Actuellement, le poulet congelé va bien et supplée un peu la baisse du poulet frais. Nous servons d'amortisseur. Dans les pays sans activité grand export, les turbulences du marché frais sont plus amples et plus longues à se résorber. De plus, notre effet volume améliore la compétitivité générale des élevages, de l'aliment, de l'accouvage, et même de la sélection génétique Gallus. Sur 15 millions de poussins mis en place chaque semaine, environ 4 millions le sont en poulet export.

Le marché international du poulet entier se porte bien. Quelle est votre explication ?

Simplement parce que le monde a faim. Les atouts du poulet lui permettent de répondre à ce besoin. Poulet et riz sont deux produits fondamentaux de l'alimentation mondiale. D'autre part, sur le marché poulet entier du Moyen-Orient qui est de l'ordre de 800 000 tonnes par an, la démographie progresse encore. Les Brésiliens y occupent 80 % des parts du marché. Leurs récents investissements se concentrent plutôt sur les découpes destinées au Japon ou à l'Europe et vers de nouveaux marchés (Chine, Inde tout récemment). Cela nous laisse une place à occuper, en bonne intelligence avec les gros exportateurs. Tilly
Sabco reste une petite entreprise.

Quelles sont les spécificités qui vous permettent de tenir, face au Brésil ?

Nous jouons sur la différenciation. Avec 40 000 tonnes commercialisées au total, nous ne pesons pas lourd. Il nous faut exister par autre chose que le prix ou le volume. Tous nos poulets sont des Rustivol, un croisement coloré élevé 10 jours de plus. Les éleveurs et les salariés sont fiers de travailler ce produit qui est perçu comme de meilleure qualité par la clientèle, qui ainsi se fidélise. De même pour nos 5500 tonnes de saucisses. Ce niveau de qualité nous l'avons aussi avec la logistique, le respect des délais de livraison, l'optimisation industrielle, la relation client, et même le marketing. Nous continuons à vendre l'entier classique, mais nous avons aussi développé la marque Sabco vendue en GMS dans trois pays, via des importateurs réguliers. Inexistant il y a cinq ans, ce segment est devenu majoritaire avec 23 000 tonnes. Nous ne recherchons pas à faire des coups mais à avoir
un débouché régulier. En activité normale (sans crise majeure), nous vendons avant de produire, d'où des stocks au plus bas.

En France, beaucoup s'imaginent que les activités grand export sont en fin de vie, à cause des restitutions, alors que c'est tout le contraire. Il n'y a pas de soucis de débouchés. Nous avons l'ambition d'accompagner le développement de nos importateurs.


Source Réussir Aviculture Novembre 2008

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