De l'industrie à l'agriculture : le projet bien mené d'un jeune breton pour sauver un élevage de pondeuses

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Janvier-Février 2013

De l'industrie à l'agriculture : le projet bien mené d'un jeune breton pour sauver un élevage de pondeuses
Benoît Vigouroux avec Bernard Abhervé, son prédécesseur devenu salarié. Le site de Guiclan proche de la RN12 Brest-Rennes était voué à la fermeture, par manque de successeur et à cause de la mise aux normes. © P. Le Douarin

Afin de travailler en Bretagne et à la terre, Benoît Vigouroux, jeune ingénieur en automatisme, a fait le choix de reprendre un élevage pour le transformer en ferme de ponte.

Fin décembre, 122 000 poules pondeuses ont été transférées dans les cages toutes neuves de l’élevage de Benoît Vigouroux, installé à Guiclan (Finistère) depuis octobre 2009. Cet élevage, qui a failli disparaître faute de successeur, a retrouvé plus qu’une seconde jeunesse : il a un nouvel avenir grâce à la détermination d’un jeune homme de 30 ans. « J’ai toujours vécu dans une ferme. J’ai suivi un parcours scientifique pour devenir ingénieur, mais je savais que je reviendrais travailler en Bretagne et dans le milieu agricole », résume Benoît Vigouroux. L’appel des racines a été plus fort que la perspective d’un début de carrière prometteur dans l’industrie automobile. « Je savais aussi que je trouverais difficilement dans le Finistère un emploi correspondant à mes compétences. J’ai donc choisi de monter ma propre affaire dans la production d’œufs de consommation. »

Un projet mûrement réfléchi et méthodiquement mis en œuvre

En 2008-2009, tout en travaillant en Bretagne dans une entreprise de transport, le futur éleveur rencontre des organisations de production - qu’il sait incontournables pour accompagner son projet - et des éleveurs pour le partage d’expérience et la recherche d’un site existant. De son côté, Bernard Abhervé cherchait à vendre son élevage de 60 000 poules (avec son centre d’emballage et calibrage). Sans succès, sauf à céder les droits à produire à un éleveur porcin. Benoît a racheté l’élevage. Il a gardé Bernard comme salarié pour assurer la continuité, apprendre ce métier et lui assurer une fin de carrière. « Je me suis installé sans les aides JA », tient à souligner le jeune éleveur, qui regrette « la lourdeur et les carences d’un dispositif archaïque ». « L’opportunité s’est présentée plus tôt que prévu. Je n’avais pas le temps de suivre le parcours d’installation, d’autant que j’estime avoir suffisamment d’expérience. » Les parents de Benoît sont en effet agriculteurs à 10 km de Guiclan et élèvent des dindes sur 7 000 m2. La reprise de l’élevage de 60 000 poules n’était que la première étape du plan de rénovation et d’agrandissement. « Quand il est venu me voir début 2009, il m’a décrit ce qu’il comptait faire, commente Joël Rouault, responsable œuf à la coopérative Le Gouessant. Et cela s’est passé comme prévu. »

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La vaste salle d’emballage est équipée d’une emballeuse de 80 000 œufs par heure et d’un robot avec deux sorties de palettes d’œufs. © P. Le Douarin

185 000 poules à moyen terme pour écraser les charges fixes

Depuis 2009, Benoît Vigouroux a peaufiné le projet et recherché les fournisseurs, pour la plupart locaux (coque, maçonnerie…) sauf pour le matériel spécialisé (Meller France pour les cages, Ovoconcept pour le conditionnement des œufs). « J’ai voulu un outil fonctionnel et automatisé, capable de travailler en ligne, comme dans l’industrie automobile où j’ai travaillé. » En février dernier a commencé le terrassement du poulailler de 61 000 places (sur cinq rangées de huit hauteurs de cages) construit à l’emplacement d’un poulailler désaffecté. En juin, la production des œufs a été stoppée. Le poulailler de 15 000 places a été raccourci et transformé en hangar de stockage des fientes préséchées par gaine. L’autre bâtiment de 45 000 places, sur fosse profonde et datant de 1994, a été rénové pour abriter 61 000 poules (quatre rangées de neuf étages). Un nouveau centre de conditionnement a surgi de terre à côté du poulailler neuf. Il est équipé pour fonctionner avec deux personnes et 185 000 poules à moyen terme. L’emballeuse de ferme traite 80 000 œufs par heure avec un robot palettiseur.

Être compétitif en minimisant les investissements

Pour sécuriser son investissement, Benoît Vigouroux a conclu un contrat de cinq ans avec la coopérative du Gouessant. Pour Joël Rouault, « cet élevage correspond au type d’élevage avec qui nous souhaitons travailler : de grande taille, bien situé pour la logistique et avec le souci de maîtriser le prix de revient. Il faut que nous soyons très compétitifs ». Pour minimiser l’investissement, le jeune éleveur a recyclé du matériel provenant d’anciens élevages : chaînes d’alimentation, ventilateurs, moteurs, silos… Il a aussi activement participé au chantier. Benoît Vigouroux a refusé d’indiquer le montant global de son investissement, précisant tout de même qu’il est inférieur à 25 euros HT la poule logée. Après la construction « dès que possible » du troisième poulailler, qui comptera 61 000 places, Benoît a programmé de reprendre l’exploitation de ses parents, « pour ne pas mettre tous les œufs dans le même panier ».

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