Débats au Synalaf : Promouvoir le label rouge sans s'opposer au bio

Hervé Dumuis

Après une année 2008 de recul au profit du poulet bio, le poulet label rouge essaie de garder l'espoir en s'appuyant sur les forces et faiblesses des deux modes de production.

Baisse des labellisations, réduction du taux de pénétration, menace d'un poulet bio de 70 jours… le poulet label rouge semble vaciller sur ses bases. Pourtant, ce dernier pourrait bénéficier de la dynamique actuelle du bio. En 2008, les parts de marché du poulet bio ont doublé de 5 à 10 % et les mises en place (5 millions de têtes en 2008) ont grimpé de 17 %.
Depuis le Grenelle de l'environnement, dont l'ambition est d'atteindre 20 % de produits bio dans la restauration collective d'ici 2012, le poulet bio progresse au détriment du label. Pourtant, les professionnels s'accordent sur la complémentarité des deux productions. Serge Giraudet, responsable commercial chez Freslon, société vendéenne d'abattage, découpe et conditionnement de volailles estime n'avoir « jamais senti d'opposition entre poulet bio et label. Pour le client, ce sont deux produits de qualité avec une philosophie qui se rapproche ». Pour Yves de la Fouchardière, directeur des Fermiers de Loué, « Bio et label rouge sont complémentaires. Le bio a activé la recherche d'alternatives aux antibiotiques en production label. »
Chez les acteurs de la filière bio, le message est tout aussi consensuel. Pour Elizabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio « la tentation est d'opposer les circuits courts et les circuits longs, mais depuis 2005, nous avons conclu à une complémentarité. Certains producteurs vendent d'ailleurs dans les deux circuits, pour varier leurs débouchés et réduire la vulnérabilité de leur entreprise ».

Dans la restauration collective, l'ambition du Grenelle de l'environnement est d'atteindre 20 % de produits bio d'ici 2012. (CE / G. Boulougouris)

Dans la restauration collective, l'ambition du Grenelle de l'environnement est d'atteindre 20 % de produits bio d'ici 2012. (CE / G. Boulougouris)

Le poulet bio victime de son succès

Pour l'instant, le label rouge reste loin devant le bio avec 51 % des volumes de poulets entiers achetés pour la consommation à domicile. Le poulet bio semble de surcroît victime de son succès, faute de filière organisée.
Premier problème, le manque de matières premières, que souligne Carine Maret, responsable activités aliments à Ufab, filiale de la coopérative Le Gouessant. « Ce manque est très important dans la filière bio, notamment avec la question du lien au sol. Les freins économiques ou techniques sont forts. »
Deuxième faiblesse, le lien étroit entre bio et environnement. Selon le directeur des Fermiers de Loué « la Bio circule sur des trajets trop longs. C'est ambigu par rapport à l'environnement. Il faut produire dans un espace limité, structurer les filières et contractualiser des prix minimums sur de longue durée avec les producteurs de matières premières végétales afin d'alimenter nos productions animales ».
Enfin, le poulet bio ne satisfait pas aux exigences de la restauration collective. Comme le souligne Simone Robin, présidente du comité de coordination des collectivités publiques Rhône-Alpes :
« Le poulet bio est plus cher que le label rouge, sans gain potentiel sur les poids ou les rendements de cuisson. L'hétérogénéité des calibres pose également problème pour la cuisson et la découpe. »

Les collectivités préfèrent le label

Le label rouge suscite l'intérêt des collectivités, y compris au détriment du poulet standard. « On a réalisé que les poulets standards rendaient plus d'eau. Selon les recommandations du PNNS (plan national nutrition santé) et du groupe d'étude des marchés de restauration collective, qui définit les spécifications techniques de référence pour les marchés publics au niveau des grammages, on a réduit les quantités achetées de 22 % en commandant exclusivement du label. Le coût moyen de la part est ainsi passé de 0,60 euro en 2002 pour du standard à 0,756 euro aujourd'hui avec du label alors que dans le même temps, le prix du poulet label est passé de 3,05 euros/kg à 4,05 euros/kg » rajoute Simone Robin. Quand on sait que la restauration collective, c'est 3 milliards de repas par jour dont deux tiers en gestion directe (hors privés) et que la profession dans son ensemble précise « qu'il n'y a aucune volonté de développement du poulet bio de 70 jours autre qu'à l'export », le label rouge peut être plus optimiste sur son avenir.

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2009

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