Diagnostic : Maîtriser les flux d'azote pour casser les marées vertes »

Hervé Dumuis

Pour le Ceva, la gestion des marées vertes exige la maîtrise des flux de nitrates issus des bassins versants, plutôt que la réduction arbitraire de leurs concentrations dans les cours d'eau.

« La Bretagne a des caractéristiques pédoclimatiques qui favorisent les pertes azotées. La minéralisation y est importante et les lames drainantes dépassent largement la réserve utile du sol. En clair, le sol se remplit et se vide d'eau 3 à 4 fois par an. Cela explique certaines choses », déclare Sylvain Ballu, responsable du suivi des marées vertes au æ©centre d'étude et de valorisation des algues (Ceva) de Pleubian, dans les Côtes-d'Armor. Pour le scientifique, « l'azote d'origine agricole est le facteur limitant de la pousse des algues vertes. C'est également un facteur de maîtrise de leur prolifération, au contraire du phosphore sédimenté dont les quantités présentes dans le sol sont très supérieures au seuil minimum de croissance des algues ».

Le phosphore urbain innocenté

Sylvain Ballu réfute le phosphore des villes comme responsable potentiel des marées vertes. « Grâce à la déphosphatation, le flux urbain qui arrive en baie est minime par rapport au phosphore d'origine agricole sédimenté en amont et qui vient par à-coup avec les pluies d'hiver. » Les chiffres des outils de modélisations des marées vertes utilisés sont éloquents. « Dans la baie de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), le modèle estime qu'il faudrait baisser le taux de nitrates à 5-10 mg, 15-20 mg dans la baie de La Fresnaye (22) et 10-15 mg à Guissény (Finistère) pour éradiquer les algues vertes », explique le chercheur.

Sylvain Ballu, responsable du suivi des marées vertes au Ceva de Pleubian, dans les Côtes-d'Armor. (H. Dumuis)

Sylvain Ballu, responsable du suivi des marées vertes au Ceva de Pleubian, dans les Côtes-d'Armor. (H. Dumuis)

 

Limites du modèle

Cependant, ce modèle a des limites. Il n'intègre pas la « pluriannualité » c'est-à-dire le lien entre les marées vertes d'une année sur l'autre. Or, pour Sylvain Ballu, « la marée verte d'une année dépend du reliquat d'algues en automne-hiver de l'année précédente. S'il y avait peu d'algues à cette période, cela permettrait peut-être d'éviter l'amorce de la prolifération en avril, lorsque les débits des cours d'eau et les niveaux nutritionnels en mer sont élevés ». Le modèle occulte également les conditions de croissance de l'algue. « Nous aurions pourtant besoin de connaître la quantité d'azote dont elle a besoin pour se développer et combien elle peut en absorber. » Enfin, le modèle ne tient pas compte du relargage sédimentaire des nutriments stockés et des phénomènes d'inertie. « Les taux de nitrates ont mis du temps à augmenter. Ils redescendront très progressivement, même en réduisant spectaculairement l'apport d'azote. »

Nouvelle approche

Le scientifique propose donc une nouvelle approche fondée sur la réaction des sites aux séries climatiques (années sèches ou pluvieuses) et aux flux d'azote arrivant dans la baie. Selon lui, « les débits des cours d'eau gouvernent à court terme. À long terme, c'est la concentration en nutriments qui compte ». En clair, la concentration en nutriments détermine le potentiel de la marée verte, les débits lui permettent ou non de s'exprimer. À une concentration donnée, plus le débit du cours d'eau est élevé, plus le flux d'azote arrivant dans la baie et le risque de marée verte seront élevés. Pour le spécialiste, « le flux de mai à août est le plus intéressant car il est gouverné par le débit et non par la concentration. À un certain niveau, la marée verte est interrompue. Pour casser la marée verte, il faut se fixer des niveaux de flux d'azote maximum à ne pas dépasser à la mi-mai plutôt qu'à la mi-juin. » Cette analyse des séries climatiques semblerait accepter des concentrations en nitrates plus élevés que ceux du modèle initial. Selon Sylvain Ballu, « sur certains sites à faible débit, la concentration pourrait être plus élevée que sur d'autres, car le flux de nitrates serait trop faible pour déclencher une marée verte ».

 

Zones de dépôts : pas les mêmes objectifs partout

« On ne peut pas avoir le même niveau d'objectifs sur tous les sites, souligne Sylvain Ballu. Certains sont plus sensibles que d'autres. Les baies de Saint-Michel-en-Grève, Saint-Brieuc ou Douarnenez nécessitent un abattement en nitrates plus élevé, aux environs de 10-15 mg/l, pour revenir à la situation de 1971, date d'apparition des algues vertes à Saint-Michel-en-Grève. Il faut tenir compte de la sensibilité des bassins versants. Plus la lame drainante est importante, plus il faudra modifier les pratiques agricoles en allant de la fertilisation raisonnée à un rognage des activités en fonction du risque de marée verte. Les changement climatiques ou le niveau nutritionnel de la mer, peut-être plus élevé qu'en 1970, pourraient cependant rendre inefficace la réduction des apports. »

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de novembre 2009. (RA n°151, p. 10 à 20).

Source Réussir Grandes Cultures Novembre 2009

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