Dossier algues vertes en Bretagne : La profession agricole plaide la responsabilité partagée

Pascal Le Douarin

Vilipendée, accusée de productivisme destructeur de l'environnement, la profession agricole bretonne demande à être reconnue et appelle à un dialogue constructif.

« Les agriculteurs eux-aussi en ont ras le bol », s'exclamait Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne, lors d'une conférence de presse organisée le 7 octobre. « La société doit nous dire si vraiment elle veut encore des paysans sur son territoire. » Comme lui, nombre d'agriculteurs en mal de reconnaissance ont mal vécu les critiques assimilant « algues vertes » à « agriculteurs pollueurs », comme s'ils n'avaient pas changé et n'avaient rien fait. Dans les campagnes, on s'est demandé pourquoi la profession restait muette. Pourtant, comme en témoigne Yves-Marie Beaudet, aviculteur à Maroué (22) et responsable environnement à la FRSEA de Bretagne, certains médias les ont rencontrés et écoutés, mais n'ont pas relayé leurs arguments.

Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne : « La société doit nous dire si vraiment elle veut encore des paysans sur son territoire. » (P. Le Douarin)

Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne : « La société doit nous dire si vraiment elle veut encore des paysans sur son territoire. » (P. Le Douarin)

Dialoguer pour construire des solutions

Le président de la chambre régionale concède que « dans le passé, par méconnaissance, les agriculteurs ont pu faire des erreurs » mais que depuis de nombreuses années les problèmes environnementaux ont été intégrés dans leur démarche. Le virage a eu lieu au début des années 90. Un milliard d'euros a été injecté dans les différentes mesures (stockage, mises aux normes, procédés de traitements, matériel d'épandage…) appliquées dans 18 000 des 28 000 exploitations recensées fin 2007. S'ajoutent les baisses de cheptel, variant en dix ans de 12 à 20 % selon les espèces. Résultat, la Bretagne est l'une des régions qui a vu son taux de nitrates des eaux brutes baisser le plus. En dix ans, le taux moyen a baissé de 18 %, pour flirter avec les 40 mg/litre. « Nous sommes convaincus que ces démarches sont payantes », assure Michel Bloch, éleveur de porc et président de l'Union des groupements de viande (UGPVB).

Vis-à-vis des algues vertes, Yves-Marie Beaudet estime que « la responsabilité est partagée entre l'agriculture, l'industrie et les particuliers », notamment avec la maîtrise incomplète des rejets d'assainissement collectif ou privé. Pourtant, il est temps de dépasser tous les clivages et d'arrêter de se renvoyer la balle. Jacques Jaouen appelle à un dialogue qui permettra d'y voir plus clair sur les leviers à faire jouer, aussi bien préventifs que curatifs. La profession veut être associée aux différents comités de pilotage des bassins versants. « On ne veut pas de solutions venues d'en haut, mais de celles qui sont élaborées avec nous. » Les agriculteurs sont favorables au ramassage en mer en automne-hiver : « sans algue au printemps, pas ou peu de développement en été ». Ils se disent prêts à travailler à des solutions de valorisation agricole (compostage, méthanisation…).

Fixer un objectif de résultats

En ce qui concerne les solutions préventives, il faut qu'elles soient « réalistes et compatibles avec la pérennité des exploitations ». Selon Jean-Paul Hamon, responsable du service Environnement à la chambre des Côtes-d'Armor « c'est plus un problème de pratiques que de chargement ». En clair, pour minimiser les fuites de nitrates, il va falloir travailler l'agronomie plus finement, revaloriser les zones humides, et surtout ne pas raisonner uniformément. « Ciblons les actions selon les territoires. Sur la baie de Lannion, 170 agriculteurs sont concernés par les algues vertes. Cinq ont du hors-sol, les autres des bovins. Déjà en herbe sur 50 % de la SAU, ils sont prêts à aller plus loin », explique Yves-Marie Beaudet. « Il faudra les aider à investir en matériel de récolte et de conservation. » La Baie de Saint Brieuc concerne 1900 agriculteurs, avec beaucoup de hors-sol. « On va sans doute avoir à travailler sur le regroupement du foncier dans certaines zones, la remise en jachère de zones humides, des rotations plus complexes que le système maïs-blé fréquent en hors-sol, des échanges entre hors-sol et bovins. »

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de novembre 2009. (RA n°151, p. 10 à 20).

Source Réussir Aviculture Novembre 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires