Encore des disparités réglementaires sur le bio : Production de poulets et d'oeufs dans l'Union européenne

Armelle Puybasset

Une étude de l'Itavi souligne que les pratiques biologiques d'élevage diffèrent d'un État membre à l'autre, malgré l'objectif d'harmonisation affiché par la réglementation européenne.

Depuis le 1er janvier 2009, date d'entrée en vigueur du nouveau cadre réglementaire européen sur la production biologique, il est théoriquement devenu impossible pour un État membre d'instaurer une règle nationale qui diffère du règlement européen. Ainsi, le cahier des charges français CC Répab-F n'existe plus.
L'objectif affiché par la Commission européenne était de clarifier et d'harmoniser les règles bio entre pays. En effet, les cahiers des charges nationaux de la France, de l'Autriche, du Danemark, de la Belgique et de l'Italie étaient plus stricts que l'ancien règlement.
Ce changement suscite de nombreuses interrogations quant aux opportunités éventuelles de développement de l'aviculture biologique française.
Près d'un an après l'application du règlement, l'Itavi a vérifié si les conditions d'application étaient similaires dans huit pays : au Royaume-Uni, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas, en Belgique, en Italie, au Danemark et en Pologne. L'Institut technique a analysé les forces et faiblesses de chacune des filières avicoles biologiques, pour voir si cela se traduisait par des différentiels de compétitivité réduits(1). Certes, les écarts de compétitivité entre pays ont globalement diminué — et continueront à diminuer — mais des différences subsistent.

Poulets bio sur parcours en France. La notion de « lien au sol » est diversement interprétée selon les États membres, notamment pour l'approvisionnement « régional » en matières premières. (P. L. D.)

Poulets bio sur parcours en France. La notion de « lien au sol » est diversement interprétée selon les États membres, notamment pour l'approvisionnement « régional » en matières premières. (P. L. D.)

Flexibilité d'interprétation

On peut le comprendre aisément sur des facteurs de compétitivité intrinsèques au pays (la disponibilité en terres agricoles ou la taille du marché national). C'est plus surprenant en ce qui concerne les pratiques d'élevage. En effet, le nouveau règlement introduit la notion de « flexibilité »(2). Elle permet à chaque État de garder une part d'interprétation sur certains critères, notamment sur l'âge à l'abattage des poulets et sur le lien au sol. Par ailleurs, d'autres points n'ont pas encore été clarifiés. C'est le cas de la définition de « poussins biologiques » et des règles de production de poulettes. Tout cela aboutit à des pratiques parfois divergentes.

Le nouveau logo européen de production bio devra être apposé à partir du 1er juillet 2010. (CE)

Le nouveau logo européen de production bio devra être apposé à partir du 1er juillet 2010. (CE)

 

Un lien au sol élastique

Avec le nouveau règlement européen, la contrainte du lien au sol est transférée vers les fabricants d'aliments qui doivent se fournir en matières premières cultivées « principalement sur la région ». C'est un assouplissement pour les producteurs d'Italie, de France et d'Autriche puisqu'ils devaient auparavant produire eux-mêmes 35 et 40 % de leur aliment. Pour les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Belgique, c'est une contrainte nouvelle. L'approvisionnement régional semble difficile, compte tenu du faible volume de céréales produites. L'interprétation du terme « région » diffère aussi d'un pays à l'autre. Il s'agit de la région administrative et des régions limitrophes pour la France, du territoire national pour l'Autriche, le Danemark et l'Allemagne voire de l'Europe pour les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Belgique. La disponibilité nationale ou pas en matières premières biologiques influence les politiques d'achat des fabricants, donc le prix de l'aliment : recours à des importations au meilleur prix au Royaume-Uni, développement d'une production de soja bio en Italie, utilisation de farine de poisson au Danemark… D'autre part, la disponibilité et le prix des terres influencent fortement le développement des filières animales bio du fait du parcours obligatoire : dans l'Est de l'Allemagne, les surfaces sont disponibles à un faible coût, tandis que le coût du foncier est un frein majeur au développement aux Pays-Bas, en Italie du Nord et en Belgique.

Élevage de poulets bio en Angleterre dans des bâtiments déplaçables. (P. Le Douarin)

Élevage de poulets bio en Angleterre dans des bâtiments déplaçables. (P. Le Douarin)

 

Densité au sol et densité accessible

En pondeuses biologiques, la densité au sol varie de 6 à 18 poules par mètre carré selon les pays. La réglementation européenne fixe la densité à 6 poules par mètre carré accessible. La mise en place de volières à plusieurs niveaux et de jardins d'hiver offre l'avantage de doubler, voire tripler, la surface accessible aux animaux. Ainsi, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, la quasi-totalité des bâtiments de ponte est équipée de volières. Ces pays y voient de nombreux avantages, notamment un environnement respectant mieux les besoins comportementaux des poules, plus sain et un intérêt économique. Au contraire, les professionnels français et britanniques estiment que ce type d'élevage ne permet pas de répondre aux objectifs de bien-être et compromet les performances.
Autre exemple, en production d'oeufs, il n'y a pour l'instant aucune règle concernant l'élevage de poulettes biologiques(3). Il existe des cahiers des charges nationaux en Belgique, au Danemark et aux Pays-Bas, et privés en Autriche et en Allemagne : densité et taille de lot limitées, accès à un parcours extérieur… La France, l'Italie et la Pologne n'ont pas encore de cahier des charges. Ces trois pays utilisent des poulettes conventionnelles conduites en bio dès 3 jours pour les soins vétérinaires et l'alimentation. Cependant, un cahier des charges français a été déposé par l'Inao et est actuellement en procédure de consultation. Les professionnels mettent en avant les problèmes que pourrait poser l'accès au plein air : soucis sanitaires et gestion plus difficile du contrôle lumineux. Un règlement européen sur l'élevage de poulettes bio entrera en vigueur en 2012. Les pays qui appliquent déjà un cahier des charges auront donc un temps d'avance sur les autres.

Elevage de poules pondeuses bio aux Pays-Bas. L'élevage au sol avec accès à un jardin d'hiver ou en volière est courant. (A. Puybasset)

Elevage de poules pondeuses bio aux Pays-Bas. L'élevage au sol avec accès à un jardin d'hiver ou en volière est courant. (A. Puybasset)

 

En poulet de chair, l'âge à l'abattage influence le prix de revient

Selon les auteurs de l'étude, la diversité des pratiques s'explique principalement par les traditions et les habitudes alimentaires des pays. L'exemple le plus parlant concerne l'âge à l'abattage des poulets. En France et en Italie, la perception de la qualité de la viande est liée à un âge d'abattage tardif (vers 90 jours avec un GMQ de 25 g/j). C'est moins le cas en Allemagne ou au Royaume-Uni où l'abattage plus précoce présente un avantage compétitif (abattage à 70 jours et GMQ de 31 à 35 g/j). L'Autriche, qui a l'habitude de consommer un poulet entier pour une ou deux personne, abat à 56 jours avec un poids plus léger (1,6 kg). Avec l'Allemagne, ces pays sont les seuls à produire des poussins biologiques, ce qui leur permet d'éviter la période de conversion de dix semaines et donc d'abattre avant 70 jours. L'âge à l'abattage influence directement le coût de production. Depuis le 1er janvier, la Belgique abat ses poulets plus tôt (70 jours) et devient un concurrent potentiel pour la France.
Selon les conclusions de l'étude, malgré un règlement unique, les filières se développent de manière différente. La notion de compétitivité est difficile à évaluer car elle n'est pas transposable à toutes les filières et à tous les marchés. La production européenne va se développer avec des dynamiques par pays et par production, le marché des oeufs biologiques étant plus porteur que celui du poulet. Le développement se fera probablement avec une segmentation de la production en fonction du marché recherché.

 

 

 

 

(1) Analyse comparée des dynamiques des filières avicoles biologiques au sein de l'Union européenne. Étude réalisée par Pascale Magdelaine et Cécile Riffard, de l'Itavi.
(2) Réglement de la Commission européenne 889/2 008 du 5 septembre 2008.
(3)Autre que la distribution d'aliment biologique.

Source Réussir Aviculture Avril 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires