Environnement : Le fumier et le lisier sont des sources d'énergie

Armelle Puybasset

La méthanisation et la combustion des effluents avicoles ont le double intérêt de produire une énergie verte et de résorber des excédents. En Europe comme en France, des projets de traitement voient le jour.

L'idée de produire de l'énergie à partir d'effluents d'élevages paraît plutôt séduisante. Le fumier et le lisier de volaille, jusqu'ici plutôt considérés comme des charges, deviendraient des matières organiques « plus nobles », car sources d'énergie. Deux procédés de traitement intéressent particulièrement la filière avicole : la combustion et la méthanisation, qui consiste à transformer de façon biologique de la matière organique en biogaz sous l'action de bactéries.
Ces voies de valorisation énergétique ne sont pourtant pas nouvelles. La première centrale de combustion de fumiers de volailles fonctionne en Écosse depuis la fin des années 90. En France, l'ancienne station expérimentale Adaseo de Montardon avait mis en place dès 1982, un digesteur alimenté par du lisier de porcs et de canards. Ces procédés se sont peu (voire pas) développés, notamment du fait de leur coût élevé et de leur manque de rentabilité, surtout à l'échelle d'une exploitation. La donne est en train de changer sous l'effet de nouvelles évolutions environnementales, énergétiques et politiques.

Le renforcement de la réglementation environnementale européenne oblige certains bassins de production à trouver des solutions de traitement des déjections alternatives à l'épandage sur les terres agricoles.
La méthanisation ou la combustion, que ce soit en projet collectif ou individuel, se présente comme des solutions potentielles de résorption des excédents. Autre facteur favorisant : le coût de l'énergie, et notamment celui du gaz, a beaucoup augmenté au cours des dernières années. Les charges de chauffage pèsent davantage sur la rentabilité de l'élevage. Les producteurs sont de plus en plus sensibles aux sources d'énergie alternatives. Et enfin, argument de taille, le tarif de rachat d'électricité d'énergies renouvelables imposé par le gouvernement français est très incitatif.
Rappelons-le, Bruxelles s'est fixé comme objectif de produire en moyenne 20 % de l'énergie consommée sous forme d'énergies renouvelables en 2020.

En France, la part des énergies vertes devra passer de 10,3 % (situation en 2005) à 23 %. Pour encourager les investissements, l'État a augmenté en juillet 2006 les tarifs d'achat de l'électricité produite à partir de l'énergie photovoltaïque, de l'énergie éolienne mais aussi de la méthanisation.
Pour l'instant, la rentabilité d'une unité de biogaz à l'échelle de l'exploitation avicole n'est pas garantie (investissements très lourds, pouvoir méthanogène limité). Cependant la présence d'un atelier avicole dans un projet global peut être un atout car c'est un utilisateur important de chaleur. Le prix de rachat de l'électricité (et donc la rentabilité de l'installation) est plus élevé si la chaleur issue du process est valorisée. Beaucoup croient davantage en la réussite de projets collectifs, regroupant uniquement des agriculteurs ou en association avec des collectivités et des entreprises agroalimentaires. En effet, du lisier ou du fumier seul ne suffit pas à produire du biogaz. Il doit être mélangé à des co-substrats, à fort pouvoir méthanogène.

C'est le cas de l'unité de méthanisation Biogasyl, première de cette ampleur en aviculture. Construite aux Herbiers en Vendée et opérationnelle en avril prochain, elle transformera du lisier de canards et des boues de station de l'abattoir Euralis Gastronomie.
Hors de nos frontières, les producteurs s'intéressent de près aux centrales d'incinération de fumier de volailles collectives (de 10 000 à 50 000 kW) qui permettent de produire de l'électricité et de la vendre au réseau national.
Il existe plusieurs unités de ce type en Europe. La plus récente, construite aux Pays-Bas et que nous avons visité, traitera dès le mois d'avril prochain près de 400 000 tonnes de fumier de volailles. Elle évitera aux 625 éleveurs concernés d'exporter leur fumier à l'étranger à des coûts élevés.

Centrale de combustion de fumier à Moerdijk aux Pays-Bas. (A. Puybasset)

Centrale de combustion de fumier à Moerdijk aux Pays-Bas. (A. Puybasset)

 

Réduire sa consommation de gaz

En France, les attentes portent davantage sur les chaudières individuelles à fumier (de 200 à 300 kW) car elles permettent à la fois de régler des problèmes environnementaux (résorption d'excédents) et de réduire le coût énergétique.
Les premiers essais de chaudière à combustion de fumier réalisés au cours de ces dernières années n'ont pu aboutir car ils s'étaient confrontés à des freins d'ordre réglementaire.
Convaincus de l'intérêt économique et technique du concept, des constructeurs continuent à s'y intéresser, et en particulier l'entreprise Intertec Environnement qui est en train de mettre en point une nouvelle centrale d'énergie.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de mars 2008, n°134, p. 10 à 18.

Source Réussir Aviculture Mars 2008

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires