Fortes turbulences en volailles de chair

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Mars 2013

Fortes turbulences en volailles  de chair
En dinde, la demande intérieure se maintient à peu près. © A. Puybasset

Les clignotants économiques sont au rouge en production de chair standard, sous l’effet d’événements externes et internes aux filières.

Depuis la fin du printemps de l’année dernière, le paysage économique des entreprises s’est très sérieusement assombri, avec la conjonction de trois circonstances défavorables. Le premier coup de semonce est venu fin mai avec le dépôt de bilan du groupe Doux, le second s’est enclenché en juillet avec la hausse des matières premières, le troisième a été le refus des GMS de répercuter rapidement le surcoût au consommateur.
D’abord, le dépôt de bilan du groupe Doux s’est traduit par une déstabilisation des volumes d’activité et une dégradation des comptes de certains fournisseurs de volailles vivantes sans leur propre débouché. Ceux qui approvisionnaient Doux ont dû réviser leurs volumes à la baisse et chercher d’autres marchés. Des abatteurs ont ainsi été placés en position favorable pour négocier le prix du vif, ou du moins ne pas l’augmenter autant qu’il aurait fallu. Résultat, en Bretagne on assiste à une redistribution des relations entre organisations et abattoirs.
La flambée des matières premières a eu pour conséquence d’alourdir les coûts de production et d’engendrer des manques à gagner sur le vif. Pour protéger leurs intérêts, les GMS n’ont pas voulu répondre au besoin de revalorisation tarifaire des industriels. La répercussion d’à peine la moitié de la hausse de 30 % s’est traduite par un creusement des comptes de toutes les entreprises. D’où la réduction des plannings en fin d’année, pour ne produire que ce qu’on pensait être en capacité de vendre. C’est le cas pour le secteur canard de chair, mais surtout pour celui de la dinde plus éclaté. Et de surcroît soumis aux importations allemandes et polonaises.

Mort d’industriels de la dinde « à petit feu »

En dinde, la demande intérieure se maintient à peu près (sauf pour les achats des ménages à -2,6 % en 2012), mais la filière souffre d’une véritable crise de l’offre, analyse Gilles Le Pottier, le délégué général des organisations interprofessionnelles de la dinde (Cidef), du poulet (CIPC) et du canard (Cicar). Par rapport aux besoins, il y a trop d’outils industriels. La Bretagne en compte sept(1), sans compter les ateliers de découpe. C’est au moins un de trop. Tous ou presque travaillent en sous-capacité, avec des coûts fixes élevés. Entre 2010 et 2012, les statistiques officielles d’abattage en Bretagne font état d’une réduction d’activité de 20 % en têtes (de 25,3 à 20,1 millions) et de 11 % en tonnage (175 000 à 156 000 tonnes). La liquidation de Doux Frais a été l’occasion manquée de fermer deux sites surnuméraires (Pleucadeuc dans le Morbihan et Blancafort dans le Cher). De plus, la cession Doux frais a été suivie d’un flottement des mises en place et des destinations de lots. Enfin, l’offre de dinde fraîche européenne à prix cassés a fait pression sur les prix français. On trouverait du filet de dinde polonais rendu Bretagne moins cher que celui sortant des ateliers de découpe bretons… À Rungis, en décembre le filet est tombé à 5,40 €/kg (-6 % en un mois). D’où la vente à perte, le stockage des dindes sur pied, l’alourdissement des carcasses, l’aggravation des pertes d’exploitation…

Une éclaircie attendue pour le printemps

Au final, beaucoup d’entreprises d’abattage et découpe perdent de l’argent chaque jour. L’abattoir Le Clézio, l’un des plus modernes, a été placé en procédure de sauvegarde mi-2012. L’entreprise de découpe Beldis (filiale de la coopérative UKL) a déposé le bilan en janvier. D’autres pourraient suivre. C’est le syndrome « de la mort à petit feu » : tous s’asphyxient, mais personne ne prend la décision qui pourrait donner de l’air. Les mois à venir diront si la raison peut l’emporter.
Concernant l’établissement d’un nouvel équilibre offre-demande, Gilles Le Pottier se veut optimiste. La période de flottement Doux serait terminée, les mises en place se sont nettement tassées (jusqu’à 20 % en début d’année), rendant inutile l’idée d’une semaine sans éclosion. Avec un niveau de mises en place inférieur de 10 % à celui du dernier trimestre 2012 (900 000 dindonneaux par semaine en novembre), le délégué du Cidef estime que l’amélioration aura lieu en avril. Pour alléger leurs stocks, les abatteurs de dinde envisageaient une opération de dégagement de stocks vers des pays tiers, via un trader. Mais ce ne sera pas chose aisée, compte tenu des exigences normatives de plus en plus poussées qui sont réclamées.

(1) CADF (Ronsard-Triskalia), Ceprovia (groupe LDC), Doux-Pleucadeuc, Le Clézio (groupe Even), Volailles de Keranna (Glon-Sanders), Volailles de Penalan (UKL), Volailles de l’Odet (Cecab).

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