Gérer autrement la bande unique en canard prêt à gaver

Pascal Le Douarin

Gérer autrement la bande unique en canard prêt à gaver
L'augmentation de la taille des lots de canards prêts à gaver impose d'adapter le parcours, les équipements, la conduite sanitaire et l'organisation du travail. - © X. Cresp

Laurent Deffreix, vétérinaire, a analysé les effets d'un agrandissement des tailles de lots de canards prêts à gaver consécutif au passage à la bande unique.

 

Conséquence de l'arrêté biosécurité du 8 février 2016, la création des unités de production en bande unique dans les exploitations de canard à foie gras se traduira par moins de lots de canards PAG présents en même temps sur une exploitation. Pour retrouver l'équivalent de 6000 canards démarrés toutes les six semaines, Laurent Deffreix, vétérinaire dans les Landes, calcule qu'il faut en démarrer 14 000 toutes les 14 semaines. « Ce changement de dimension a des impacts sur plusieurs niveaux », a détaillé , lors d'une réunion du réseau Cristal consacrée à l'influenza aviaire, début juin 2016.

Réaménager les parcours

Première évidence, la taille du bâtiment de démarrage doit être adaptée, mais pas qu'elle. Le parcours aussi a besoin d'être modifié. Laurent Deffreix souligne l'importance à respecter les normes en matériel extérieur d'alimentation et d'abreuvement, pour limiter la compétition et conserver l'homogénéité entre les canards. Conséquence logique, la pesée régulière ne sera plus une option, quitte à investir dans un matériel adapté. D'autre part, le comportement des canards pourrait changer, dans la mesure où ils seront moins souvent en contact avec l'éleveur. « Avec des animaux naturellement émotifs et avec le risque de stress qui s'amplifie, il faudra sans doute plus de présence, plus d'attention lors des manipulations et plus de suivi. » Dans certains cas, il faudra revoir le tracé des parcs. « Un passage étroit dans un parc est tolérable en petit effectif, mais il posera problème avec un cheptel plus important », souligne-il. En pratique, la réalisation de sous lots permettant de réduire l'effet taille est à envisager. Les impacts digestifs de mises à jeun techniques successives réalisées à l'occasion d'enlèvements échelonnés seront à surveiller. Elles pourraient se traduire par des entérites nécrotiques et des blocages digestifs en début de gavage.

Gérer autrement la bande unique en canard prêt à gaver

Adapter la gestion sanitaire au grand lot

C'est sur le portage des virus influenza et des bactéries liées à l'environnement (salmonelles notamment) que les améliorations de la biosécurité sont les plus attendues. Cependant, augmenter le nombre d'animaux impose un suivi sanitaire plus anticipateur : faire des contrôles de parasitologie pour gérer la coccidiose ; vérifier les prises vaccinales par des sérologies. Avec l'amélioration apportée (sas sanitaire, bande unique, barrières sanitaires), la réévaluation des risques sanitaires d'élevages audités montrent une amélioration, mais pas une transformation totale du statut sanitaire. Le trio pasteurelle-réovirose-maladie de Derszy risque de rester « globalement endémique dans le sud-ouest. » La bande unique ne résoudra pas la pasteurellose. Celle-ci pourra encore se transmettre entre des élevages proches, menés en bande unique mais en âges décalés. D'autant que trois éléments généraux sont à considérer : la transformation des élevages en bande unique sera progressive ; avec moins 20 % de capacité globale de production, la filière a besoin que tous les canards mis en place soient gavés ; la pression réglementaire sur les antibiotiques critiques se durcit. Les quinolones ne peuvent plus être prescrites contre le choléra en première intention. « On n'a pas le droit à l'erreur contre le choléra, estime Laurent Deffreix. On pourra difficilement faire l'impasse sur la vaccination. »

Gérer autrement la bande unique en canard prêt à gaver

Changer l'organisation de l'élevage

Pour le vétérinaire, les changements dans l'organisation se manifesteront d'abord par la hausse du temps passé à utiliser correctement les barrières sanitaires et à réaliser systématiquement les opérations de nettoyage et de désinfection. Le recours à des équipes d'intervention professionnelles risque d'être plus fréquent. « Monter une équipe pour 2 000 canards avec de la main-d'oeuvre familiale, c'est facile. Pour 12 000, il faut des professionnels. » Ce qui implique des équipements adaptés au nombre présent et aux impératifs sanitaires : sas de taille adaptée, tenues à fournir et peut-être douches, WC et salle de repos en zone protégée. « Si on n'y pense pas, ces points seront souvent des freins à la bonne réalisation des plans de prophylaxie. » Les autres impacts concernent la réorganisation des traitements de masse par l'eau de boisson (prévoir les équipements et les procédures adéquats), ainsi que la gestion sanitaire des animaux non valorisables (tri et infirmerie en cours, euthanasie en fin de lot). « Ici encore, la division de la bande unique en sous-unités de production pourrait être intéressante à réfléchir. » Et son confrère de Vendée, Thierry Gavaret, estime que « pour réussir la conduite en bande unique en termes sanitaires, il faudra réussir à réunir l'ensemble des moyens ».

Source Réussir Aviculture

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Commentaires 1

PART715

Toujours plus de contraintes pour les éleveurs, qu' elles soient pratiques ou financières, jamais de réelles reconnaissances sur nos efforts, très peu d'appuis financiers car tout cela a un coût qui diminue progressivement la marge de l'agriculteur.
Continuez comme cela et vous pleurerez le bon vieux temps car vous ne trouverez plus aucun éleveur.

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

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