Jean-Yves Ménard* : Agissons pour stopper le déclin de la volaille française

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Créé en novembre 2007, le dernier des comités d'espèce qui devraient former la future interprofession, met en place ses sources de financement et réfléchit aux actions futures.

Depuis sa création en novembre dernier, qu'a fait le Comité interprofessionnel du poulet de chair ?

D'abord, précisons que le CIPC n'inclut pas la production de poulet label rouge, ni celle de
poulet destiné au marché grand export type Moyen-Orient.
La mise en place opérationnelle du CIPC a démarré le 1er janvier, avec la constitution d'un
Bureau, assisté de trois commissions (technique, économie, communication), la validation
d'un règlement intérieur et de la procédure d'appel des cotisations. Nous avons adhéré à
l'Association de promotion de la volaille française (APVF) et participé activement à sa
campagne de promotion intitulée Le mois de mars, le mois de la volaille.









Comment et par qui est financé le CIPC ?

Par des cotisations volontaires des filières poulet certifié et standard (ou classique) égales à
deux euros pour mille poussins mis en place. La déclaration transite par les accouveurs et
c'est l'acheteur du sujet d'un jour qui l'acquitte. La répartition entre les différents maillons est
laissée au choix des opérateurs. Cet appel à cotisations se met progressivement en place.
Nous tablons sur une rentrée de 500 000 euros, sur la base de 250 millions de poussins. Pour
cette filière, nous manquons encore de données statistiques fiables comme il en existe ailleurs,
au Cidef en particulier.

Jean-Yves Ménard : « Si nous ne réagissons pas collectivement, la filière volaille est mal partie dans les trois à cinq ans à venir. »

Jean-Yves Ménard : « Si nous ne réagissons pas collectivement, la filière volaille est mal partie dans les trois à cinq ans à venir. »

 

Que comptez-vous faire après avoir mis le CIPC sur les rails ?

Faire une analyse objective de la situation économique française et lister les actions de
redressement à réaliser. Ne nous voilons pas la face. Tout le monde constate que la filière
volaille est en déclin. La consommation est en régression. La production de poulet a diminué
de 14 % depuis 2000. Nos exportations reculent et les importations explosent. Certes le
solde reste positif, mais en dix ans il est passé de 850 000 à 250 000 tonnes. Si nous ne
faisons rien, dans trois à cinq ans, il sera négatif ! Au niveau du poulet, il faut se ressaisir,
être imaginatif et déclencher des actions qui inversent la tendance. Je pense à des
recherches techniques pour regagner de la compétitivité en amont et aval, à la promotion
des produits français, en France et à l'étranger, afin de retrouver des parts de marché.
Nous sommes devenus le quatrième producteur de poulets en Europe. Ça suffit.

Comment analysez-vous l'affaire des poulets chlorés américains ?

C'est une distorsion de concurrence supplémentaire, après les farines animales, les
facteurs de croissance… Quand un poulet coûte 100 en Europe, il est à 75 aux USA et 50
au Brésil. Je m'étonne que l'Europe veuille s'aligner sur un modèle d'hygiène à l'américaine,
alors que les États-Unis connaissent des cas de toxi-infections alimentaires collectives
d'envergure ! Comment légitimer des exigences sanitaires vis-à-vis des éleveurs si ces
techniques de désinfection finales étaient adoptées. En Europe, la sécurité et la qualité
alimentaires des produits passent avant la rentabilité. Le consommateur serait le grand
perdant. C'est un retour en arrière. Je me félicite que Michel Barnier ait défendu le modèle
européen.

Où en est l'avancement de la future interprofession volailles de chair ?

Le CIPC est le tremplin de la mise en place de cette interprofession, dans la mesure où sa
constitution complète les autres comités déjà existants, et que le poulet est la principale
production. En novembre dernier, toutes les familles ont clairement exprimé leur souhait de
constituer cette interprofession. Pour le moment, le dossier est en attente, même si des
échanges informels ont lieu. Notre priorité a été de lancer la structure CIPC. Réussir ce
lancement est une des conditions de reprise des discussions. Celles-ci devraient
redémarrer à partir du mois de septembre, quand nous aurons fait le bilan du démarrage. Il
ne faut pas précipiter les évènements. L'interprofession arrivera tranquillement en temps
voulu.

• président du Comité interprofessionnel du poulet de chair (CIPC) et de la société
Gastronome, agriculteur dans le Maine-et -Loire, associé en Gaec avec son épouse et son
frère : ils élèvent des vaches laitières sur 140 ha de SAU, dont 100 ha en cultures végétales et
800 m2 de volailles.

Source Réussir Aviculture Juin 2008

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