L’industrie européenne des ovoproduits poursuit sa concentration

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Avril 2012

L’industrie européenne des ovoproduits poursuit sa concentration
Stockage d’ovoproduits dans l’usine 3 Vallées du groupe Glon. Pour faire face à une concurrence de plus en plus forte, les sites se spécialisent (ici, exclusivement du liquide) et font du volume (ici, 27 000 tonnes par an). Crédit photo : Pascal Le Douarin

D’après une étude de l’Itavi, dans un marché concurrentiel et arrivé à maturité, l’industrie européenne des ovoproduits est à la veille de restructurations.

La production européenne des ovoproduits s’est fortement développée à cause de l’évolution des réglementations sanitaires, grâce au développement des nouvelles formes de restauration et avec les changements des modes de consommation. Après une phase de croissance importante, depuis 2007 la production européenne se stabilise aux alentours de 1,5 million de tonnes d’équivalent liquide (TEL), quand les données officielles sont d’environ 800 000 TEL. « Les données concernant cette industrie sont peu fiables », souligne Pascale Magdelaine de l’Itavi, co-auteur de l’étude(1). La France fait la course en tête juste devant l’Italie, avec respectivement 294 000 et 260 000 à 285 000 TEL, devant les Pays-Bas et l’Allemagne. À eux quatre, ces pays réalisent les deux tiers des volumes européens. Rapportés à la production, les ovoproduits pèsent en moyenne le quart des œufs produits en Europe (6,3 millions de tonnes), part variant de moins de 10 % en Pologne à 60 % en Suède.

L’industrie européenne des ovoproduits poursuit sa concentration

Produits liquides dominants

Avec 40 % de sa production transformée, la France se situe au-dessus de la moyenne communautaire. Au plan européen, les produits en poudre représentent un quart des volumes utilisés. En France, ils atteignent 13 700 tonnes de produits secs (72 700 TEL en 2010) produites par quelques entreprises (Igréca, Epi Bretagne-Glon, Société laitière du Blavet…). Le liquide est jugé suffisamment compétitif, meilleur pour l’image (communication « aux œufs frais ») et plus pratique d’utilisation (habitude d’incorporation dans les préparations). Pourtant, le produit sec présente des avantages pour ses utilisateurs : logistique et stockage faciles, opportunités d’achat à prix bas sur un marché mondialisé, mais parfois au détriment de l’origine et la qualité. L’industrie européenne des ovoproduits s’est internationalisée, sauf en France. On y comptait encore 48 casseries agréées en 2009, de dimensions encore très variables. Le syndicat professionnel (Snipo) décompte une quarantaine d’entreprises, dont cinq réalisant plus de 65 % des volumes. L’organisation en filière est prédominante, mais la plupart des opérateurs travaillent avec un double approvisionnement : le contrat et le marché libre afin d’ajuster l’offre par rapport à la demande et profiter des opportunités. Quelques-uns travaillent uniquement en libre.
 
 
 

L’industrie européenne des ovoproduits poursuit sa concentration

En voie de forte concentration

Concurrentiel et exigeant en qualité, le secteur dégage des marges de plus en plus faibles. Pour en regagner, le temps de la concentration européenne des opérateurs est arrivé estiment les experts consultés par l’Itavi. Selon les pays, cette phase est différemment engagée. Les observateurs entrevoient la coexistence de groupes internationaux et d’entreprises nationales. Les premiers détiendront ou travailleront avec des élevages dédiés. Ils auront des implantations hors d’Europe pour livrer des pays tiers à partir de matière première moins chère qu’en Europe. Les seconds fonctionneront avec des coûts de structure réduits et des œufs déclassés. Ils seront cantonnés aux marchés délaissés par les grands groupes surtout en produits liquides premier prix. L’application de la norme bien-être accélérera t-elle ce scénario ? En 2011, les industriels des ovoproduits s’attendaient à une tension passagère du marché qui s’est plus que confirmée. Si celle-ci persistait, les « petits » fonctionnant en auto approvisionnement pourraient bien résister à l’explosion des cours du marché libre. D’un autre côté, le manque exceptionnel d’œufs pourrait conduire les « gros » à faire appel aux poudres d’importation, voire à de l’œuf liquide ou encore à des œufs en coquille nord-américains. À condition que les utilisateurs finaux les acceptent. Jusqu’à présent le niveau très supérieur de qualité sanitaire des produits européens et leur proximité ont créé une barrière naturelle que n’ont pas abattue les industries agroalimentaires. Jusqu’à quand ?

 
 (1) Situation, enjeux et perspectives du secteur ovoproduits en France et en Europe, octobre 2011 avec la participation financière de FranceAgriMer, du Casdar et du CNPO.

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