La filière grand export réagit à la baisse des restitutions

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Mars 2013

La filière grand export réagit  à la baisse des restitutions
Le 16 février, à l’initiative de l’intersyndicale CGT-CFDT-FO de Doux et Tilly Sabco, 400 salariés, éleveurs, partenaires amont, dirigeants des deux abattoirs et élus politiques ont unanimement défendu le maintien des restitutions. © P. Le Douarin

Avec la seconde baisse de 108,50 €, la Commission européenne a envoyé un signe politique à la filière française du poulet grand export, qui n’entend pas mourir à petit feu.

Création du « collectif avicole français »

Mobilisation. En réaction à la baisse des restitutions, les acteurs économiques impliqués dans la production du poulet export (sélection, accouvage, nutrition, élevage) ont créé le « collectif avicole français » début février. Initié par les organisations du Grand Ouest, il fédère l’ensemble des acteurs des productions de chair et même d’œuf. Au-delà des restitutions, deux autres sujets d’inquiétude mobilisent : le niveau grandissant des importations de volaille et la difficulté à répercuter les hausses des matières premières. « Cessons de subir. Il est temps d’agir tous ensemble », proclame le collectif qui travaillera de concert et en complémentarité avec les instances et syndicats professionnels afin de défendre les intérêts de la filière.

Le 18 janvier dernier, le nouveau montant des restitutions européennes versées sur les ventes de poulet entier congelé a fait l’effet d’une bombe. Quels sont les enjeux ? La filière grand export représente environ 230 à 250 000 tonnes de carcasses de poulet par an. C’est 60 % des volumes d’abattage breton, un tiers des poussins produits en France et plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires pour Doux et Tilly Sabco. À comparer aux 6 milliards d’euros d’activités de l’aviculture française et aux 80 à 90 millions d’euros de restitutions perçues ces dernières années. En comptant toute la chaîne de fourniture, 5 000 emplois seraient concernés.
Depuis fin janvier, les représentants de tous les maillons - accouveurs, fabricants d’aliment, coopératives, éleveurs, salariés des deux abattoirs… - montent au créneau pour dénoncer cette trahison de l’Europe et défendre le grand export qui contribue aussi à la pérennité des autres productions avicoles françaises. Ce qui a surpris, c’est la brutalité de la baisse.  Avec -217 €/t en trois mois, ce modèle économique « grand export » peut difficilement supporter un tel choc, même avec une conjoncture très favorable.

Maintenir les restitutions et gagner du temps

Les hauts fonctionnaires de Bruxelles veulent donner un coup d’arrêt à un mécanisme qu’ils jugent dépassé, voire illégitime. Et profitant presque exclusivement à deux entreprises finistériennes. D’autres pays européens partagent cette analyse. Pourtant, aucun accord politique ne le stipule. À la réunion ministérielle de l’OMC en décembre 2005 à Hong-Kong, l’UE s’était engagée à supprimer ses subventions aux exportations agricoles à l’horizon 2013, si des mesures jugées équivalentes étaient prises par les États-Unis.
Premier objectif, il faut persuader la Commission de ne pas aller plus loin, en mobilisant le gouvernement français et les élus du Parlement européen. La France va rappeler les engagements de 2005, avant le comité de gestion des restitutions d’avril. L’objectif est de maintenir les restitutions à leur niveau actuel, au moins jusqu’à la mise en place de la nouvelle PAC en 2014 ou 2015. Il faut gagner du temps pour continuer d’améliorer la compétitivité de cette filière et pour trouver de nouvelles mesures d’accompagnement, européennes ou nationales. Si la piste européenne n’aboutit pas, celle de la solidarité entre branches agricoles sera sans doute mise sur la table. « Pourquoi les restitutions seraient-elles moins légitimes que les aides dont profitent les autres productions animales et végétales, sachant que ce sont les seules aides à l’aviculture », demande Charles Doux.
Les deux abatteurs n’ont ni le temps, ni les moyens d’attendre que la politique fasse son œuvre. Le groupe Doux estime qu’il apporte 400 euros de valeur à un produit vendu 1750 euros. La première baisse d’octobre (de 325 à 217 euros) était supportable, mais pas la deuxième. C’est donc à toute sa filière de faire des efforts. Pour préserver leurs marges, Tilly Sabco et Doux ont décrété une baisse temporaire du prix du vif. Elle devait être de 40 €/t de vif pour les éleveurs intégrés Doux (plus pour les fournisseurs extérieurs) et de 50 € pour ceux de Tilly Sabco, équivalant à la moitié de la baisse du 18 janvier. L’impact est considérable pour les éleveurs. Conscients de l’ampleur de la baisse, les fournisseurs de vif à Tilly Sabco projetaient mi-février de ne répercuter que 20 € à leurs éleveurs, en mutualisant l’impact sur d’autres productions standard.

Répartir la baisse sur toute la chaîne de valeur

Les détracteurs du grand export avec restitutions ont beau jeu de dénoncer un système qui se savait condamné à moyen terme. Ils proposent de concurrencer la viande de volaille importée en Europe, voire en France. L’UE en reçoit environ 800 000 tonnes par an et la France 30 000 tonnes. C’est oublier l’écart de compétitivité avec les pays tiers. D’une seule voix, Tilly Sabco et Doux jugent cette option illusoire. Parce que les produits sont différents, parce qu’ils nécessitent des outils adaptés, et parce que la Bretagne est pénalisée par son isolement géographique. Au contraire, ils plaident pour un renforcement de l’exportation vers des marchés toujours en croissance où ils ont su fidéliser une clientèle. « Le grand export n’est pas un problème pour la Bretagne, c’est la solution », ont-ils martelé en choeur le 16 février à la réunion intersyndicale de Châteaulin.

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