La filière poulet française en position médiane sur l'échiquier européen

Pascal Le Douarin

La filière poulet française en position médiane sur l'échiquier européen
Le poulet standard français manque de poids. - © P. Le Douarin

Surclassée au niveau mondial, la filière française du poulet peut espérer rester dans la course européenne si elle poursuit les efforts engagés.

Une compétitivité complexe à mesurer

Patrick Garnon, chef du service Marché et études des filières de FranceAgriMer, insiste beaucoup sur la difficulté à mesurer la compétitivité qui dépasse largement l'examen d'un prix de vente. En résumé, « quand on est compétitif, c'est lorsque l'on vend à la place de son concurrent. » Ce qui sous-entend « pourquoi choisir ce produit-là dans un univers concurrentiel donné ? » De plus, FranceAgriMer s'intéresse à la compétitivité globale d'une filière et non d'une entreprise.

Peut encore mieux faire », tel semble être l'avis des experts qui se sont penchés sur la compétitivité globale de la filière française du poulet de chair pour l'année 2015, à l'occasion de leur troisième comparaison internationale. Ils l'ont comparée à celle de dix-sept pays (1), essentiellement européens et américains, qui pèsent les trois quarts des abattages mondiaux. L'étude, menée par Christian Renault du cabinet AND International, considère que les coûts de production du vif pèsent jusqu'à 30 % dans la compétitivité globale, avec un élément déterminant qu'est la disponibilité en matières premières produites ou importées. Les deux zones du monde les mieux placées sur les coûts de production sont les deux Amériques (Brésil, USA, Argentine) et l'ancien bloc de la CEI (Ukraine, Russie, Pologne). Depuis trois ans, « plus les cours baissent, plus les pays producteurs de matières premières sont avantagés pour leur industrie avicole. » S'ajoutent d'autres éléments comme la main-d'oeuvre, qui font de l'Ukraine le pays le moins cher du monde. « Faire du poulet en Ukraine, c'est comme produire du pétrole en Arabie Saoudite », résume Christian Renault.

Un modèle français décalé

Les autres pays européens étudiés, excepté le Royaume-Uni (effet parité de la livre), se trouvent dans un peloton resserré (898 à 973 euros/tonne de poulet vif). Cependant, l'écart se creuse nettement sur le coût du filet, malgré des coûts techniques (abattage et découpe) peu variables (un ou deux centimes d'euro du kilo). Entre la France et les autres Européens, l'écart atteint presque un euro du kilo de filet, en raison du choix de produire du poulet de plus petit calibre (1,8-1,9 kg) que la moyenne européenne (2,4-2,5 kg). Les décalages de rendement surenchérissent le coût à la pièce. « Le poulet standard international permis par la génétique, et qui correspond à notre poulet lourd, autorise une meilleure valorisation » souligne l'économiste. Désormais, le filet est le produit phare du poulet, et non la carcasse entière. Pour être plus compétitif, le modèle commercial français doit se remettre en cause (gamme et distribution), estime Christian Renault. « Ce n'est pas un scoop. Les industriels effectuent une mutation de leur modèle de production, mais elle prend du temps en raison d'une mobilisation de tous les acteurs de la filière. » Placée dans une Europe relativement homogène, la France peut donc mieux faire en travaillant sur les détails. « Si la France exprimait tout son potentiel, elle serait plus proche de la Pologne que de la Belgique. » Elle bénéficie d'un gisement de matières premières, d'un potentiel de producteurs, d'entreprises structurées et concentrées, d'opérateurs qui savent où aller, et d'un marché qui peut être rémunérateur.

Source Réussir Aviculture

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