La surproduction française fait plonger les prix des œufs

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Mai 2013

La surproduction française fait plonger les prix des œufs
Le cheptel européen atteint des records d’effectifs mais la crise est avant tout d’origine française. © Commission européenne / archives

Depuis fin février, les prix des œufs chutent en France, conséquence d’une production qui bat des records et d’une demande stable qui ne peut l’absorber.

Non piloté par son aval, le secteur de l’œuf est entré dans une nouvelle crise de surproduction. Sur les onze premières semaines de 2013, les moyennes des cours français M et G ont reculé de 32,5 % et la TNO de 38 %. Les œufs destinés à l’industrie ont dévissé jusqu’à 50 % du prix de revient.
Le phénomène s’est enclenché en 2012, amplifié par les fermes arrêtées pour cause de mises aux normes : lorsque les prix sont plus rémunérateurs, des producteurs mettent plus de poules en place et d’autres les gardent plus longtemps que prévu. Le redémarrage d’élevages mis aux normes a amplifié la surproduction. Résultat, le cheptel européen atteint des records d’effectifs. Alors que la cote d’alerte européenne est estimée à 335 millions de poules, les prévisionnistes tablent sur 340 millions en mai.

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En mai 2013, le nombre de poules devrait atteindre 340 millions et retrouver le niveau de mai 2011. Source : MEG

Des élevages fragilisés par la mise aux normes

En France, par rapport à 2011 la hausse des mises en place est de l’ordre de 30 % sur le premier trimestre. Selon Hugues Mongé, du groupe Sanders, au premier trimestre, le niveau de production par période de quatre semaines serait aux alentours de 1,05 milliard d’œufs, au lieu de 970 millions pour 2009, une année « normale ». C’est-à-dire un excédent d’environ 8 % par rapport à 2009 et
2-3 % par rapport à 2010. De plus, l’offre ne serait pas encore arrivée à son maximum.
La conséquence est hélas bien connue. Pour conserver leurs parts de marché et « sauver les meubles », les metteurs en marché se livrent à une bataille des prix, d’autant que la demande reste stable. Selon un calcul présenté début avril par Triskalia à l’assemblée annuelle de sa section œufs, la différence entre le prix de marché et le prix de revient serait de -41 €/100 kg d’œufs en semaine onze, de -2,40 € en cumulé sur les semaines 1 à 10, à comparer à +31,35 € en 2012 et -20,35 € en 2011. À ce rythme, les observateurs les plus pessimistes agitent le spectre de la crise historique de 1982, d’autant que l’immense majorité des éleveurs a réalisé des investissements récents qui alourdissent la rentabilité et la capacité de résistance.
La résorption de la crise passe nécessairement par une réduction de l’offre, c’est-à-dire des réformes anticipées de poules et des vides sanitaires prolongés, voire le gel de certains projets. Quarante-cinq millions d’œufs excédentaires sur quatre semaines correspondent à trois millions de poules surnuméraires. Qui doit arrêter ? Sous quelles conditions ? Y aura-t-il des aides ? Fin avril, aucune annonce d’actions communes n’avait été faite, si ce n’est celle du groupement Armor œufs.

Donner un coup de frein brutal à l’offre

Dans des courriers adressés au ministre Stéphane Le Foll, l’UGPVB et le CNPO évoquent des pistes politiques à l’issue incertaine : une réactivation des restitutions européennes, un contrôle strict de la mise aux normes bien-être (Espagne, Italie, Pologne), le classement des œufs en produits « sensibles » dans les accords de libre-échange (Ukraine). Tant que cette filière n’aura pas la sagesse ou la prudence de ne produire que ce que peut absorber le marché, c’est ce dernier qui tranchera, avec une perte de valeur pour l’ensemble de la filière.

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