Laurent Morin encourage à « retrouver ensemble le chemin de la compétitivité »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin. Réussir Aviculture Octobre 2011

Laurent Morin, délégué général  de Feedsim Avenir et de l’Afab
« Pour avancer, il faut d’abord partager une analyse commune de la situation au sein de la filière, avant de mener une réflexion collective de valorisation finale de l’augmentation des coûts. »

La compétitivité des productions animales assise sur le seul poste aliment est révolue estime Laurent Morin. Il prône une réflexion collective pour reconquérir de la valeur ajoutée.

Laurent Morin, délégué général de Feedsim Avenir et de l’Afab

Laurent Morin, agronome et docteur en économie, anime Feedsim Avenir depuis sa création en 2007. Cette structure d’expertise et de prospective collective, mais aussi à visées opérationnelles, réunit en Bretagne les intervenants amont de la nutrition animale : producteurs et importateurs de matières premières, triturateurs, logisticiens et ports, fabricants d’aliments. Il coordonne aussi l’association des fabricants d’aliments bretons (Afab).

Quel est le rôle de votre organisation Feedsim Avenir ?

Feedsim Avenir est une émanation de la Nutrition animale bretonne et de son amont. Son objectif est de travailler à l’amélioration générale de la compétitivité des filières animales. Pour l’instant, la recherche de compétitivité est segmentée par domaine (aliment, génétique, production, abattage, transformation). Or chaque métier dialogue peu avec les autres. Ce n’est pas en se concentrant sur un maillon, notamment celui de l’aliment, qu’on va sauver les filières. D’où notre intention de réunir l’ensemble des intervenants sur des problématiques collectives et de rechercher des solutions opérationnelles.

Peut-on espérer une détente des prix sur le poste aliment ?

Non. La rupture a eu lieu en 2007 avec la hausse brutale des matières premières, même si certains opérateurs ont cru à un effet conjoncturel. Depuis lors, le prix de base a fortement remonté et la volatilité est de mise sur toutes les matières. On n’est plus jamais revenu à un cours du soja de 200 euros. Conclusion, la protéine a pris 100 euros et cela va durer. Les céréales suivent la même direction avec un rapport offre/demande tendu, surtout en maïs en dépit d’une hausse de la production. Sur le court terme, on pourrait assister à des baisses de prix liées à la dégradation de la situation économique générale qui masque la tendance de fond. A contrario, avec des stocks de plus en plus bas, le moindre incident fera flamber les cours. Ne rêvons pas : les prix d’aliment ne retrouveront plus les niveaux antérieurs. Les années 90 sont révolues et les coûts de production ont augmenté. C’est un message à faire passer à l’aval.

Le maillon aliment peut-il gagner encore en compétitivité ?

Avec des usines de grande taille, amorties et performantes, la Bretagne est très compétitive. De-ci de-là, on peut gagner quelques euros la tonne, mais guère plus. Donc l’impact des améliorations sera minime sur le coût de production. Néanmoins, comme la compétitivité se gagne point par point, nous recherchons encore des améliorations. Feedsim a fait des propositions concrètes sur la logistique (autorisation du 44 tonnes), sur le fonctionnement des ports (projet de réforme), et sur l’utilisation des graisses animales. Le retour à la compétitivité des filières ne passe plus par l’aliment.

Comment chercher cette nouvelle compétitivité ?

Notre première préoccupation doit être de ne plus perdre de parts du marché français et de reconquérir le marché européen, même si les débouchés d’export lointain se portent relativement bien à ce jour.
J’ai l’impression que les clients finaux de nos filières se sont bloqués sur des prix maximums, en disant à leur amont de faire en sorte de respecter ce niveau. En résumé, les distributeurs nous demandent de faire tous les efforts, parce qu’eux ne pourront plus répercuter le surcoût aux consommateurs. Or sans répercussion des coûts de production, les filières animales bretonnes seront à terre d’ici peu. La question est de savoir si l’amont peut dialoguer ou peser suffisamment sur l’aval pour que celui-ci accepte d’évoluer. Les graisses animales sont un dossier exemplaire. Les fabricants d’aliment veulent bien les incorporer, mais pas les metteurs en marché et/ou les distributeurs. Ceci montre que le dialogue collectif est indispensable pour avancer, sachant que le collectif ne résout pas tout et qu’il n’y a pas de solution miracle unique. On trouvera différentes solutions si on travaille ensemble sur des actions concrètes.
 

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