Le gavage en groupe change les habitudes

Armelle Puybasset - Réussir Aviculture Mars 2013

Le gavage en groupe change les habitudes
David Pasquay, dans les Deux-Sèvres, a fait évoluer ses pratiques d'élevage sur plusieurs années. © A. Puybasset

Au-delà du bien-être animal, le passage au logement collectif des canards à gaver a une incidence sur les pratiques d’élevage et de gavage, ainsi que sur le travail du gaveur. Il oblige à davantage de technicité.

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Le gavage en groupe change les habitudes
Crédit photo : A. Puybasset

Voir dossier de Réussir Aviculture de mars 2013. RA n°184, p. 16 à 27.

ll reste à peine trois ans à la filière de canard gras pour équiper toutes ses unités de gavage de logements collectifs. À fin 2012, selon le Cifog, un quart du parc français était conforme aux critères de bien-être. Le rythme des investissements s’est fortement accéléré ces derniers mois sous l’impulsion des subventions de FranceAgriMer, dont le troisième programme d’aide s’achève prochainement. Sans tout bouleverser, le passage au logement collectif a néanmoins une incidence sur la conduite d’élevage et de gavage, qui devient encore plus technique. Elle demande plus de rigueur, surtout en conditions hivernales. D’une gestion individuelle en épinette, on passe à une gestion de groupe, avec des interactions entre individus beaucoup plus mobiles. Une difficulté de locomotion sur un canard se révèlera rapidement pénalisante. Tout l’enjeu est de recevoir des lots de prêts à gaver de qualité optimale, très homogènes et avec de bons d’aplombs. À ce niveau, les principaux leviers d’action portent sur les conditions de démarrage, l’accès à l’eau et à l’aliment, et le contrôle des croissances, la gestion des parcours, la nutrition et la maîtrise sanitaire.

L’accompagnement des gaveurs au changement est essentiel

D’après les organisations de production interrogées, le passage au logement collectif a globalement peu d’impact sur les performances zootechniques en gavage, avec toutefois une légère hausse de l’ingéré de maïs. Il existe une certaine variabilité entre unités de gavage car les adaptations fonctionnant dans un atelier ne donnent pas forcément les mêmes résultats ailleurs. Le logement collectif oblige aussi à revoir certaines connaissances comme les besoins de ventilation du canard, ce sur quoi travaillent l’Itavi et le Palmipole.
Pour les gaveurs expérimentés, le plus dur est d’accepter de changer les habitudes et de gaver à un rythme plus faible. Le gavage demande plus d’observation et un sens animalier plus aigu. « Pour certains, cela devient un facteur de motivation », relève le responsable d’une organisation de production. Avec le recul des premiers gaveurs installés, les a priori négatifs s’estompent. Une fois passée l’adaptation des premiers mois, beaucoup sont agréablement surpris de l’amélioration de la pénibilité. Le gavage est plus physique — il faut aller chercher le canard, bien lui tendre le cou pour ne pas risquer de le blesser — mais les gestes moins répétitifs occasionnent moins de douleurs. « Les conséquences du changement ne doivent cependant pas être sous-estimées et l’accompagnement du gaveur durant les premiers lots est essentiel. »
Côté économique, selon les calculs de l’Itavi, le passage aux nouvelles normes induit un surcoût de 0,45 euro par animal sortie gavage et une majoration du temps de travail estimée à 10 %, soit de fortes répercussions. Souvent, il est associé à une hausse de quelques pourcents de la capacité de l’atelier (optimisation des surfaces). Les aides proposées par certaines organisations de production atténuent la baisse de rémunération du gaveur (30 % à même capacité). Mais surtout, c’est la poursuite des subventions de FranceAgriMer qui paraît essentielle à la profession pour maintenir le rythme des rénovations, compenser les arrêts d’unité de production et être fin prêt pour l’échéance du 31 décembre 2015.

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