Le poulet argentin au pied du mur

Marc-Henry André - Réussir Aviculture Septembre 2012

Le poulet argentin  au pied du mur
Le secteur avicole argentin a investit et s'est modernisé dans les années 90. © Emiliano@Descolz.com

Après dix années de croissance régulière de la production et des exportations, la filière avicole argentine patine. L’inflation rogne sa compétitivité à l’export et certains débouchés saturent.

République argentine

. Superficie : 2 766 890 km2
. Population : 40 677 348 habitants (recensement 2010)
. Frontières : le Chili à l’Ouest, la Bolivie et le Paraguay au Nord, le Brésil et l’Uruguay au Nord-Est. Le fleuve Paraná, de 3 940 km de long, traverse sa région agricole centrale et débouche sur l’Atlantique.
. République fédérale
. Présidente de la nation : Cristina Fernández Kirchner

L’économie argentine est depuis longtemps malade de son inflation. Sur la période 1975-1991, elle dépassait les 100 % par an. Pour y remédier, en 1991 le gouvernement décrète qu’un peso argentin vaut un dollar américain. Ce qui ne favorisa pas les exportateurs de poulet, dont les marchandises étaient facturées en dollars. Le poulet argentin était cher. Cette parité monétaire a perduré jusqu’en 2002. Cependant, le secteur avicole investit et se modernise dans les années 90. Le système de l’intégration verticale (accouvage, aliment, éleveur intégré, abattoir) se développe. Peu compétitifs avec un peso fort, les opérateurs restent en marge du marché mondial.
La crise économique de 2001 change tout. L’Etat fait faillite en laissant une ardoise de plus de cent milliards de dollars. Des camions remplis en dollars mettent en lieu sûr ce qui restait dans les dépôts de la Banque centrale. Une quarantaine de personnes meurent lors d’émeutes à Buenos Aires. Le président de la République s’enfuit en hélicoptère depuis le palais présidentiel de la Casa Rosada, sous les cris de manifestants indignés d’avoir perdu les deux tiers de leur épargne suite à la brutale dévaluation du peso !...
Paradoxalement, les industriels avicoles profitent de la nouvelle donne. Avec un peso faible, les céréales, les salaires, tout coûte moins cher.
La décennie 2002-2012 a été excellente, avec une croissance continue des volumes produits et exportés. De 760 000 tonnes en 2003, la production est passée à 1,88 million de tonnes en 2011 (585 millions de poulets selon l’autorité sanitaire Senasa). Le secteur avicole est favorisé par de lourdes taxes grevant les exportations de céréales qui font chuter leur prix sur le marché domestique puisque les exportateurs répercutent le coût de cette taxe sur le prix payé aux céréaliers. Aux intrants à prix cassés, s’ajoute un climat idéal pour une production céréalière de masse. Le pays engrange chaque année de 40 à 50 millions de tonnes de soja et 20 à 30 de maïs. Le débouché avicole a absorbé 6 millions de tonnes de maïs et soja en 2010, selon la chambre argentine des industriels avicoles (Cepa).
Intrants peu chers, monnaie faible, outils modernisés, infrastructures portuaires, les ingrédients étaient réunis pour attaquer les marchés d’exportation. Les produits argentins ont diffusé en force en Europe et au Moyen-Orient. L’Argentine n’a jamais connu de problème d’influenza, ce qui est un atout pour des clients exigeants comme les Japonais et les Russes. Les exportations sont passées de 62 000 t en 2003 à plus de 300 000 t en 2010. Un poulet sur quatre est destiné à l’exportation.
De 2002 à 2011, tous les indicateurs étaient au vert. Les exportations ont atteint 296 000 tonnes l’an dernier, mais aujourd’hui, l’euphorie fait place à une vive inquiétude. La compétitivité argentine est de nouveau menacée par l’inflation, par un taux de change défavorable et par la saturation de certains débouchés à l’export, notamment du côté européen.

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Les industriels s’alarment des stocks d’excédents de poulet qu’ils peinent à écouler. Après dix ans de forte progression, leur compétitivité en prend un coup. Héctor Motta industriel, qui fut deux fois président de l’association avicole latino-américaine, résume la situation : « Nous sommes redevenus chers et cela doit être corrigé. » La vocation nourricière du pays est dans toutes les têtes, mais les plus avertis savent que produire du poulet est à la portée de beaucoup de pays. Ils se retrouvent au pied du mur.

Pour en savoir plus :

voir dossier de Réussir Aviculture du mois de septembre. R. Aviculture n°179, p.34 à 43.

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