Les entérocoques, des hôtes naturels de plus en plus envahissants

Armelle Puybasset

Les entérocoques, des hôtes naturels de plus en plus envahissants
Les lésions produites par l'évolution de la bactérie Enterococcus cecorum conduisent à une difficulté locomotrice majeure. Les poulets restent au sol et peuvent se laisser griffer par leurs congénères. - © Labovet Conseil

Cette bactérie en recrudescence qui touche surtout le poulet et le canard est à l'origine d'arthrites et de septicémies. Des questions demeurent sur les voies de contamination et les solutions préventives.

Les entérocoques, des hôtes naturels de plus en plus envahissants
A. Puybasset

La croissance élevée est un facteur aggravant

Pourquoi enterococcus cecorum et les troubles locomoteurs associés est une problématique émergente et touche davantage les espèces à croissance rapide ? Jean-Luc Guérin, chercheur à l'école vétérinaire de Toulouse, s'appuie sur la physiologie et la bactériémie de l'animal. « Par rapport à l'homme et la plupart des espèces, la volaille se caractérise par une très forte vitesse de croissance osseuse. La couche cartilagineuse de l'os de la tête fémorale d'un oiseau se renouvelle très rapidement. Le turnover des cellules est d'environ 21 heures contre 20 jours pour un enfant. Cette zone est très vascularisée. Lors de contraintes mécaniques, des phénomènes de microcisaillement apparaissent et deviennent des portes d'entrée de la bactérie, transportée par le sang." L'animal est contaminé par voie digestive mais une contamination par voie respiratoire est de plus en plus admise. "La transmission verticale n'est pas prouvée", précise Wil Landman, chercheur à l'université de Déventer, aux Pays-Bas. L'environnement digestif et respiratoire de l'oiseau joue un rôle capital.  « Lorsque la croissance diminue, l'oiseau consacre davantage d'énergie pour développer son système immunitaire. E. cecorum est probablement un pathogène secondaire qui agit en synergie avec d'autres pathogènes. »

« Les entérocoques sont à la fois des agents pathogènes et opportunistes », introduisait le spécialiste en pathologie Wil Landman, lors d'une journée scientifique organisée au Zoopole et consacrée à cette bactérie en recrudescence. De type Gram positif, c'est un hôte naturel du tube digestif mais il est désormais à l'origine d'un signalement de maladie du poulet sur six au sein du réseau national d'observations épidémiologies en aviculture (RNOEA). « En canard, la fréquence relative des signalements d'enterococcus par rapport aux autres pathogènes a été multipliée par trois en cinq ans, » a précisé Rozenn Souillard, de l'Anses. Toutes les espèces aviaires sont concernées même si « le poulet est de loin l'espèce la plus touchée (72,7% des cas), suivi du canard (15,1%), de la dinde (4,1%) et de la poulette (3,3%).» Les diagnostics associés sont essentiellement des arthrites et des septicémies en poulet et en canard ainsi que des omphalites en poulettes et des ovarites chez les pondeuses. Il existe en réalité une multitude de types d'entérocoques mais trois d'entre eux cumulent l'essentiel des signalements. Il s'agit d'enterococcus cecorum (75%), de faecalis (15%) et d'hirae (6%). Leur fréquence et les pathologies associées varient selon l'espèce.

E. cecorum associé aux arthrites

Ultradominant en poulet, E. cecorum est associé à des boiteries et de l'hétérogénéité. « Le cas typique en élevage est un poulet montrant des difficultés à marcher, qui tombe sur le côté. Souvent plus petit que ses congénères, il porte des traces de griffures», décrit Benoît Sraka, du Réseau Cristal. À l'autopsie, on constate systématiquement une nécrose des têtes fémorales. « À l'inverse, l'observation de boiteries et de nécrose n'est pas forcément liée à E. cecorum. D'autres agents infectieux peuvent être mis en cause, tels que les réovirus, staphylococcus aureus, mycoplasma synoviae ou le colibacille O78K80.» Le type d'entérocoque isolé diffère selon l'âge du poulet. Le vétérinaire s'appuie sur les données du réseau de cabinets vétérinaires Résalab. Alors qu'E. faecalis est observé quasi exclusivement dans les premiers jours de vie, le pic de fréquence pour E. cecorum se situe à trois semaines tandis qu'hirae, plus rare, touche surtout les poussins entre cinq et huit jours et s'exprime par des méningites, ou chez les animaux plus âgés par des endocardites.

Les entérocoques, des hôtes naturels de plus en plus envahissants

Une pathologie qui en cache d'autres

Le type faecalis est isolé dès les premiers jours, très souvent conjointement à escherichia coli. « On observe des poussins fatigués et ébouriffés. À l'autopsie, le vitellus est anormal. Les lésions souvent associées sont des arthrites et des aérosacculites, mais dans un cas sur trois d'isolement de la bactérie, il n'y a pas de lésions associées. Il est difficile de déterminer qui est responsable de la mortalité entre E. faecalis et E. coli», souligne le vétérinaire qui évoque une « association de malfaiteurs » entre pathogènes.

« Le type faecalis est proportionnellement plus présent chez les poulettes (lien observé avec des omphalites et des boiteries unilatérales). C'est aussi l'espèce la plus observée en pondeuses.» Le canard est surtout concerné par cecorum. « En Barbarie, il peut aussi être à l'origine de troubles nerveux et d'une mortalité forte. »

Les solutions curatives sont bonnes à court terme mais avec E. cecorum en poulets, les animaux restent porteurs de la bactérie, ce qui explique le risque de rechute. « Dans tous les cas, le recours au laboratoire est indispensable pour bien cibler le traitement antibiotique », souligne Benoît Sraka.

Entérocoques sous forme cardiaque en hausse

Sur le terrain, le praticien constate une augmentation du nombre de cas d'entérocoques s'exprimant sous une forme cardiaque. « Elle est probablement sous-diagnostiquée car les animaux que l'on appelle 'cardiaques' (poulet qui tombe subitement à la renverse) ne sont généralement pas autopsiés. En revanche, les formes articulaires semblent stagner, malgré une récurrence de cas dans certains élevages, notamment ceux spécialisés en poulets. La sensibilité des lots à E. cecorum varie selon les organisations de production, sans qu'il n'y ait d'explications établies. » On sait cependant que la vitesse de croissance élevée est un facteur aggravant dans les élevages où E. cecorum est présent, surtout si elle est associée à un excès d'éclairage.

Renforcer le développement osseux

De même, le risque est accru lors de mauvaises conditions d'ambiance et en cas d'entérites et de perte de minéraux au démarrage, favorisant une fragilité osseuse. « Tout ce qui peut favoriser une bonne croissance osseuse limitera les risques d'E. cecorum." Cela passe par la zootechnie : éviter dans la mesure du possible les forts GMQ soudains, mettre en place un programme lumineux qui favorise l'incorporation du calcium. « La coupure doit avoir lieu la nuit. » Au niveau nutritionnel, l'apport de vitamine D3 favorise l'absorption du calcium. Certains minéraux comme le phosphore, ajoutés dans la ration ou dans l'eau de boisson contribuent à limiter les risques lorsque la pression de la bactérie est importante. Les mesures de nettoyage et de désinfection doivent être renforcées et notamment la désinsectisation, les insectes étant des vecteurs de la bactérie.

Une prévention par voie vaccinale pourrait voir le jour à moyen terme. Le laboratoire Biovac travaille sur la mise au point d'un autovaccin inactivé contre Enterococcus cecorum, destiné aux reproducteurs.

Source Réussir Aviculture

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