Les labels rouges dénoncent les détournements d'image

Pascal Le Douarin

Les organisations avicoles sous label rouge vont communiquer sur leurs produits, et lutter ainsi contre le comportement de francs-tireurs qui embrouillent les consommateurs.

Il y a cinquante ans, le 8 août 1960, la Loi d'orientation agricole créait le concept du label rouge sur une idée lancée par des aviculteurs soucieux de préserver leurs traditions. C'est cet anniversaire qu'a célébré l'assemblée générale du syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf) le 22 juin, en posant deux questions : Les valeurs inhérentes au label rouge sont-elles toujours d'actualité ? Et comment les produits labellisés peuvent-ils répondre aux attentes des consommateurs d'aujourd'hui ?

Axe développement durable

À la première question, la réponse a été unanime. Oui, les valeurs fondatrices, comme la qualité gustative supérieure prouvée, le bien-être animal, l'élevage extensif en plein air, l'alimentation à partir de céréales produites localement, la gouvernance concertée, collective et territoriale, sont plus que jamais d'actualité. Elles ont permis à des entreprises, petites et grandes, de créer et de partager de la valeur ajoutée. André Molet, président du Cnadev, fédérant une soixantaine d'entreprises PME de l'abattage, a souligné que « le label rouge est la carte de visite des petits abattoirs ». Aujourd'hui, ces valeurs se retrouvent dans ce qu'on appelle le développement durable, avec ses trois piliers (économique, environnemental, social). Elles sont très évocatrices pour le consommateur qui devient de plus en plus attentif à la durabilité. C'est pourquoi le Synalaf a entrepris de sensibiliser ses adhérents à la relecture de ses valeurs à travers le développement durable. Un groupe de travail a été créé. Un premier état des lieux des atouts et faiblesses a été établi.

Des gains de productivité

Face à la problématique d'une relance de la consommation des produits labellisés, aucune réponse n'est clairement ressortie, sauf une. La part du budget alimentaire ne cesse de se réduire pour les ménages. La moyenne se situe à 18-19 %, mais ceci doit être analysé par générations de consommateurs. Ceux qui avaient 20 ans dans les années 50 consacrent encore 30 % au poste aliment et connaissent le label rouge ; les plus jeunes sont à 8 %, avec des attentes fortes en termes de service, praticité et rapidité. Gilles Huttepain, président de la fédération des industries avicoles (FIA), a souligné le lien possible entre la hausse des volumes labellisés de 2,8 % et la baisse des prix de vente de 1,5 % en 2009. « Il faut retrouver le moyen de rendre le poulet accessible au plus grand nombre, démocratiser le label rouge avec un prix à la pièce attractif. » Ceci implique des gains de productivité à tous les niveaux, mais sans pénaliser la qualité supérieure, c'est-à-dire l'élevage fermier en plein air.

Le label rouge a conservé sa valeur d'origine. Mais il lui faut aujourd'hui se battre pour garder intacte son image. (P. Le Douarin)

Le label rouge a conservé sa valeur d'origine. Mais il lui faut aujourd'hui se battre pour garder intacte son image. (P. Le Douarin)

 

Stopper les fauteurs de confusion

Si la question des opérations « promo » des opérateurs du label rouge n'a pas été débattue, par contre les détournements d'image par des produits non labellisés ont été pourfendus. Au moins un opérateur français se trouve dans le collimateur. « Nous devons faire face à une concurrence acharnée de vendeurs de poulets standard qui n'hésitent pas à déqualifier nos produits », soulignait Eric Cachan, le président du Synalaf dans son rapport moral. Pour enfoncer le clou, le Synalaf et les deux structures représentant les abatteurs français (Cnadev et FIA) ont signé une « plateforme de communication et de respect mutuel ». Ils s'engagent à communiquer clairement sur les caractéristiques des produits sans chercher à embrouiller le consommateur par des messages ambigus, attribuant à Paul ce qui caractérise Jacques. Pour les signataires, l'univers volaille est partagé entre l'élevage intérieur (standard, certifié) et l'élevage extérieur (label rouge, bio). L'apparition d'un poulet d'extérieur non labellisé ou non bio — type free range anglais — ou d'un poulet bio non fermier « serait à même de perturber la clarté d'information pour le consommateur », précise la charte. Enfin, les signataires s'engagent à participer à la promotion collective des volailles, via l'association APVF. Pour sa part, à la fin de l'été, le Synalaf prévoit une communication générique sur des radios (France Bleue et Europe 1), en attendant peut-être une communication de fond sur trois ans, avec des fonds européens et professionnels qu'il reste à trouver.

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2010

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