« Les pathogènes ne connaissent pas de frontières » met en garde Bernard Vallat, directeur général de l’OIE

Propos recueillis par Claudine Gérard - Réussir Aviculture Mai 2013

Abattoir indien. © ONU/Kibae Park
« L’Asie du Sud est un gigantesque réservoir de pathogènes.» © ONU/Kibae Park

L’Organisation mondiale de la santé animale alerte les instances vétérinaires et médicales sur le danger croissant de voir les pathogènes coloniser la planète. En particulier les agents pathogènes animaux qui sont à l’origine de la grande majorité des maladies émergentes chez l’homme.

. Pourquoi le risque de voir les pathogènes se propager dans le monde est-il plus important que par le passé ?

La globalisation induit des mouvements de marchandises et de personnes sans précédent qui sont autant d’opportunités pour les agents pathogènes de coloniser la planète. Nous le résumons (en anglais) sous le concept des « 5 T » : trade, travel, transport, tourism et terrorism. Ce sont autant d’opportunités pour les pathogènes de coloniser la planète, et la menace terroriste ne doit pas être négligée. Ceci est évidemment très préoccupant pour les animaux, mais aussi pour l’homme. Car 60 % des agents pathogènes humains sont d’origine animale, et même 75 % dans le cas des maladies émergentes.

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Bernard Vallat : « Il faut être conscient qu’en matière sanitaire, tous les pays dépendent les uns des autres et que la défaillance d’un seul d’entre eux peut mettre en danger la région et même la planète. » © C. Gérard

. Ce constat dressé, que faire ?

Nous pouvons regrouper les actions à mener selon trois grands concepts : celui de « bien public mondial », celui selon lequel il y a « un monde et une seule santé », et celui d’une « bonne gouvernance » et à présent raisonner beaucoup plus « territoires » que « frontières ».

. Plus précisément, que sous-entendent ces trois grands concepts ?

Pour résumer, il faut être conscient qu’en matière sanitaire, tous les pays dépendent les uns des autres et que la défaillance d’un seul d’entre eux peut mettre en danger la région et même la planète. C’est la raison pour laquelle une stratégie mondiale de gestion des risques concernant l’animal, l’être humain et l’environnement est indispensable. C’est le sens du concept de bonne gouvernance qui s’appuie sur des exigences auxquelles tous les pays devraient satisfaire : surveiller les foyers de maladies animales, être transparent, savoir réagir rapidement, et respecter les règles de biosécurité pour éviter la propagation des pathogènes.
La défaillance d’un seul pays peut mettre en péril tous les autres pays. Voilà pourquoi les pays les plus développés ont l’obligation d’aider les plus démunis à se doter des outils indispensables de la gestion des risques sanitaires, tout comme de la problématique de l’antibiorésistance.

. Dans les faits, les événements sanitaires qui surgissent régulièrement ne nous rassurent pas sur ce point !

Cette marche à suivre ne peut en effet fonctionner que si les éleveurs touchés sont assurés d’une compensation. Dans le cas contraire, le risque est évidemment la dissimulation. Tous les pays qui ont dérégulé le système ont vécu des désastres biologiques.
L’expertise que l’OIE a conduite dans cent vingt pays dans le monde montre de grandes disparités entre les grands bassins mondiaux. Si l’Union européenne peut faire figure d’exemple en étant la seule région à avoir édicté une réglementation vétérinaire unique pour tous ses Etats, ce n’est pas le cas dans le reste de l’Europe ni dans plus de cent pays dans le monde qui ne sont toujours pas conformes aux normes de qualité des services vétérinaires pour la détection et le contrôle des maladies épizootiques.

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