Marché de la volaille : Le label rouge se cherche un futur

Hervé Dumuis

Les labellisations sont en repli depuis 2001. La crise économique, les nouvelles règles de production bio et la difficulté à prévoir l'avenir pèsent sur la filière.

La crise économique actuelle, avec la stagnation de la consommation française de viande et le report du consommateur vers les produits carnés les moins onéreux, préoccupent la filière chair label rouge. La filière volailles de qualité, qui représente près de 30 % des éleveurs de volailles, est très dépendante des facteurs suivants : pouvoir d'achat des ménages et attentes du consommateur, changements dans le paysage de la grande distribution, concentration de l'abattage, sécurité sanitaire et évolutions réglementaires.
En fonction de l'évolution de ces paramètres, trois scénarios prospectifs ont été présentés le 31 mars 2009 à Angers par Pascale Magdelaine lors de la journée nationale des volailles sous signes de qualité : « prix et praticité », « l'angoisse sécuritaire » et « la montée des attentes citoyennes », prévient l'économiste de l'Itavi. « Ces scénarios sont volontairement contrastés. Ce ne sont pas des prévisions, seulement des hypothèses à l'horizon 2020 ».

Le consommateur boude les découpes fermières ou label rouge. Premier frein : le prix. (P. Le Douarin)

Le consommateur boude les découpes fermières ou label rouge. Premier frein : le prix. (P. Le Douarin)

Scénario rêvé ou catastrophique ?

Le scénario « montée des attentes citoyennes » serait le plus favorable au poulet label rouge qui fleurterait alors avec les 40 % de parts de marché (PDM). Les systèmes de production extensifs seraient plébiscités par le citoyen et l'augmentation des coûts de production compensée par une réduction de la consommation de viande. Pour Éric Cachan, président du Synalaf « ce serait le rêve même si penser que les attentes citoyennes positionneraient le poulet label à 39 % de parts de marché est un peu utopique ; 20-25 % serait déjà pas mal ».
Le scénario le plus défavorable au poulet label rouge serait « l'angoisse sécuritaire ». Dans un contexte d'une flambée de foyers d'influenza aviaire en Europe, d'abattages massifs et de claustration obligatoire, seul le poulet certifié serait en mesure de rassurer le consommateur. Dans ce cas, le poulet label rouge ne compterait plus que 6 % de PDM.
Le scénario « prix et praticité » est le moins éloigné de la situation actuelle. Le contexte économique difficile favorise les importations en provenance des pays tiers. Le hard discount se développe et la consommation de viande se réduit. Les achats de volailles se font à 40 % sous forme de produits élaborés à base de poulet standard et les découpes se consomment en plus petites portions. Le label rouge ne représente plus que 10 % des PDM.

Concurrence du poulet bio de 70 jours

L'assouplissement des règles de production bio est une menace réelle pour le label rouge. L'utilisation de souches à croissance lente (maximum 35 g/jour) permet de réduire l'âge d'abattage à 70 jours. Éric Cachan le craint. « Le poulet bio 70 jours peut concurrencer le label. Il y a risque de confusion. Les opérateurs doivent bien réfléchir avant de mettre un produit sur le marché. » Pourtant, selon Pascale Magdelaine « les enseignes hard discount sont prêtes à ouvrir leur linéaire au poulet bio comme alternative au standard. Cette bipolarisation est la norme en Europe. La segmentation standard, certifié, label et bio du marché français fait figure d'exception. À terme, la question de l'existence du poulet label rouge est posée ».
Le Synalaf refuse néanmoins de remettre en cause les fondamentaux du label rouge « tant que les risques de tels changements n'auront pas été évalués » souligne le président du Synalaf.

Selon une étude QualiQuanti réalisée en 2008 auprès de 552 internautes, les fondamentaux sont partagés par les professionnels et les consommateurs. Ces derniers accordent certes une grande importance à un mode d'élevage respectant le bien-être animal et à une alimentation à base de céréales. Mais seulement 38 % des sondés se préoccupent de l'âge d'abattage. Ceci pourrait permettre à la profession de réduire ses coûts de production et de mieux se positionner sur le marché des découpes ou face à la concurrence bio. Selon Louis Perrault, directeur de la Sasso « les sélectionneurs ont les solutions pour accompagner ces changements ».
Éric Cachan reste défavorable à une telle évolution. « Il faudrait en finir avec la bipolarisation au sein des volailles label, avec des écarts de prix qui se creusent. Le label est un segment qui ne peut pas satisfaire tous les consommateurs Contentons-nous de produire pour une cible qui permettra à la filière d'être rentable. »
Certaines évolutions sont toutefois envisagées. Les éleveurs seraient autorisés à avoir deux sites de 1600 m2 au lieu des 1 600 m2 autorisés par exploitation actuellement. Le démarrage groupé sur un seul bâtiment permettrait des économies d'énergie. Enfin, les vides sanitaires pourraient être modulés en fonction de la demande des marchés, tout en respectant la norme actuelle de 42 jours par an. Des évolutions qui ne sont pas sans risque pour l'image de la filière.

 

 

Les trois scénarios de consommation de poulet en 2020 (Source : Itavi)

Les trois scénarios de consommation de poulet en 2020 (Source : Itavi)

 

Source Réussir Aviculture Mai 2009

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