Michel Portier, PDG d'Agritel : Apprendre à gérer la volatilité des cours des matières premières

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Michel Portier, PDG d'Agritel : Apprendre à gérer la volatilité des cours des matières premières

Les prix des matières premières végétales ont été divisés par deux en un an. Pour Michel Portier, agroéconomiste, le retour à la« normale » passe par l'assainissement des marchés financiers.

Comment expliquez-vous les écarts de prix, notamment du blé, entre novembre 2008 et 2007 ?

Pour le blé, le pic de prix à 300 euros la tonne a été atteint le 4 septembre 2007. Mi-novembre 2008, nous étions à 135 euros. J'ai trois explications à avancer. D'abord, une récolte mondiale exceptionnellement élevée, sans incident climatique et homogène. Ceci permet une remontée de stocks mondiaux, même s'ils restent tendus. D'où, une baisse de l'ordre de 100 euros la tonne, aux alentours des 180 euros. La descente à 135 euros s'explique par une crise financière inédite et d'une extrême violence, suivie d'une récession économique. Au final, par manque de demande, les cours risquent encore de rester bas. La déstabilisation des matières premières est liée à celle des marchés financiers. Pour retrouver les fondamentaux, c'est-à-dire l'élimination des prix extrêmes, l'assainissement des marchés financiers est un préalable.

Où sont passés les spéculateurs ?

Autant ils étaient venus en masse en 2007, autant ils se sont retirés de la même façon cette année. L'an dernier, nous estimions que le prix maximum du blé n'aurait pas du dépasser les 240 euros, mais les fonds de pension ont dopé les cours jusqu'à 280 euros. Cette année, les spéculateurs ont besoin de récupérer du cash. La crise financière est d'abord une crise des liquidités. Ils se retirent de la bourse, des obligations et du marché Euronext des matières premières. D'où une baisse des prix accentuée de 20 à 30 euros.

La volatilité peut-elle être diminuée ?

Structurellement, la volatilité a toujours existé sur les marchés non-européens, libres et connectés mondialement. Jusqu'en 2001, la politique agricole européenne de contrôle avait servi d'écran protecteur. Avec la dérégulation et la connexion progressives au marché mondial, il a fallu apprendre à vivre avec la volatilité. La crise financière l'a rendue hors normes, avec des variations pouvant atteindre 10 euros la tonne en une journée, supérieures aux marges des opérateurs. Il faut désormais faire avec, en faisant appel à des outils financiers de sécurisation des prix. Dans un environnement aussi complexe, les opérateurs ne peuvent plus se fier à leur « instinct ».

Quel est le « bon » outil de sécurisation ?

C'est celui grâce auquel, quelle que soit l'évolution des cours — à la baisse comme à la hausse — vous pourrez être encore là demain, car vous avez sécurisé votre achat ou votre vente. Cette assurance repose sur plusieurs mécanismes financiers, dont le plus connu est celui du marché à terme. Il existe aussi ce qu'on appelle des « tunnels », des options « à la hausse » ou « à la baisse », des calls, des puts… Il s'agit de bâtir une stratégie de couverture du risque adaptée à chacun, avec aussi un suivi au jour le jour du niveau de risque. Ces outils sont inspirés de ceux employés pour tamponner la volatilité des taux de change ou des taux d'intérêt.

La sécurisation des prix passe-t-elle par un retour en arrière de la politique agricole européenne ?

La PAC de 2013 ne prend pas cette orientation, ni celle d'une politique de stocks destinée à stabiliser les prix ! Elle va plus vers une libéralisation des échanges que vers un contrôle. Force est de constater que faute de contrôle suffisant, le système financier est parti en « vrille ». Pour le secteur matières premières, des contrôles supplémentaires pourraient être pris envers des spéculateurs déconnectés du marché physique. Par exemple, contrôler leur pourcentage maximal de positions sur un marché, leur imposer d'avoir du « sous-jacent », de sorte qu'il y ait un lien plus fort entre le marché financier et le marché physique.
Michel Portier, agroéconomiste (Isab et MBA en économie), a créé en 2000 la société Agritel, spécialisée dans la gestion des risques de prix des matières agricoles végétales françaises et d'importation (soja, café, cacao, sucre). Cette société conseille, forme et informe ses clients agriculteurs, opérateurs de première transformation (organismes stockeurs, négoce, fabricants d'aliment du bétail, meuniers, amidonniers…). Michel Portier est aussi agriculteur dans l'Oise. www.agritel.fr

Source Réussir Aviculture Décembre 2008

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires