Michel Prugue, président de la CFA : Se retrouver pour discuter »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Nouveau président de la Confédération française de l'aviculture, Michel Prugue milite pour un syndicalisme de coresponsabilité et de dialogue, mais aussi d'indignation et de rapport de force si besoin.

Quelle forme de syndicalisme prônez-vous ?

A un moment donné, il faut avoir une capacité d'indignation : c'est le syndicalisme qui peut le mieux incarner. Mais le véritable enjeu du syndicat, c'est de réfléchir aux causes de l'affaiblissement du pouvoir des aviculteurs et de leurs revenus, et de savoir comment changer la donne. Notre filière fonctionne un peu comme dans une équipe de rugby, dans laquelle un système de jeu a été défini collectivement avec l'entraîneur. Avec son pack (l'amont), ses trois quarts (les entreprises qui mettent en marché), et ses demis de mêlée et d'ouverture chargés d'orienter et de piloter le jeu. Le syndicalisme en fait partie. Quand on agit avec les industriels, c'est à charge de revanche. Être syndicaliste, ce n'est pas que revendiquer.

Michel Prugue : « Je ne crois pas que notre société puisse vivre dans une situation de conflit permanent entre ses groupes sociaux, notamment les producteurs contre les distributeurs. » (P. L. D.)

Michel Prugue : « Je ne crois pas que notre société puisse vivre dans une situation de conflit permanent entre ses groupes sociaux, notamment les producteurs contre les distributeurs. » (P. L. D.)

Qu'y a-t-il au-delà de la revendication syndicale ?

Nous avons une responsabilité de pédagogie, de prendre le temps de réunir les aviculteurs pour les amener à réfléchir sur la situation macro-économique des marchés, sur les atouts de leur région, sur leurs responsabilités à porter le débat dans leur propre groupement afin de vérifier que les questions sont posées correctement. En bref, c'est faire ressortir la vraie réalité et pas celle qu'on s'imagine.

L'accord du 3 mai passé avec la grande distribution est-il un coup d'épée dans l'eau ?

Cet accord n'est pas la panacée, mais il nous permet d'avoir des informations partagées par tous, sans pour autant résoudre le problème des négociations. C'est une question de rapport de force. Sans le syndicalisme je me demande si les choses auraient réellement bougé. C'est la « peur » du syndicalisme qui peut aider la négociation réenclenchée le 1er juillet. Ma stratégie est d'annoncer très en amont et clairement les risques que comportent une obstination dans certaines postures. Ma responsabilité est de ne pas laisser nos éleveurs espérer atteindre des objectifs inatteignables. Quand nous agissons, nous ne souhaitons ni casser, ni bloquer la GMS, mais dire « ça suffit, prenez vos responsabilités », en imaginant des formes plus subtiles de contestation et de gêne. Il faut que les producteurs puissent passer leur message de vérité aux consommateurs, sans gémir ni se plaindre.

Avez-vous défini un nouveau programme d'actions ou une nouvelle stratégie ?

Le contexte économique avicole a évolué différemment selon les productions. Avec les entreprises, il faut définir la stratégie globale d'attaque sur l'ensemble des marchés. Puis, comme dans une équipe de rugby, définir ce que chacun a à faire pour gagner collectivement la partie. Comment regagner à nouveau le match avec la même équipe ? Prenons l'exemple du label rouge : est ce que ce concept créé il y a 50 ans pour la société de l'époque est à repositionner ? Avec le savoir d'aujourd'hui, quels sont les besoins d'aujourd'hui ? Sous prétexte de qualité supérieure, le label rouge est-il trop complexifié et trop contraignant pour la production ? Je voudrais comprendre pourquoi ce produit franco-français ne dégage pas de valeur. Autre sujet collectif à discuter avec les distributeurs : quel est le niveau pertinent de prix, notamment l'écart entre le fond de rayon et la promotion, qui ne désinforme pas le consommateur sur la valeur réelle du produit ? Globalement, nous avons la volonté de redynamiser nos filières, sans pour autant déstabiliser les positions acquises.

Que devient le projet d'interprofession ?

Je suis favorable à une interprofession générale, avec des sections spécialisées autonomes, qui soit l'interlocuteur unique pour la négociation et la communication collective… Commençons par travailler dans ce sens et, nécessité faisant loi, l'outil se construira tout seul.


(1) Michel Prugue a succédé à Eugène Schaeffer à la présidence de la Confédération française de l'aviculture (CFA) en février dernier. Âgé de 52 ans, il est agriculteur et aviculteur à Mant (Landes) depuis 1980. Il est également président de sa coopérative Maïsadour, de l'Inao, membre du bureau de Coop de France et maire de sa commune.

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2011

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