Mise aux normes bien-être : La filière oeufs ne sera pas prête en 2012

Hervé Dumuis

Les chantiers de mise aux normes ont démarré trop tardivement pour que le taux de conversion des élevages dépasse 50 % d'ici 2012.

A l'aube du passage aux normes bien-être 2012, la journée d'information du CNPO, qui avait lieu à Ploufragan le 29 octobre dernier, a confirmé l'incertitude dans le choix du système de production à adopter. Aménager l'existant ou faire du neuf, garder les poules en cages ou se diriger vers des systèmes alternatifs était au coeur des discussions. Le doute est né de la décision de certains discounters et supermarchés allemands de ne plus vendre d'oeufs issus d'élevages en cages, même provenant des « Kleingruppenhaltung ». Ces cages aménagées que l'on peut traduire par « élevages en petits groupes » ou « mini-volières », avec une densité de 800 et 900 cm2 par poule, devaient remplacer les cages standards et aménagées allemandes à partir du 1er janvier 2010. Les producteurs germaniques, qui avaient dépassé les obligations de la directive européenne, se retrouvent aujourd'hui boudés par les centrales d'achats. La contagion a gagné les pays voisins. Aux Pays-Bas, la production en cages aménagées est déjà interdite et les « Kleingruppenhaltung », même si elles sont autorisées restent peu utilisées. En Belgique, les différents groupes de distribution ont également arrêté de vendre des oeufs en cages sous la pression des associations de protection animale.

Le nombre de pondeuses en France devrait chuter de 9 % en 2012. La mise aux normes bien-être a démarré trop lentement  et 60 % des poules sont encore en cages conventionnelles. (P. le Douarin)

Le nombre de pondeuses en France devrait chuter de 9 % en 2012. La mise aux normes bien-être a démarré trop lentement et 60 % des poules sont encore en cages conventionnelles. (P. le Douarin)

Des producteurs dans l'expectative

Les producteurs français redoutent un revirement futur de la politique d'achat des grandes surfaces hexagonales qui rendrait caduque, du jour au lendemain, un système dans lequel ils auraient investi lourdement. Actuellement, en France, d'après le CNPO, deux tiers des cages sont conventionnelles, un quart en cages aménageables ou partiellement aménageables. Moins de 10 % sont aménagées ou partiellement aménagées. Si 70 % des éleveurs interrogés déclarent vouloir aménager leurs cages d'ici à 2012, vingt pour cent envisagent l'arrêt de leur activité. Un tiers du parc devrait disparaître et le nombre de poules pondeuses devrait diminuer de près de 9 %. En moins de trois ans, deux tiers des cages vont donc devoir être remplacées dans les bâtiments existants, nécessitant la rénovation ou la reconstruction d'une proportion quasi identique de bâtiments.

Cependant, selon John Newton, conseiller en aviculture pour le groupe anglais de consulting agricole Adas, « l'Europe et la France ne seront pas prêtes au premier janvier 2012. La conversion a démarré trop tardivement et l'incertitude législative, comme en Allemagne, n'a pas aidé. En outre, il n'y a pas assez de personnel qualifié pour installer les équipements nécessaires ».
Son rapport, réalisé à la demande du ministère de l'Agriculture anglais, s'est concentré sur l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Espagne et la Pologne, des pays selon lui « représentatifs de la globalité européenne ». Aucun ne sera totalement aux normes d'ici 2012. En Espagne, si douze millions de poules sont en cages aménagées ou aménageables, il en reste encore trente millions à convertir pour un coût global estimé à 500 millions d'euros. Pour le consultant, « la situation la plus problématique est celle de la Pologne où 93 % de la production est encore en cage conventionnelle ».

Vers une période de transition

Quant au Royaume-Uni, l'effort à consentir est de 230 millions d'euros pour convertir les treize millions de places nécessaires « Sur les deux cents producteurs actuels, moins d'une trentaine survivront à la mise aux normes », a estimé John Newton.
Au vu de ces prévisions, certains auditeurs ont émis l'idée que, face à la menace d'une pénurie de la production, l'Europe pourrait envisager un délai dans l'application de la directive. Christian Marinov, directeur du CNPO, a d'emblée douché les quelques espoirs naissants : « Il ne faut pas croire que l'on a du temps. Il n'y aura pas de report ! », avant de nuancer : « La Commission est néanmoins consciente de nos difficultés et l'on peut envisager une période de transition plus ou moins longue ». De quoi se ménager une sortie de crise éventuelle…

Source Réussir Aviculture Novembre 2009

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