«Ne sacrifions pas le producteur français» exhorte Yves-Marie Beaudet

Propos recueillis par Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Novembre 2011

Yves-Marie Beaudet, président de l’UGPVB. © P. Le Douarin
« Ma principale crainte est de voir les contrats de rachat des œufs aux éleveurs diminuer alors qu’ils se sont massivement endettés pour le bien-être des poules. »

Pour l’éleveur breton Yves-Marie Beaudet, les producteurs d’œufs n’ont pas à subir de baisses de rémunérations liées à un mauvais marché de l’œuf, alors qu’ils viennent de s’endetter lourdement pour les mises aux normes bien-être.

Eleveur des Côtes-d'Armor impliqué dans la problématique environnement

© P. Le Douarin

Yves-Marie Beaudet préside depuis cette année la section œufs de l’Union des groupements de producteurs de viande bretons (UGPVB), qui compte neuf groupements représentant 20,5 millions de poules (45 % des volumes français). Il exploite un élevage de 136 000 poules en cages à Landéhen (Côtes-d’Armor). Au sein de la profession agricole bretonne, il est très impliqué dans les dossiers environnementaux. Yves-Marie Beaudet est membre du Comité régional Algues vertes et représente la Chambre d’agriculture à la Commission locale de l’eau de la Baie de Saint-Brieuc.

Quel est le rôle de l’UGPVB ?

Défendre les intérêts des producteurs d’œufs bretons et de leurs structures économiques, en faisant remonter leurs préoccupations vers les centres de décisions (politiques et pouvoirs publics français ou européens) et de l’interprofession de l’œuf (CNPO). Par exemple, c’est de l’UGPVB qu’est partie l’initiative estivale de sensibilisation des médias sur la nécessité d’une revalorisation des œufs par les centrales de distribution, à laquelle les producteurs du Sud-Est (Apose) et le national (CNPO) ont adhéré.

La sensibilisation des centrales d’achat a-t-elle eu des retombées ?

Nous faisons une sensibilisation progressive et en douceur. Mi-juillet, nous avons alerté les médias. Mi-septembre, l’Union a envoyé un courrier aux centres de conditionnement et aux GMS. Mi-octobre, suite au courrier nous avons rencontré une des centrales. Nous allons aussi contacter l’industrie des ovoproduits et les acheteurs (biscuitiers, salaisonniers…). Nous serons très vigilants aux renégociations des contrats de fournitures d’œufs et aux résultats obtenus. Au besoin, nous sommes prêts à faire monter la pression par des actions dans des magasins ou dans l’industrie. L’UGPVB a conscience que la sauvegarde de l’œuf français est en jeu.

La filière œuf est-elle vraiment en danger ?

La confusion règne dans notre métier de producteurs, déstabilisé par la flambée des matières premières et par la mise aux normes bien-être. En 2011, le nombre de poulettes démarrées sera en retrait de 7 à 8 %, en lien avec les travaux de mises aux normes. Ce a quoi s’ajoute le fort développement des œufs alternatifs en dehors des régions historiques, ce qui trouble la visibilité des différents marchés (plein air, bio…). Si les prix de vente des œufs ne remontent pas d’au moins 15 %, les contrats d’achats des œufs aux éleveurs seront revus à la baisse. Après avoir poussé presque tous les producteurs français à s’endetter fortement, il est inacceptable de leur demander ensuite de diminuer leurs prix de vente.

Dans tout ce flou, quelles sont vos certitudes ?

Nous sommes sûrs que quatre ou cinq pays ne seront pas aux normes début 2012. En Pologne, on parle de 30 % de conformité et l’Espagne, durement touchée par la crise, n’est guère mieux. Or, je doute que les banques prêteront et que les pouvoirs publics espagnols sanctionneront leurs élevages hors normes. Même constat en Italie et au Portugal. L’absence de positionnement des pouvoirs politiques est l’autre certitude. L’UGPVB a écrit au ministère de l’Agriculture pour connaitre sa position vis-à-vis des éleveurs qui devront arrêter, et vis-à-vis des importations d’œufs et d’ovoproduits d’origine européenne illégaux en termes de bien-être. Nous attendons la réponse. Néanmoins, en Bretagne l’administration a écrit à ceux qui n’ont pas déposé de dossier de demandes d’aides pour quantifier les arrêts et afin de réfléchir à un dispositif d’accompagnement. Si vous êtes concernés, répondez à ce courrier !

Jusqu’où comptez-vous agir sur le terrain du bien-être ?

Nous demandons à Bruxelles de mettre en œuvre les moyens de contrôler l’application de la directive. Notamment en établissant et en publiant la liste noire des pays hors-normes. Il est inconcevable que ces œufs illégaux puissent pénétrer sur notre territoire. S’il le faut, nous mènerons des actions de terrain pour dénoncer cette situation dans les médias. Nous comptons beaucoup sur le CNPO pour défendre nos positions et communiquer sur l’œuf français respectueux de la qualité sanitaire et du bien-être des poules.

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