« Nous serons toujours derrière le Brésil », estime l'industriel du secteur avicole argentin Roberto Domenech

Propos recueillis par Marc-Henry André - Réussir Aviculture Septembre 2012

« Il serait judicieux d’investir  à plusieurs dans un abattoir  exclusivement consacré  à des petits poulets halal »
Roberto Domenech, président du Centre argentin d’entreprises de transformation de volailles (Cepa). © CEPA

Roberto Domenech est le référent national des industriels et l’interlocuteur privilégié du gouvernement argentin, ainsi qu’un lobbyiste reconnu.

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« Nous serons toujours derrière le Brésil », estime l'industriel du secteur avicole argentin Roberto Domenech

Voir le dossier de Réussir Aviculture de septembre 2012. R Aviculture n°179, p. 34 à 43.

. La stratégie de la filière est-elle de devenir un « Brésil bis », incontournable sur le marché mondial ?

« Le modèle brésilien est un exemple à suivre. Comme eux, nous disposons de maïs et de soja en abondance. Et nous proposons aussi toutes les gammes de viande de poulet. Modestement, nous voulons être une alternative au Brésil. Au plan commercial, un fait a priori anecdotique mais d’importance, est que les importateurs qui vont au Brésil en profitent souvent pour faire escale à Buenos Aires… »

. Quelles sont vos ambitions en Europe ?

« Vers l’Europe, nous exportons environ 20 000 tonnes par an de filets et de produits élaborés. Ceci malgré des droits d’entrée de 63 %, hors du quota de 3500 t qui est ouvert à plusieurs pays et dont nous fournissons l’essentiel. Le problème est que le Brésil et la Thaïlande approvisionnent presque l’intégralité des importations européennes. C’est le résultat des concessions faites par l’Europe pour régler le différent commercial sur les préparations saumurées porté devant l’OMC. Tant que ne reprendront pas les négociations de l’UE avec le Mercosur, nous resterons loin derrière le Brésil. »

. Existe-il une méthode argentine différente de la brésilienne ?

« Contrairement aux Brésiliens, nous n’allons pas directement vers les distributeurs. Nous démarchons les grands importateurs et les traders sur les foires internationales. Nous adaptons notre offre à ce qu’ils souhaitent. Nous faisons du sur mesure. À l’exception du Venezuela et du Chili, que nous fournissons en poulets entiers lourds, nous arrivons sur les autres marchés toujours derrière le Brésil et les États-Unis. C’est-à-dire derrière Brasil Foods et Tyson Foods. La France ou le Royaume-Uni aussi sont généralement devant nous, notamment au Moyen-Orient. »

. Quel est le talon d’Achille argentin ?

« Nos entreprises doivent s’agrandir davantage. Elles exportent plusieurs produits vers une soixantaine de pays : poulet entier de petit et gros gabarits, tué façon halal, découpes, etc. Or, pour répondre à certaines demandes, comme celle de la Malaisie, qui veut du poulet halal, il serait judicieux de faire comme le Brésil en investissant à plusieurs dans un abattoir exclusivement consacré à des petits poulets tués selon le rite musulman. »

. Le débouché export pourrait-il se tarir et mettre en péril le modèle argentin ?

« Suite aux épisodes de pénuries alimentaires de 2008, les concepts de sécurité et de souveraineté alimentaires ont repris le devant de la scène politique, avec la volonté de certains de produire eux-mêmes quel qu’en soit le coût. Notre idée maîtresse est de leur garantir l’approvisionnement sur place. Comme producteur de poulet, nous proposons une solution partielle qui est de construire des dépôts dans certains pays importateurs et d’en assurer l’approvisionnement. Nous explorons cette piste avec les Russes. »

. Les Argentins sont-ils ouverts à l’arrivée d’étrangers, comme opérateurs ou investisseurs ?

« Pour l’instant, nous ne recherchons pas d’investisseurs étrangers. Le marché est saturé avec plus de 110 kilos de viande consommés par an et par habitant. L’Etat participe déjà au financement du secteur à travers des lignes de crédit dans le cadre du Fonds pour le Bicentenaire. Cela dit, récemment deux investissements étrangers importants se sont produits. Des capitaux boliviens investis à Salta, au nord de l’Argentine, dans un système intégré complet, et Brasil Foods qui a racheté des parts d’Avex, un industriel argentin. Cependant, il est possible que nous trouverions des intérêts en commun si des Français arrivaient avec des débouchés au Moyen Orient ou en Russie. »

. Comment percevez-vous la France ?

« Nous faisons du poulet bon marché en quantité, tandis que les produits français sont présentés comme des joyaux. Cela devrait nous inspirer. »

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