Photovoltaïque : Prudence avant d'investir

Hervé Dumuis

La production d'énergie photovoltaïque a le vent en poupe, mais les doutes liés à la parution prochaine d'un décret définissant de nouveaux tarifs invitent à la réflexion.

La production d'énergie photovoltaïque française est en plein boom. Au premier semestre Électricité réseau distribution de France (ERDF) a reçu 22 826 demandes de raccordement, contre 12 000 sur les six premiers mois de 2008, 7000 en 2007 et 1600 en 2006.
Selon le commissariat général au développement durable, la puissance raccordée a littéralement explosé au premier semestre 2009 (+ 265 % comparé à la même période 2008) et totalise désormais 135 mégawatts (MW). Pour atteindre l'objectif d'une capacité de production de 5 400 MW en 2020, l'État a mis en place en juillet 2006 des tarifs très attractifs pour les contrats de rachat de l'électricité sur vingt ans. Depuis lors, le photovoltaïque ressemble à un Eldorado, marqué par l'arrivée croissante de nouveaux acteurs sur le marché — fournisseurs, distributeurs, installateurs, conseillers… — et par la baisse du prix des panneaux solaires. Des agriculteurs ont eux aussi foncé.

Avec des surfaces disponibles et l'habitude d'investir à long terme, les agriculteurs sont un bon gisement pour l'installation de panneaux photovoltaïques. (S. Leitenberger)

Avec des surfaces disponibles et l'habitude d'investir à long terme, les agriculteurs sont un bon gisement pour l'installation de panneaux photovoltaïques. (S. Leitenberger)

Bien ficeler son projet avant de se lancer

L'investissement photovoltaïque doit être bien réfléchi. D'abord, comme le souligne Olivier Kriegk, consultant indépendant « il faut évaluer la faisabilité technique du projet : pente, orientation et qualité du bâtiment, distance le séparant du compteur… ».
Les panneaux sur poulaillers font débat. Auprès des éleveurs et des installateurs, à cause des risques liés à la corrosion par l'ammoniac ou les dépôts de poussière, mais aussi auprès des assureurs qui redoutent une indemnisation trop élevée en cas de sinistre.
Ensuite, le montage juridique doit être bien ficelé. Selon le code rural, la vente d'énergie photovoltaïque est une activité commerciale. Le chiffre d'affaires doit être limité, les sociétés agricoles à objet civil n'étant pas autorisées à faire du commerce. Un locataire qui fait du photovoltaïque peut voir son bail résilié car ce dernier n'est plus destiné à la production agricole. En société, que faire des panneaux solaires en cas de dissensions parmi les associés ?
Enfin, il faut choisir le bon fournisseur. Pour Mickaël Cabillic, directeur commercial de France Panneau Solaire « il faut demander à visiter des installations et constater que l'entreprise se déplace sur le terrain pour son étude de faisabilité ». Pascal Martin, gérant de la société Armorgreen pousse lui les éleveurs à « raisonner par le pire et demander des garanties bancaires à leur fournisseur avant de signer ».

Les atouts d'une démarche collective

Une ombre plane au tableau. Un prochain arrêté est censé revoir les règles de l'intégration au bâti et les tarifs de rachat correspondants. Ce projet est sujet à interprétation. Pour les uns, comme Maryline Chassevent, de l'association sarthoise Adiac « les éleveurs bénéficieraient d'un tarif de rachat de 45 centimes d'euro/KWh et non plus de 60 centimes/kWh ». Pour les autres, comme Michel Léonard de Photon Technologies, filiale d'EDF « le projet d'arrêté n'exclu pas expressément les installations agricoles du tarif de 60 centimes ». La rentabilité des investissements pourrait être remise en cause. Pour un projet de 200 m2 à 25 000 watts crête, le tarif de 45 centimes/KWh ne semble pas rentable à plus de 4,30 euros du Watt crête. Pour rapporter autant qu'au tarif à 60 centimes/kWh, il faudrait que le coût du watt crête ne dépasse pas 3,19 euros. Ce qui semble assuré, c'est que l'indexation des tarifs sera moins favorable à partir du 1er janvier prochain et que ces derniers seront revus à la baisse dès 2 013. Après la bourse et l'immobilier, la bulle du photovoltaïque va-t-elle aussi éclater ?

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture d'octobre 2009. (RA n°150, p. 10 à 20)

Source Réussir Aviculture Octobre 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires