Pour Fabrice Caro, « les jeunes ont besoin de signes positifs forts »

Réussir Aviculture

Fabrice Caro s'est installé en 2007, à l'âge de 27 ans. © P. Le Douarin
« La volaille de chair ira bien lorsque beaucoup de jeunes s’installeront et construiront »

Les collectivités territoriales et les entreprises de Bretagne devraient encourager fermement les jeunes à venir vers l’aviculture pour maintenir l’économie agro-alimentaire régionale.

Agriculteur morbihannais, memdre du bureau départemental des Jeunes Agriculteurs

Fabrice Caro s’est installé en 2007 à l’âge de 27 ans, après avoir obtenu son BTS en productions végétales et exercé quatre ans une fonction commerciale dans les produits phytosanitaires. Il a pris la suite de ses parents aviculteurs à Cruguel (56). Spécialisé en volailles, il exploite 3 000 m2 en production de dinde, qu’il complète par des cultures et quelques vaches allaitantes Salers, avec un projet de bâtiment mixte poulet-dinde. Il est syndiqué aux Jeunes Agriculteurs et membre du bureau départemental « pour défendre la filière volailles et faire entendre la voix des jeunes auprès des différentes instances ».

Quel constat de l’installation faites-vous dans votre région encore fortement avicole ?

Mon département du Morbihan est fortement touché par les départs en retraite et la faiblesse du renouvellement. Dans cinq ans, une grande partie des exploitations aura changé de mains. En volailles de chair, les installations annuelles d’éleveurs spécialisés se comptent sur les doigts deux mains et ne compensent pas les surfaces liées aux départs. Si rien n’est fait dès maintenant, l’érosion va se poursuivre et nous risquons de connaître une grave crise d’ici cinq à dix ans. On vit actuellement une situation assez paradoxale. La demande exprimée par l’aval est supérieure à l’offre de surfaces, du fait de la baisse du nombre des producteurs. Nous, producteurs, devrions en profiter. Cela relancerait les installations.

Pourquoi les gens de votre génération ne viennent pas à ce métier ?

 C’est une filière qui n’est pas attrayante. L’image des corvées est très présente. Certains éleveurs n’ont pas motivé leurs enfants qui entendent davantage parler de ce qui ne va pas que du reste. Pourtant, quoi qu’on en dise, c’est une filière rémunératrice. Elle assure des débouchés réguliers. Mais reprendre de vieux outils à rénover n’est pas très attirant pour son plan de carrière.
 Notre filière manque aussi d’ouverture. Quand on est pas « fils de » ou connaisseur, il n’est pas évident pour un néophyte de s’installer. Enfin, l’aspect environnemental met des freins énormes. Songez qu’un poulailler de 1400 m2 équivaut à 200 vaches laitières en terme d’installation classée ! Le carcan environnemental nous coûte cher avec l’impression que cela ne va jamais s’arrêter.
 
 

Quels dispositifs ou actions seraient à même de lever les freins à l’installation avicole ?

 Être plus captif auprès des jeunes en formation pour leur montrer les avantages de cette profession. Mieux rémunérer ou garantir un volume d’activité à ceux qui ont investi me semble assez logique. L’installation avec les vieux outils devrait être le moyen de mettre le pied à l’étrier. Pas une finalité. Nous avons besoin d’un soutien politique important, notamment des collectivités territoriales. Elles doivent prendre conscience qu’il faut garder la production avicole pour maintenir les entreprises et les emplois. La reprise actuelle de la production ne doit pas masquer la réalité du terrain. Nous avons plus que jamais besoin d’un plan de modernisation. Les entreprises doivent aussi participer à la prise de risque par les jeunes et par les éleveurs investisseurs. En ce qui concerne l’environnement, il faudrait pouvoir produire sans plafond, du moment que les règles du zéro-pollution sont respectées.
 
 

Quel modèle d’exploitation avicole vous semble souhaitable ?

 Nous avons des structures avicoles datant à 80 % d’avant les années 90, anciennes et atomisées, qui n’ont pas évolué comme le reste (concentration laitière par exemple). Pour un jeune, l’avenir ce n’est pas seulement la reprise de ces sites sur le court terme. Il faudrait pouvoir envisager des regroupements de surfaces en créant de nouveaux sites, plus grands. Ceci permettra d’investir pour maîtriser totalement les rejets (compostage, chaudière…), économiser l’énergie (biomasse, fumier), être compétitif et gagner sa vie correctement. J’espère que la nouvelle réglementation environnement (zones vulnérables renforcées) va donner de la souplesse. Par contre, il n’existe pas de modèle avicole unique. Il y aura toujours de la place pour le poulailler complémentaire, intéressant en cas de crise sur la production principale, et pour la production plus extensive (bio ou label rouge).

 Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 1

TANGO61

AVICULTEUR DEPUIS 97 JE VOIS LES RESULTATS TECHNIQUES AVICOLES DE MIEUX EN MIEUX ET LES RESULTATAS ECONOMIQUES DE MOINS EN MOINS BON IL EST TEMPS IMPOSSER 10 E/M CARRE OU CONTINUER NOS CONTRATS 3 PRIX AVEC UN SUPPLEMENT DE 0.13 CTS PAR POULETS SORTIS DE NOS POULLAILLERS

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires