Production de dindes : La filière devrait se réformer pour durer

Pascal Le Douarin

Pour retrouver de la compétitivité et renforcer ses positions face à ses compétiteurs polonais et allemands, la filière française de la dinde va devoir faire évoluer son modèle technico-économique en raisonnant plus sur la viande.

Si la tendance engagée depuis dix ans se poursuit, dans quelques mois nous n'aurons pas une production suffisante pour assurer les besoins du marché français », constatait Gilles Le Pottier, délégué général du Cidef, le 10 mai dernier lors de l'assemblée du Comité régional avicole des Pays de la Loire. L'interprofession constate que le parc français ne parvient plus ponctuellement à couvrir des besoins saisonniers. En 2010, faute de places en élevage, les accouveurs ont dû réduire les éclosions à plusieurs reprises. Des produits destinés à l'exportation ont été redirigés vers le marché français. L'âge d'or de la dinde française est derrière nous.
En 2010, pour satisfaire une consommation intérieure de 328 000 tec, les abattages ont atteint 410 000 tonnes d'équivalent carcasse (tec). Le taux d'autosuffisance (production/consommation) est encore de 115 %, mais il ne cesse de se réduire. À 121 000 tec en 2010, les exportations ont continué à baisser (- 13 %) alors que les importations ont progressé de 7,7 % (45 000 tec). « Tirée par les distributeurs allemands du hard-discount, l'Allemagne approvisionne déjà notre marché », poursuit le Cidef. Le solde avec l'Allemagne est équilibré, mais pourrait devenir négatif. Jean-Yves Ménard, président de Gastronome, le disait aux JRA 2011 : « alors que nous étions focalisés sur le Brésil, nous n'avons pas vu arriver l'Allemagne. »
Le Cidef chiffre à 130 euros par tonne de vif notre retard global de compétitivité avec l'Allemagne. C'est très élevé dans une industrie qui se bat pour gagner des dixièmes de pour cent. Est-on arrivé au « fond du trou » ? Aujourd'hui, la filière a le choix entre le sursaut et le déclin.

La filière doit mobiliser l'ensemble des acteurs et définir de nouveaux schémas de production pour retrouver de la compétitivité. (P. Le Douarin)

La filière doit mobiliser l'ensemble des acteurs et définir de nouveaux schémas de production pour retrouver de la compétitivité. (P. Le Douarin)

Veut-elle reconquérir les parts de marché perdues à l'export ? À t-elle l'ambition de jouer encore un rôle sur le segment de la transformation, très sensible au prix du minerai ? Va t-elle seulement chercher de conserver ses positions sur le marché du frais, plus facile à défendre du fait des spécificités françaises (gamme large et produits différenciés) ? L'interprofession veut croire au sursaut. Elle commence par entamer une remise à plat technique avec la mise au point d'un nouveau schéma de production à la française, qui ne soit pas un « copié-collé » des systèmes polonais ou allemand. Ce plan de redressement technique est coordonné par Dylan Chevalier de la chambre régionale d'agriculture des Pays de la Loire. Il devrait démarrer concrètement à la fin de l'année.
Nous avons rencontré des représentants des maillons amont pour recueillir leurs diagnostics, leurs attentes ou leurs propositions.
En résumé, quels sont nos points faibles ? Pris séparément, chacun des maillons fait de son mieux pour optimiser ses propres coûts, eu égard à une performance économique calculée sur la dinde vivante. Nos accouveurs sont reconnus comme les meilleurs et exportent chez nos voisins. Les fabricants d'aliments font aussi bien que les autres européens. La technicité des éleveurs permet de battre des records de productivité, en dépit de conditions d'élevage de plus en plus risquées et d'un parc de bâtiments vieillissant. Cependant, le maillon abattage-découpe perd de précieux pourcentages de rendement viande qui se concrétisent par des pertes de marchés.
Dans un contexte qui a changé, le coût du vif est-il encore l'indicateur technico-économique de référence ? Pour l'instant, il n'est pas remis en cause, mais Gastronome investit sur le calibre alourdi. Pour savoir comment produire, avec quels outils et sur quels schémas organisationnel et relationnel, l'amont a besoin de savoir ce que ses industriels veulent vendre. À quand un Grenelle de la dinde française ?

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de juin 2011. RA n°167 p. 10 à 19.

Source Réussir Aviculture Juin 2011

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