Rapport sur le bien-être des poules : La Commission confirme la date butoir de 2012

Pascal Le Douarin

Le rapport de la Commission européenne maintient la date butoir de fin 2011 pour l'interdiction des cages conventionnelles, date difficile à tenir pour de multiples raisons.

Le 8 janvier, la Commission européenne a rendu public le rapport scientifique d'évaluation des systèmes d'élevage des poules pondeuses promis pour le 31 décembre 2005 (1). En douze pages, ce rapport présente la synthèse des diverses études scientifiques et économiques ainsi que l'avis des consommateurs(2), qui l'ont conduit à recommander le maintien de l'interdiction des cages dites « conventionnelles » pour le 1er janvier 2012.
Les cages et les autres formes d'élevages (sol, liberté) présentent « des avantages évidents » pour les poules pondeuses, notamment celui de « considérablement améliorer la santé et le bien-être de ces animaux. »

Du point de vue économique, le rapport s'appuie sur les conclusions d'une étude de l'Agra-Ceas de 2004, réactualisée en 2005 : « le coût du passage aux cages aménagées pourrait être inférieur à un centime par oeuf ». Il considère également que des normes plus strictes seront « un argument de vente précieux pour les éleveurs de l'Union, dans la mesure où ceux-ci peuvent difficilement concurrencer les pays tiers sur la seule base des coûts de production ». La cage aménagée serait donc un « avantage concurrentiel dans le cadre d'un marché des produits respectueux du bien-être en pleine expansion », conclut le rapport.
Pour terminer, il est recommandé d'encourager la poursuite de la recherche sur le bien-être et de réaliser des campagnes d'information auprès des consommateurs, finançables par la PAC.

Selon le CNPO, environ 5 % des 38 millions de poules en cages le sont dans des cages aux normes bien-être 2012. (P. Le Douarin)

Selon le CNPO, environ 5 % des 38 millions de poules en cages le sont dans des cages aux normes bien-être 2012. (P. Le Douarin)

 

Acceptation mais pas résignation

Le rapport souligne qu'en dépit des délais accordés « l'introduction des cages aménagées et la transition vers des systèmes alternatifs restent encore maigres ».
Du côté des professionnels français, l'interprofession (CNPO) n'a pas réagi publiquement, pour ne pas attirer la vindicte d'ONG protectionnistes (PMAF, SPA) qui se sont aussitôt félicitées de la prise de position européenne. Le CNPO s'est fait une raison.
S'il accepte le principe de la directive, il conteste toujours la date d'application en demandant un étalement d'au moins trois années. « En dernier ressort, ce sont les ministres réunis en Conseil qui décident et pas seulement la Commission », remarque le président Francis Damay.

Pour étayer ses arguments et proposer des critères de report, l'interprofession compte réaliser une enquête exhaustive auprès des producteurs afin de connaître l'état réel du vieillissement des élevages, ceux qui cesseront leur activité (pas de successeur), les situations particulières… Depuis plusieurs années, les investissements se sont considérablement ralentis sous le double effet de la conjoncture économique et des incertitudes qui planaient sur les équipements à acquérir (cages plus ou moins expérimentales, modèles non fixés) et sur un éventuel report. Le pourcentage de poules logées en cages aménagées ou aménageables serait de l'ordre de 5 % estime le CNPO (1,5 à 2 millions).

Des investissements jugés « mous »

À supposer que les éleveurs soient dans la capacité à investir, quatre années ne laisseront pas assez de temps pour rééquiper 95 % du parc de cages estimé à 38 à 40 millions de places.
Enfin, affirme le CNPO, il faudra accorder des aides aux investissements pour accompagner les besoins immenses estimés grosso modo à un milliard, à raison de 25 euros par poule logée en neuf (la moitié en rénovation).
Du côté des fournisseurs de cages, même s'ils estiment que plus de 5 % des éleveurs sont à jour (avec des situations très contrastées), ils ont la certitude de ne pouvoir répondre à la demande en temps et en heure. Alors que cette année le marché est plutôt qualifié de « mou » les clients devront se décider vite « pour prendre leur tour » dans la file d'attente de 2009 et des années suivantes.

« Nous n'aurons pas assez de personnel formé pour suivre ces chantiers complexes (souvent avec d'autres travaux) et pour monter le matériel », confie l'un d'entre eux. Un autre, très bien implanté sur le marché, ne pourra pas monter plus de 2,5 millions de places par an. À cela s'ajouterait la hausse des coûts d'investissements (+ 7 % par an ces dernières années) liés à la forte demande mondiale sur les matières de base.

Risques de fortes turbulences

Quelle sera l'attitude des organisations de production ou des centres de conditionnement envers des producteurs hors normes jugés trop loin des sites industriels ou de petite taille.
De plus, les banquiers risquent de durcir leurs critères, notamment sur les capacités d'autofinancement. « Il y a du danger pour les jeunes, prévient Jo Le Beller, du groupe Glon. Il faudrait mettre en place un plan d'installation pour réduire le risque de voir la production chuter. » Mathématiquement, le passage de 550 à 750 cm2 par poule, c'est 36 % de besoin de capacité de production supplémentaire. « Où va-t-on aller chercher les oeufs manquants ? », tempête Francis Damay, si ce n'est dans les importations. De ce fait, il craint un transfert des oeufs vers le marché coquille, déstabilisateur pour l'industrie des ovoproduits qui manquera de matière première. Or constate Jo Le Beller, « aujourd'hui le maillon faible de la filière oeuf, ce sont les industriels de l'aval qui perdent tous de l'argent ». Il y a urgence à restructurer et à consolider. Cette situation générale n'est pas l'apanage de la France.

(1) Le rapport est téléchargeable à l'adresse : http://ec.europa.eu/food/animal/welfare/farm/laying_hens_fr.htm
(2) Vingt-neuf références, dont 5 d'origine française (Itavi, Inra, CNPO), 7 d'ONG de la cause animale (Compassion in world farming, Eurogroup, RSPCA), et 2 de l'Eurobaromètre (sondage consommateurs par internet)

Source Réussir Aviculture Mars 2008

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